Ma semaine avec les Classiques #9

Le journal de bord sans prétention d’une accro aux Classiques avec cette semaine des belles lettres et de belles batailles.

Samedi 14 octobre, De l’art de feuilleter

Quand l’on est chez sa meilleure amie, entre deux jeux et un biberon, la lecture est un tantinet plus compliquée. Je n’ai le temps que de feuilleter Ultreïa, revue que je découvre. Le dossier spécial mythes et mythologies m’a intéressée. Ce que j’en retiens, c’est qu’il me reste encore de beaux mythes à explorer. Gilgamesh, par exemple, dont je ne connais pas grand chose hormis cette magnifique statue au Louvre.

Il me faudra également replonger dans Chrétien de Troyes, véritable coup de foudre il y a quelques années de cela. Et dans le Cycle de Guillaume d’orange. C’est vraiment top.

Le samedi, si je ne suis pas dans un librairie, je rêve d’y être ;-)

Dimanche 15 octobre, C’est la guerre !

Me voici plongée dans le livre II de La Guerre du Péloponnèse. Là encore Thucydide est admirable. Il alterne batailles, épidémie de peste et discours de Périclès. C’est rythmé.

(…) comme bientôt, dans un tumulte terrible, l’ennemi les attaquait, soutenu par les femmes et les esclaves qui, depuis les maisons, poussaient des cris et des hurlements, tout en leur jetant des pierres et des tuiles, et qu’avec cela il s’était mis à tomber une forte pluie pendant toute la nuit, ils cédèrent à la panique (…)

On le cèderait à moins…

Thucydide écrit de façon vivante. Il s’implique dans son récit pour nous donner son point de vue.

(…) il me semble que l’oracle se réalisa à l’inverse de ce que l’on attendait : au lieu que l’occupation coupable du lieu entraînât les malheurs de la cité, ce fut la guerre qui entraînât les nécessité de cette occupation ; l’oracle ne précisait pas textuellement, mais prévoyait qu’on s’y établirait un jour sans qu’il y eût à s’en féliciter.

Ce n’est pas la première fois que Thucydide met en question les oracles et autres prédictions peu claires et sujettes à des interprétations diverses. Cela ne rappelle-t-il pas notre cher Lucien qui, quelques siècles plus tard, s’en donne à coeur joie en critiquant Apollon et l’obscure clarté de ses prophéties ?

Plus loin, il ajoute d’ailleurs :

Des devins émettaient des oracles divers, que les gens brûlaient d’entendre, chacun selon son gré.

Je parlais dans le Livre I d’un Art de la diplomatie, le Livre II serait plutôt un Art de la guerre.

(…) il n’était rien, dans leurs projets aux uns et aux autres, où ils ne vissent grand : ils abordaient la guerre avec énergie - ce qui n’a rien d’étonnant. Au début, en effet, on s’y donne toujours plus vivement (…)

Thucydide donne des éclairages, des leçons (?) au passage. Cela est encore plus vrai lorsqu’il parle de politique. Et ce grâce aux nombreux discours de Périclès dont il émaille son récit. Périclès est, en effet, le héros du Livre II. Il établit la stratégie des premières années de guerre et soutient le moral des Athéniens… Athéniens confrontés en même temps à la guerre et à la peste. On se démotiverait pour moins que cela !

Périclès rappelle les fondements de la démocratie athénienne pour laquelle donc on doit se battre :

(…) pour les titres, si l’on se distingue en quelque domaine, ce n’est pas l’appartenance à une catégorie, mais le mérite, qui vous fait accéder aux honneurs ; inversement, la pauvreté n’a pas pour effet qu’un homme, pourtant capable de rendre service à l’Etat, en soit empêché par l’obscurité de sa situation.

Je vous laisse lire les très belles pages consacrées à la façon dont fonctionne Athènes. C’est très bien écrit et cela permet de se rendre mieux compte des valeurs et l’unicité de cette société.

Seuls, en effet, nous considérons l’homme qui n’y [ndptc : la vie de la cité] prend aucune part comme un citoyen non pas tranquille, mais inutile.

Cela a le mérité d’être direct. Thucydide expliquera plus tard que la valeur de Périclès, reconnue par tous, lui permettait d’être franc dans ses discours.

Je note au passage ce petit tacle à l’épopée et à la poésie…

(…) nous n’avons besoin ni d’un Homère pour nous glorifier, ni de personne dont les accents charmeront sur le moment (…)

Thucydide, lui, c’est du sérieux. Il fait oeuvre d’historien et d’analyste. Loin de rester dans la description idéale de la démocratie, il y apporte la nuance des faits :

Sous le nom de démocratie, c’était en fait le premier citoyen [ndptc : Périclès] qui gouvernait.

et son propre jugement :

(…) les Athéniens ne cédèrent qu’aux coups qu’ils se portèrent eux-mêmes, du fait de leurs conflits privés.

