L’Homme à venir : vision pessimiste de l’avenir du monde ?


La thèse centrale du Transhumanisme est la mutation humaine vers un « être supérieur » biotechnologique. Une question agite l’époque : « faut-il être optimiste ou pessimiste » ?

Ce que signifie concrètement cette interrogation, c’est : « l’être humain va-t-il rester le maître de la planète, ou risque-t-il de devenir dépendant des intelligences artificielles qu’il va lui-même engendrer » ?

La réponse peut effrayer. Elle inquiète jusqu’à Bill Gates (créateur de Microsoft), Stefan Hawking (physicien génial) ou Elon Musk (fondateur de Tesla Motors et Space X). Ils se sont fendus d’une tribune commune pour appeler ceux qui travaillent à l’avènement des super-cerveaux à la prudence.

C’est un fait, les tenants du Transhumanisme s’organisent. Ray Kurzweil, membre du staff dirigeant de Google, l’un des fondateurs de Singularity University, en est un précurseur. Le géant numérique californien a engagé avec le projet Calico une course contre la mort elle-même, assumée comme telle. Des universités s’intéressent de près au sujet. Nick Bostrom, professeur de philosophie à Oxford, dirige le « Future of Humanity Institute ». Le gouvernement américain, avec le USA Brain Initiative, n’est pas en reste. Avec des moyens plus limités, c’est sous l’impulsion de Barack Obama lui-même que l’amélioration de la santé et des performances physiques sont revisitées par les neurotechnologies. L’Europe en développe le pendant depuis 2012 (Human Brain Initiative).

Récemment, un parti politique transhumaniste a vu le jour aux Etats-Unis. Le « Transhumanist Party » est né en octobre 2014, sous l’impulsion de Zoltan Istvan, un auteur devenu best seller sur Amazon, fondateur du mouvement philosophique TEF (Teleological Egocentric Functionalism), prônant l’amélioration des fonctions corporelles et cognitives par la technologie.

Leur prédiction, c’est l’inéluctable fusion entre l’homme et la machine, rendu possible par la convergence de plusieurs facteurs clés de progrès scientifiques. Les nanotechnologies vont s’emparer de nos corps, les objets connectés n’étant que la première étape de l’augmentation de nos capacités physiques.

Les Intelligences Artificielles vont dépasser l’être humain d’ici la moitié du siècle, et surtout, vont devenir conscientes.

Les plateformes numériques permettent de connecter le corps et l’esprit à un cloud, ce qui rend l’écosystème communicant en temps réel — avec ce que cela sous-tend d’efficacité en matière d’omniprésence, d’ubiquité, et d’élévation du niveau potentiel de pouvoir de chacun.

La conséquence immédiate de cette perspective, c’est la question du contrôle. Celle de la technologie connectée, d’abord, puisqu’elle deviendra « vitale » au sens littéral. Celle de l’intelligence elle-même ensuite, puisqu’à l’instar de la science-fiction, le fantasme de la machine pensante éradicatrice de son créateur rôde dans les têtes.

Cette question ne trouvera sans doute jamais de réponse, pour une raison simple : elle repose sur un postulat inexact. Il n’y aura pas d’un côté des IA, et de l’autre des Humains. Il y aura un nouvel être, hybride, qui va intégrer en son sein de l’intelligence augmentée. Il s’agira d’une espèce nouvelle, d’une évolution naturelle de l’espèce humaine. Elle se substituera sans doute à l’être humain actuel, tout comme Homo Sapiens a remplacé ses prédécesseurs.

Quant à la violence présumée de ces entités nouvelles, il faut se poser la question : pourquoi un être à la conscience plus évoluée serait forcément sanguinaire et tyrannique ? Certains prédisent des machines « inhumaines ». Souvenons-nous de ce que l’humanité a engendré : Hiroshima, camps de concentration, génocides, tortures, Croisades… Abandonner cette part d’humanité constituerait une chance pour la pacification du monde.

La mutation, c’est aussi une chance de voir émerger plus d’empathie. L’hyperindivualité n’engendre pas nécessairement l’hyperindividualisme.

Ma proposition de réflexion : c’est la fusion avec l’intelligence augmentée qui fera évoluer l’histoire humaine. Il n’y a pas à être optimiste ou pessimiste, il y a à espérer que le scientisme béat des transhumanistes sera lui-même dépassé par les consciences qu’il engendrera.