Histoire du terrorisme postcolonial des années 2010

Le terrorisme postcolonial s’est constitué au tournant des années 2010 aux marges des territoires qui restaient sous contrôle postcolonial en Irak et Syrie, au Nigeria, au Cameroun, au Mali, au Niger, en Libye, au Tchad. Dans tous ces territoires, l’appétit des producteurs de ressources énergétiques pétrole et uranium a facilité la prolifération de zones de non droit.

Dans Du pétrole sur l’eau, l’écrivain nigérian Helon Habila montre la violence, l’avidité, la misère générée par l’économie pétrolière, avec la complicité des autorités locales et des compagnies qui avec les rebelles participent à une course effrénée à l’horreur et à l’iniquité.

La violence perpétuée sur ces territoires a favorisé l’émergence de groupes terroristes qui se sont ralliés entre eux, partageant malgré leurs grandes différences une même haine qui trouve ses germes dans le postcolonialisme.

Postcolonialisme: Le colonialisme a instauré dans les pays colonisés un système de valeurs européennes qui suppose la supériorité du monde occidental. Après l’indépendance, les populations des pays libérés ont dû abandonner ce système de valeurs dans lequel ils (s’)étaient toujours définis comme étant inférieurs.

Partout où elles ont pu prendre le pouvoir, les organisations du terrorisme postcolonial ont installé des régimes de type fasciste: des pouvoirs machistes -misogynes et homophobes - et identitaires : extermination de tous ceux qui ne partagent pas la même religion et imposition d’un régime d’interdits, proscrivant de manière arbitraire tout ce qui pouvait faire référence à une certaine forme de consommation que ce soit dans la musique, la mode vestimentaire, etc.

Timbuktu, film franco-mauritanien réalisé par Abderrahmane Sissako, sorti en 2014. — Au Mali, des islamistes envahissent la ville de Tombouctou et y imposent la charia. Ils bannissent la musique, le football, les cigarettes, procèdent à des mariages forcés, persécutent les femmes et improvisent des tribunaux qui rendent des sentences injustes et absurdes. Malgré la férocité de leur répression, la population résiste avec courage, souvent au nom d’une autre conception de l’islam.

Ils y ont aussi constitué leurs bases de recrutement et organisé leur stratégie de terreur, unique moteur de leur régime qui a conduit à la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes dont quelques centaines dans des attentats dans les pays occidentaux.

Marketing du terrorisme postcolonial

Appuyée par des spécialistes de marketing, la stratégie du terrorisme postcolonial peut se résumer ainsi: une double cible de recrutement et une double stratégie d’attaque.

Les historiens ont souhaité ne pas utiliser le même vocabulaire que celui employé par les organisations terroristes parce que ce vocabulaire lui-même faisait partie de la stratégie terroriste: en reprenant des termes courants utilisés par les musulmans, l’objectif était de confondre la religion des musulmans avec le combat terroriste.

Le recrutement repose sur deux “types de prospects”: d’un côté les idéalistes, de l’autre, les nihilistes.

Dans la peau d’une djihadiste, Enquête au cœur des filières de recrutement de l’État islamique, Anna Erelle

Les idéalistes peuvent être comparés aux jeunes qui trente ans plus tôt se revendiquaient disciples du Che ou d’autres leaders de la gauche révolutionnaire. Comme ceux qui participaient aux mouvements marxistes, les idéalistes ciblés par les terroristes sont révoltés par l’injustice et attirés par la possibilité d’une révolution. Le terrorisme postcolonial les a “appâtés” en mettant en avant les crimes et exactions commis sur des familles en Palestine par les Israéliens et en Irak par les américains et leurs alliés, mais aussi les dérives des régimes postcoloniaux et les compromissions de grandes entreprises et gouvernements occidentaux dans plusieurs pays.

Les nihilistes sont eux recrutés comme l’ont été de tous temps les mercenaires, prêts à risquer leur vie pour l’adrénaline que procurent le combat et le sang. Mais pour ces mercenaires du XXIème siècle comme pour les idéalistes, le terrorisme postcolonial a mobilisé toutes les technologies disponibles à l’époque grâce à internet. Facebook, youtube, whatsup, etc. : tous les réseaux sociaux ont été mobilisés pour attirer les différentes cibles, soit par des vidéos et textes d’indignation sur les crimes qu’auraient commis l’ennemi, soit pour rendre désirable une vocation de mercenaire présenté comme un super-héros.

Ces méthodes ont permis de mobiliser des milliers de jeunes gens, dont de nombreuses femmes, pour rejoindre les territoires occupés par les terroristes. Ceux qui y sont parvenu y ont subi un lavage de cerveau particulièrement efficace. Mélangeant les références aux combats modernes et à ceux de la longue histoire de luttes contre les colonisateurs dans les régions musulmanes depuis le 18ème siècle, “la formation terroriste” partait de quêtes individuelles de recherche de sens pour les inscrire dans un combat collectif où le suicide est valorisé comme l’arme la plus efficace.