Thucydide, c’est du sérieux donc et c’est utile. Tellement que sa description détaillée des symptômes de la peste a permis à nombres de savants d’aujourd’hui de se pencher sur ladite maladie pour établir leur diagnostic ! Je vous épargnerai les symptômes mais je partage avec vous ce morceau que je trouve très beau et d’une grande puissance narrative :

(…) devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir, cessèrent de rien respecter, soit de divin, soit d’humain. C’est ainsi que furent bouleverser tous les usages observés auparavant pour les sépultures : chacun ensevelissait comme il pouvait ; et beaucoup eurent recours à des modes de funérailles scandaleux, car il manquait du nécessaire, tant ils avaient déjà eu de morts autour d’eux ; alors, ils profitaient de ce que d’autres avaient dressé un bûcher et, ou bien ils y plaçaient leur mort les premiers, et allumaient le feu, ou bien, tandis qu’un corps se consumait, ils jetaient dessous celui qu’ils portaient, et disparaissaient.

Lundi 16 octobre, Soirée robe de chambre & peinture

Sur une excellente suggestion de Gallica, j’ai lu Regrets sur ma vieille robe de chambre de Diderot. Petit texte que Diderot écrit suite à une amélioration de sa situation financière qui a pour fâcheuse conséquence de lui changer ses habitudes… Et notamment sa robe de chambre.

Avant de vous rendre compte de cette succulente lecture, un petit détour s’impose pour vous dire et redire toute mon admiration pour Gallica. On y a accès - quand je dis « on », c’est vous, c’est moi, c’est nous - à une quantité d’oeuvres numérisées originales de très grande qualité. Que l’on cherche quelque chose ou que l’on vienne seulement flâner, l’on est toujours ravi du trésor trouvé.

Revenons à cette vieille robe de chambre.

Pourquoi ne l’avoir pas gardée ? Elle était faite à moi, j’étais faite à elle ; elle moulait les plis de mon corps sans le gêner ; j’étais pittoresque et beau : l’autre roide, empesée me maneguine.

Deux choses. N’ayant pas mon Alain Rey - le dictionnaire, pas l’homme… quoique ce serait tout aussi pratique - sous la main, j’ignore ce que veut dire « managuine » mais je trouve le mot charmant. La deuxième chose est que pour qui a étudié Francis Ponge - j’en fais partie -, il est intéressant de voir un autre auteur consacré à un objet autant de temps. Le parti-pris de la robe de chambre ! J’applaudis.

Un livre était-il couvert de poussière, un de ses pans s’offrait à l’essuyer : l’encre épaisse refusait-elle de couler de la plume, elle présentait le flanc.

L’on commence à très bien visualiser la robe de chambre, non?

On y voyait tracés en longues raies noires les fréquents services qu’elle m’avait rendus. Ces longues raies annonçaient le littérateur, l’écrivain, l’homme qui travaille ; à présent j’ai l’air d’un riche fainéant (…)

Extraordinaire tableau ! Je vous invite à lire le tout dans la langue de Diderot avec les « f » à la place des « s » et quelques orthographes intriguantes pour le lecteur du XXI° siècle.

Après la robe de chambre, tout l’intérieur du philosophe y passe.

Ma vieille robe de chambre était une avec les autres guenilles qui m’environnaient (…) Tout est désaccordé, plus d’ensemble, plus d’unité, plus de beauté.

C’est en philosophe qu’il tire de l’anecdote quelques leçons métaphysico-ménagères.

De ma médiocrité première il n’est resté qu’un tapis de lisières (…) Lorsque le matin, couvert de la somptueuse écarlate [ndptc : la nouvelle robe de chambre, donc], j’entre dans mon cabinet, si je baisse la vue, j’aperçois mon ancien tapis de lisères ; il me rappelle mon premier état, et l’orgueil s’arrête à l’entrée de mon coeur.

Bien sûr, il en fait trop. Il convoque ses amis, Diogène, le saint Prophète même.

Ah ! Saint Prophète, levez vos mains au ciel, priez pour un ami en péril, dites à dieu : si tu vois dans tes décrets éternels, que la richesse corrompt le coeur de Denis, n’épargne pas les chefs-d’oeuvres qu’il idolâtre, détruis-les, et ramène-le à sa première pauvreté.

S’en suit une négociation plus directe avec Dieu à qui il demande, s’il doit intervenir, d’épargner le tableau d’un ami, Vernet. Tableau qui devient le sujet principal de la deuxième partie de ce petit essai.

