Je comprends en grande partie ce que vous dites, mais je ne vois tout de même pas l’intérêt de r…
Daniel L
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Merci pour votre commentaire ; pour vous répondre, il est intéressant que vous considériez la réunion que je décris dans mon article comme une réunion de “ boxe féminine ”. En effet, ce n’était absolument pas le cas. Il s’agissait bien d’être initié/e à la boxe… tout court. Le fait que pour vous, une réunion de boxe non-mixte (non ouverte aux hommes cis) soit une réunion de boxe féminine témoigne à mon avis de deux aspects :

  • une forme de sexisme intériorisé, dont nous faisons tous/te/s acte quand nous disons par exemple “football” pour désigner le championnat masculin, et quand seulement par opposition à celui-ci parlons de “football féminin”. Ce phénomène, performé dans le langage, “neutralise” le genre masculin (qui représente du coup le cas normal, habituel) et isole la spécificité du genre féminin (qui devient le cas particulier, l’exception, vis-à-vis de la norme masculine). C’est une phénomène très bien identifié par les écrivain/e/s féministes, que ce soit De Beauvoir, Bourdieu, Pollitt, Chollet, Serano, Haraway, Bartky (et cette liste, en désordre, est largement non-exhaustive).
  • une lecture un peu rapide de ce qu’est la non-mixité ici décrite, puisqu’en effet cette non-mixité se veut inclusive des femmes cis, queer, trans, ET des hommes trans (puisque seuls les hommes cis en sont exclus). Je n’ai pas passé ma séance de boxe à “décoder” le genre des personnes m’entourant (j’étais trop occupé*e à boxer, à vrai dire), mais il m’a bien semblé que des hommes trans étaient présents. Leur simple présence suffit à décourager l’idée de qualifier une telle séance de boxe féminine. Il me faut ajouter que parmi les femmes présentes, certaines n’étaient pas féminines (et j’en fais partie). Le concept qui consiste en effet à déclarer “féminin” un sport dès lors qu’il est pratiqué par des femmes relève en effet d’un abus de langage, qui suppose que les femmes, par essence, sont féminines. Ma propre expérience (et la lecture de centaines d’autres, en ligne, dans différents ouvrages…) va contre ce fait. Si on doit continuer à genrer les pratiques sportives, peut-être devrait s’inspirer des dénominations anglophones (le vocable Women’s League permettant de rassembler, a priori, des personnes s’identifiant comme femmes, indépendamment du degré de féminité de leurs identités de genre).

En conclusion, cette non-mixité ne reposait pas sur la pratique d’un sport limitée par le genre de ses pratiquant/e/s, mais bien sur la réunion stratégique de personnes minoritaires, en l’absence de personnes dont le positionnement de genre peut réactiver des logiques / comportements de domination (et je dis bien “peut”, il ne s’agit pas d’affirmer que les hommes cis sont des brutes dominatrices par défaut, bien entendu).

J’entends votre argument, selon lequel l’exclusion revendiquée peut être contreproductive. Il est juste d’une certaine manière, puisque (comme j’en ai encore discuté hier), la non-mixité peut mener à présupposer que les opinions de personnes sont déductibles de leur(s) position(s) dans la société. Il n’en est rien, évidemment. On peut être une femme cis, et être affreusement misogyne ; tout comme on peut être un homme cis et être un fervent féministe. Cependant le dispositif de non-mixité implique de rassembler les personnes concernées par une forme de discrimination, non à rassembler les personnes qui s’accordent sur la lecture de celle-ci…

Je suis toutefois assez dubitativ*e sur ce que vous semblez dire à la fin de votre commentaire. Faudrait-il que ces réunions en non-mixité se passent en secret ? Cela me semblerait assez dommage, et qui plus est assez contradictoire… La différence entre une réunion non-mixte (réunion réservée aux femmes afro-descendantes, par exemple) et un milieu intrinsèquement discriminatoire (au hasard : le sénat, composé de vieux hommes blancs) tient justement dans le fait d’annoncer l’exclusion plutôt que de la taire. Dire cette exclusion est précisément ce qui permet ensuite de signaler, en miroir, des espaces ouverts.

Merci encore pour votre retour !

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