Brexit ou non : l’abandon des citoyens européens

Après l’obtention d’un accord par le Royaume-Uni qui lui permettra, le cas échéant, de se dégager d’une grande partie de ses obligations liées à son appartenance à l’Union Européenne, Boris Johnson s’est déclaré favorable à ce que le Royaume-Uni sorte de l’UE changeant ainsi la donne. En effet si, jusque-là, le référendum qui aura lieu le 23 Juin ne laissait que peu de doute quant à son issue, la prise de position du maire de Londres, homme politique influent dans le Royaume, commence à semer le doute. Néanmoins les sondages semblent indiquer que les Britanniques décideront de rester au sein de l’Union Européenne.

Un référendum sans enjeu réel

Mais que le Royaume-Uni quitte ou non l’Union Européenne n’a au fond plus beaucoup d’importance puisque le mal est fait ; si les Britanniques continueront bel et bien à profiter du marché unique, à condition qu’ils ne quittent pas l’UE, ils se dégagent de la plupart de leurs obligations concernant la liberté de circulation et d’installation des personnes en n’étant plus obligés de fournir les mêmes prestations sociales aux nationaux de l’Union Européenne qu’aux sujets de sa Majesté. En effet, même si le droit de s’installer restera en théorie garanti, quelle personne moyenne pourra décemment aller s’installer dans un pays dont le système est prévu avec l’existence de prestations sociales sans avoir de revenus bien supérieurs à la moyenne? Le gouvernement anglais s’assure ainsi de ne plus attirer que de hauts salaires ou grands capitaux qui paieront plus d’impôts en ne coûtant rien pendant qu’à Bruxelles et dans les gouvernements nationaux on continuera de prétendre que les libertés des citoyens européens restent préservées.

Des enjeux pour ceux qu’on ignore

Il y a néanmoins une catégorie de personnes, dont je suis, qui n’est jamais, bien que directement concernée, mentionnée par nos média: les Français établis au Royaume-Uni. Nous sommes pourtant plus de 126 800 enregistrés auprès du Consulat et, cet enregistrement n’étant nullement obligatoire, la taille de la communauté française au Royaume-Uni est évaluée à plus de 300 000 personnes. Nous avons donc 300 000 concitoyens dont la situation va changer du jour au lendemain et dont ni nos média, ni nos politiciens ne parlent.

En effet, c’est au matin du 24 Juin que ceux-ci devraient découvrir s’ils vont être mangés tout crus ou si on prendra le temps de les faire mijoter car, dans un cas comme dans l’autre, rien ne sera jamais plus pareil.

En effet, d’une part, l’Union Européenne, en acceptant cet accord, vient de démontrer son instabilité et son incapacité à se défendre comme un tout uni et indivisible. Cette instabilité peut nous amener à nous demander, nous autres expatriés, quels droits nous seront retirés demain, ce qu’il adviendra de nos cotisations retraites au Royaume puisqu’il semblerait que l’Union Européenne soit impuissante à faire respecter les accords conclus par traités et cette inquiétude ne peut d’ailleurs pas se limiter aux seuls Français établis au Royaume-Uni mais aussi à tout ceux qui, se croyant bénéficier d’une Union Européenne éternelle, auront cotisé ou placé des avoirs dans un autre pays de cette union maintenant bancale et défaillante.

Honte aux gouvernements nationaux

Pire encore est, si ce n’est la traîtrise, au moins le mépris de nos gouvernements nationaux : comment expliquer qu’aucun homme politique n’ait soulevé ces questions? Qu’aucun d’entre eux ne semble avoir cherché à protéger les intérêts de ses citoyens au Royaume? Comment ont-ils pu se mettre à genoux, se coucher ainsi, permettant que leurs citoyens soient moins bien traités au Royaume-Uni que les citoyens du Royaume-Uni ne le seront quand ils seront en visite ou installés dans nos pays où il n’est pour le moment aucunement question de diminuer les droits des Britanniques?

Nous autres citoyens européens allons maintenant devoir nous interroger sur notre place au Royaume-Uni, et dans n’importe quel pays de l’UE qui n’est pas le notre, tant elle semble non-pérenne.

L’idée de l’Union Européenne comme un lieu de liberté et d’égalité a vécu, qu’elle repose en paix.

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