Extraits de la Revue de l’Etat islamique n°3 « Ainsi la mort du Moudjâhid qui sacrifie sa vie pour élever la parole d’Allâh et détruire le maximum d’ennemis mécréants est bien moins grave que le fait que la terre d’Allâh soit gouvernée par la loi du tâghoût [tyrannie]. » — « Pas de meilleure arme pour éviter la prison que la ceinture d’explosifs »

Ce lavage de cerveau a été particulièrement efficace parmi les plus idéalistes même si certains ont rejeté l’endoctrinement. Plusieurs ont tenté de fuir parvenant parfois à retourner chez eux - mais le plus souvent se faisant arrêter à l’arrivée et emprisonner -, la plupart se sont fait prendre avant de fuir. Ils étaient alors mis à mort sur place ou utilisés comme bouclier humain lors des bombardements.

Quant aux nihilistes, peu finalement voulaient combattre en se suicidant. La plupart ont rejoint les combats sur place, et certains ont été mobilisés pour mener l’offensive sur les réseaux sociaux pour continuer les recrutements dans leurs pays d’origine. L’envoi de candidats au suicide formés dans les territoires occupés ayant été rendu de plus en plus difficile, l’essentiel des auteurs d’attentat ont progressivement été recrutés de cette manière : en ciblant des personnes fragilisées psychiquement, en attisant leur orgueil blessé et leur désir de mort, le réseau terroriste a pu mobiliser par dizaines des candidats au suicide qui n’auront jamais mis les pieds dans une zone de guerre.

La stratégie de combat était elle aussi double. D’un côté, elle visait un objectif territorial, en premier lieu pour accaparer des ressources énergétiques nécessaires au financement du système terroriste ; de l’autre, elle se fixait pour objectif de déstabiliser de l’intérieur plusieurs pays clés en actionnant les peurs du moment.

Un thème cher à l’extrême-droite :
la théorie du « grand remplacement »

En France, la cible première était la peur travaillée depuis plusieurs années par divers intellectuels annonçant le “grand remplacement” de la culture chrétienne par l’islam. Cette angoisse s’appuyait en particulier sur les rancœurs de ceux qui ont dû quitter des décennies plus tôt les anciennes colonies du Maghreb, mais aussi en pointant l’impuissance de l’Etat à faire face au chômage de masse. Ainsi, l’échec des politiques d’emploi était autant utilisé pour accuser certains de “voler le travail des français”, que pour se plaindre de la délinquance dont l’origine était expliquée par le désœuvrement de jeunes en dehors du travail. Dans ces raccourcis, c’étaient souvent les mêmes communautés qui étaient ciblées comme cause de tous les malheurs des français. Et naturellement, ce sont ces mêmes communautés qui sont apparues comme responsables de la menace terroriste.

En Allemagne, l’objectif des terroristes était d’accroître la peur et la haine avers les réfugiés alors même que le gouvernement prônait une politique migratoire ouverte pour faire face au vieillissement de sa main d’oeuvre. En Turquie, l’objectif était d’attiser les rivalités entre les kurdes et le reste de la population tout en encourageant le président Erdogan dans ses tentations autoritaires.

Le choix des candidats au suicide était dicté par cette logique: principalement des jeunes maghrébins de 2ème ou 3ème génération en France, uniquement des réfugiés récents en Allemagne, des personnes d’origines multiples en Turquie étiquetés comme “ennemis de la nation” par le président-dictateur.

Chaque attaque eut un certain succès médiatique précipitant experts nauséabonds et politiques en mal d’audience sur les télévisions comme sur twitter pour y faire le jeu du réseau terroriste: pointer du doigt des communautés entières pour cristalliser les haines et provoquer des règlements de compte. Ceux-ci furent de plus en plus nombreux dans les pays touchés sans toutefois conduire à la guerre civile qu’espérait le réseau terroriste. Il réussit cependant à transformer la république turque en dictature sanglante.

Défaite de Trump = défaite du terrorisme postcolonial aux États-Unis

Aux États-Unis aussi, la stratégie terroriste a été poursuivie avec l’objectif de soutenir le sentiment anti-musulman dans le cadre des élections présidentielles. Le candidat républicain Donald Trump s’est précipité dessus après chaque attaque faisant à chaque fois rebondir les sondages en sa faveur.

La candidate démocrate et ses partisans ont bien cru perdre et n’ont pu remonter qu’après les énièmes maladresses de Trump suite à l’ouragan qui a dévasté Miami à l’automne 2016. Hilary Clinton fut élue en novembre avec un programme volontariste pour la lutte contre le changement climatique (lire : Après l’accord de Paris, comment la planète fut sauvée), mais encore hésitant sur la politique à tenir vis à vis du terrorisme postcolonial. Néanmoins sa victoire fut vécue partout dans le monde comme le premier grand revers du terrorisme postcolonial.

Voyant la montée de l’islamophobie et de la xénophobie en Europe, la nouvelle administration Clinton décida tout d’abord de soutenir largement des mouvements civiques favorisant de nouvelles formes de participation plus démocratiques et plus inclusives à l’intérieur des démocraties représentatives menacées par des scissions qu’alimente le terrorisme. La Tunisie et l’Inde furent dès 2017 les premières démocraties où des actions d’envergure mobilisant les civic tech permirent d’expérimenter de nouvelles formes de participation démocratique.

