Ma semaine avec les Classiques #1
Journal de bord sans prétention d’une accro aux Classiques avec cette semaine, des investissements indispensables, des lectures abandonnées, une rentrée littéraire bafouée!
Samedi 19 août, Petit tour à la librairie des Belles Lettres

A force de fréquenter Montaigne, j’ai été prise d’une envie irrépressible de lire les “Vies Parallèles” de Plutarque. Après une première tentative infructueuse à la Fnac, j’ai donc pris le risque d’aller aux Belles Lettres… Et ce qui devait arriver arriva… J’ai naturellement pris Plutarque — dans l’édition Quarto de Gallimard dont la traduction m’a été vantée et dont le format me fait craquer — mais il était devenu indispensable soudainement que j’achète “Lysistrata” que j’ai (re)croisée récemment en feuilletant le Grimal (Dictionnaire de la Mythologie Grecque et Latine) qui figure en bonne place sur — ou plutôt sous ma table de chevet. Il était également évident que je ne pouvais apercevoir un Lucien que je n’avais pas encore sans m’en emparer immédiatement. Lucien, c’est un peu mon chouchou de l’époque. Un petit côté mordant, irrévérencieux que j’apprécie, le tout très accessible au lecteur d’aujourd’hui. C’est que l’on rigole bien avec Lucien!
Dimanche 20 août, le jour des décisions
En pleines lectures parallèles de “La vie et les opinions de Tristram Shandy” de Laurence Sterne et de “La République” de Platon, je décide de tout mettre en suspens pour Plutarque. Comme vous le verrez, c’est une habitude chez moi! J’aime beaucoup le style de Sterne dans lequel je m’étais replongée après avoir fini “Don Quichotte” — une merveille. Tristram Shandy, c’est l’histoire d’un narrateur — Tristram donc — qui ne se décide pas à naître sous nos yeux de lecteur mais préfère aller de digressions en digressions — c’est son droit, admettons-le — dans ce qui finit par être une étonnante fresque familiale pleine d’humour. L’on comprend mieux comment Cervantès, véritable génie de la digression, m’a entraînée vers Sterne.
Mes lectures se font souvent écho…et je laisse les Classiques me guider vers ma prochaine rencontre. C’est d’ailleurs parce que Montaigne citait Platon que je me suis empressée de plonger dans “La République”… Hélas quand Socrate en arrive au moment où, pour éduquer correctement les gardiens de sa cité idéale, il ne cesse de faire des coupes dans l’Iliade et l’Odyssée, édulcorant Homère sans vergogne sous prétexte que ses héros et dieux ne donnent pas le bon exemple, je l’avoue, j’ai pesté contre lui. Où diable est donc passé le dialogue socratique? Pourquoi tant d’assertions? Pourquoi cette censure d’un des plus indispensables textes de la littérature? J’ai donc fini par lui préférer Plutarque… Et j’ai commencé la vie d’Alexandre le Grand…
Lundi 21 & mardi 22 août, Alexandre et moi
En semaine, je lis le matin avant de me rendre à mon travail. En me levant vers 6h, j’ai un joli temps libre que je consacre à la lecture ou à l’écriture en fonction de l’humeur et de l’inspiration. Mon début de semaine sera placé sous le signe des grandes conquêtes ou plutôt des petites anecdotes qui émaillent lesdites conquêtes. Plutarque nous rapporte avec gourmandise ces petits histoires qui éclairent la vie des grands hommes. Alexandre nous apparaît avec ses qualités mais aussi ses défauts:
A ce moment-là, lui qui, le reste du temps, se montrait le plus aimable des rois et qui était paré de toutes les grâces, se mettait à se vanter et devenait odieux et trop semblable à un soldat fanfaron.
C’est un portrait très vivant qui nous est fait et lui aussi use de quelques digressions…
Des digressions comme celles-ci, à condition qu’elles ne dépassent pas la mesure, ne susciteront peut-être pas la critique des grincheux.
Plutarque, prédécesseur amusé d’un Cervantès ou d’un Sterne? Voilà qui m’a fait sourire.
J’ai commencé la vie de César — celle qui est donc en parallèle de la vie d’Alexandre. N’en déplaise à Montaigne, il est vrai que le traitement de l’empereur romain est différent de celui de notre empereur grec. Plutarque semble plus détaché. L’écriture est plus rapide. A poursuivre.
Mercredi 23 août, Inspiration
Allant sur le “fil des pages” de Pitch Ton Classique, je tombe sur le récapitulatif hebdomadaire de VendrediLecture — excellente initiative à suivre absolument. D’où l’idée et l’envie d’écrire le carnet de bord de mes lectures de Classiques… Dont acte.
Jeudi 24 août, quelques pages de Lucien valent-elles remède de médecin?
L’on peut aussi être malade en lisant des Classiques… Une envie de légèreté donc et de rire pour contrer un méchant rhume. Voilà que je me saisis de “Portraits de philosophes” de Lucien. Je feuillette jusqu’au moment où un titre m’attire “Vies de philosophes à vendre”. Je reconnais la mise en scène. Zeus. Hermès. Des philosophes qui défilent. Caricaturés, ils trouvent acheteurs ou pas. Je dois avouer que j’aime beaucoup Chrysippe, le stoïcien.
Chrysippe: (…) Prends garde que je ne te décoche le syllogisme irréfutable.
Acheteur: Qu’ai-je à craindre de ce trait?
Chrysippe: Embarras, silence, chamboulement de l’intellect. Et le pire: à mon gré, je te changerai en pierre à l’instant même (…) La pierre est-elle un corps?
Acheteur: Oui.
Chrysippe: Et alors? L’être animé n’est-il pas un corps?
Acheteur: Si.
Chrysippe: Et toi es-tu un être animé?
Acheteur: Il me semble, en tout cas.
Chrysippe: Donc tu es une pierre, puisque tu es un corps.
CQFD. Je ne suis pas guérie pour autant mais au moins me suis-je amusée. Merci Lucien.
Ironie du sort, ma publication du jour est sur “Le Malade Imaginaire”…

Comme je prépare les contenus de PitchTonClassique plusieurs semaines à l’avance, je me sens dotée d’un étrange pouvoir de prémonition…
Vendredi 25 août, “Rentrée littéraire, rentrée littéraire… Est-ce que j’ai une tête de rentrée littéraire?”
Sur mes timelines twitter et facebook, que de posts à propos de la rentrée littéraire… Et ce sentiment que je n’arrive pas trop à qualifier d’être quelque peu hors du temps avec tous mes Classiques. La rentrée littéraire. Quelle rentrée littéraire? Les nouveautés. Oui. Certes. Qu’est-ce que la nouveauté? Si c’est la nouveauté pour moi, autant l’écrire tout de suite, je ne cesse de lire des choses que je n’avais pas lues avant. D’ailleurs, PitchTonClassique a eu ce formidable effet de me sortir de mes habitudes et relectures-réflexes pour aller vers de nouveaux auteurs ou nouvelles lectures. Morts, certes. Mais nouveaux pour moi. Alors, la rentrée littéraire, beaucoup de bruit pour…pas grand chose?
Je dois avouer qu’en croisant ce joli dessin sur le mur de “Improbables Librairies, Improbables Bibliothèques”, j’y ai trouvé un peu de réconfort à l’idée que d’autres partageaient ma perplexité devant cette bruyante et confuse rentrée littéraire.

Je vous laisse sur ce clin d’oeil et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine. D’ici là très belles lectures à vous!