En Europe, ce soutien fut renforcé après les élections présidentielles françaises où le FN frôla les 50%. Les sondages en Allemagne laissait également craindre une montée fulgurante de l’AfD aux élections fédérales de l’automne.

Après les législatives de juin, le nouveau gouvernement dirigé par Sarkozy associa plusieurs ministres issus du FN. Le soutien américain à de nombreuses organisations de civic tech permis à un mouvement récent (lire: Les démocrates) de mobiliser des outils pour faire de la politique autrement. Ce n’est qu’après les émeutes de l’été 2017 et la dissolution de l’Assemblée nationale que ce mouvement pu accéder au pouvoir et commencer à changer radicalement la forme de démocratie en France, mouvement qui s’élargira en même temps dans plusieurs pays européens.

En Allemagne, il inspira une réforme profonde du parti Grünen qui parvint à obtenir la deuxième place aux élections fédérales, juste derrière le parti d’Angela Merkel qui su conserver sa forte notoriété et accepta de constituer un gouvernement d’alliance CDU-Grünen avec à la clé de profondes réformes du fonctionnement démocratique. Ces victoires contre l’extrême-droite se propagèrent dans plusieurs pays permettant de préparer la refondation de ce qui deviendra après les élections de 2019 la fédération européenne.

Transition démocratique des territoires libérés

La stratégie d’intervention américaine dans les territoires occupés par le terrorisme postcolonial se précisa également au cours de l’année 2017. S’il avait perdu du terrain dans plusieurs endroits, il réapparaissait à côté tant qu’il n’y avait pas de forces militaires sur place, comme ce fut le cas au Nord du Mali et au Niger en 2016.

La stratégie visait donc une reconstruction démocratique de chaque ville libérée comme préalable à la reconstruction matérielle, celle-ci étant conduite dans une approche de transition écologique : développement en premier lieu des énergies renouvelables, de systèmes de gestion économe de l’eau, d’une agriculture agroécologique de proximité, et reforestation, émergence d’une nouvelle économie circulaire valorisant chaque déchet et organisation de la mobilité qui favorise la marche et les autres mobilités actives, à côté d’un système de transports partagés optimisés.

Le préalable à cette reconstruction s’est donc forgée sur une transition démocratique locale permettant à tous les habitants de s’associer aux décisions de la reconstruction. Le processus est aussi passé par une refondation du système juridique sans attendre un hypothétique retour de “l’Etat de droit”, ce concept étiolé du XXème siècle.

Dans chaque ville, le nouveau système de justice s’est constitué par la mise en réseau avec d’autres villes en reconstruction mais aussi partout dans le monde. Ce réseau favorise le respect des règles de droit à travers la constitution d’une jurisprudence locale compatible avec des principes universels de droits humains élaborés comme une plateforme collaborative où chaque citoyen du monde peut contribuer. Ce système juridique permis à ces villes meurtries de rapidement faire coexister des citoyens de toutes origines et des communautés diverses, habitants qui ont vécu l’occupation terroriste, réfugiés de retour de pays très différents mais aussi citoyens du monde entier voulant participer à cette reconstruction, et acceptant d’avoir les mêmes droits et devoirs que les autres habitants. Ces villes en transition réussirent ainsi à faire cohabiter multiples croyances et convictions. Les différentes religions y ont trouvé une place en accord avec les principes universels des droits humains.

D’un terrorisme à l’autre

Les dernières poches du terrorisme postcolonial ont été écrasées au cours de l’année 2018, mais malheureusement comme lors de la défaite du régime nazi, des exactions ont été commises dans de nombreux pays et plusieurs attentats violents ont encore été perpétrés au cours de cette année.

Cependant, ils restèrent limités par la logique de l’attentat suicide au cœur du terrorisme postcolonial. Ce n’est qu’avec la naissance du terrorisme postnational que les attentats prirent une nouvelle ampleur.

La nouvelle organisation qui se fit appelée “les soldats du christ” parvint à mettre en réseau des membres se revendiquant de différentes mouvances chrétiennes, orthodoxes, catholiques et évangéliques en s’appuyant sur la rancœur liée à l’épuisement des États nations gangrenés par la corruption, en particulier en Europe de l’Est et en Russie, mais aussi dans plusieurs pays d’Europe occidentale d’Afrique et du continent américain.

Ce fut le premier réseau terroriste à employer l’arme nucléaire sous toutes ses formes: bombes sales à partir de déchets radioactifs, réutilisation d’obus nucléaires avec la complicité d’anciens cadres des armées et attaques contre des sites nucléaires. Ce réseau bien qu’éphémère car rapidement démantelé réussit en quelques mois à contaminer par la radioactivité plusieurs métropoles mondiales et des milliers de kilomètres carrés, touchant des millions de personnes à travers le monde. Beaucoup moururent mais la grande majorité fut sauvée grâce à l’accélération des progrès de la science et de la médecine pour mettre fin au fléau nucléaire.

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