Je vous glisse un des tableaux de Vernet qui me semble correspondre à la description de Diderot. A titre personnel et l’ayant découvert il y a peu, je dois avouer que la lumière des tableaux de Vernet me fascine.

Achève d’éclairer ce ciel, achève de rendre à la mer sa tranquillité. Permets à ces matelots de remettre à flots leur navire échoué ; seconde leur travail, donne-leur des forces, et laisse-moi mon tableau (…)

Les pages qui concernent le tableau sont de toute beauté. Elle se termine par ce cri :

Venez voir mon Vernet, mais ne me l’ôtez pas.

Si je vous dis qu’à la suite de ce petit bijou se trouve un petit texte signé Voltaire, c’est une véritable invitation à lire toute affaire cessante, je le crains. Allez-y ! Régalez-vous !

Mardi 17 octobre, un parrainage inattendu

Sur les conseils d’un ami - décidément je suis très influençable littérairement parlant -, j’ai lu l’essai qu’Italo Calvino a consacré aux classiques. Pourquoi lire les classiques?

Il est en anglais mais vous pouvez le trouver en français. C’est un encouragement à lire les classiques sans complexe et avec amour. C’est tout le sens de PitchTonClassique et je suis heureuse d’avoir trouver un tel parrain de pensée.

Pour lire en savoir un peu plus, c’est ici.

Mercredi 18 octobre, c’est la guerre (encore…)

J’ai reçu avec grand plaisir hier les livres commandés aux Belles Lettres. Me voici donc replongée dans La Guerre du Péloponnèse. Quelle leçon de politique ! Quelle leçon d’histoire ! Je suis abasourdie par la variété des comportements géopolitiques qui s’offrent à nous. J’ai tendance de plus en plus à penser que Thucydide devrait être rendu obligatoire pour tout le monde avant d’être en âge d’exercer son devoir de citoyen.

Outre des passages extraordinairement vivants de batailles terrestres et navales, Thucydide continue de distiller dans les discours des uns et des autres, des commentaires d’une incroyable justesse et qui résonnent jusqu’à nous. Voici comment un orateur parle aux citoyens réunis pour prendre une décision :

(…) vous qui vous faites toujours spectateurs des paroles et auditeurs des faits, qui voyez les faits à venir d’après les beaux parleurs qui les donnent pour possibles et les faits déjà passés d’après les critiques brillamment formulées, attachant ainsi plus de crédit au récit qu’à l’événement vu de vos propres yeux (…) [vous êtes] à la recherche, pour ainsi dire, d’un monde autre que le nôtre, mais incapables seulement de songer aux réalités ; bref, des gens dominés par le plaisir d’écouter, semblables à un public installé là pour des sophistes plutôt qu’à des citoyens qui délibèrent de leur cité.

Ils n’avaient pas encore la télévision mais l’on saurait difficilement faire plus actuel…

Jeudi 19 octobre, Thucydide, philosophe

Je pourrais vous dire de nouveau combien je prends plaisir à lire Thucydide. Je pourrais également, de nouveau, vous inviter à le lire toute affaire cessante. Je pourrais partager ici des descriptions incroyables, des discours rythmés, une des batailles navales que Thucydide peint avec une virtuosité qui me laisse admirative. Je pourrais faire tout cela, oui.

Néanmoins, aujourd’hui, je préfère vous parler du philosophe Thucydide. Car il y a, sous-jacent dans le récit historique, un véritable petit traité de philosophie. Une réflexion sur la nature humaine, le bien commun, l’individu et le “vivre ensemble”. C’est notamment au détour de la guerre civile de Corcyre (livre III) que notre auteur introduit des éléments de réflexion sur ce qui poussent les hommes à agir. Il y a là un temps de pause dans la narration, une étude des passions individuelles et des raisonnements collectifs. Il faut aussi lire Thucydide pour cela. Pour la modernité de ces constats. Pour l’actualité de ses réflexions. Pour un art de vivre individuel et collectif qui se dessine en filigrane.

J’aurais peut-être du dédier un article à Thucydide. Je préfère vous rendre compte pas à pas de ma lecture. C’est une grande joie à ressentir que d’apprendre quelque chose à chaque page. Apprendre quelque chose sur la guerre du Péloponnèse, naturellement, car Thucydide est historien. Apprendre quelque chose sur soi en laissant les réflexions de Thucydide résonnaient en soi, car Thucydide est un peu aussi philosophe.

Vendredi 20 octobre, Thucydide, pacifiste ?

Ce qui ne cesse de m’épater chez Thucydide, c’est la variété de sa narration. On se dit que la guerre, c’est la guerre, qu’il ne va pas y avoir des milliers de façons de parler des batailles… Détrompez-vous. Thucydide trouve le moyen de surprendre son lecteur encore et encore.

D’abord, il fait des petites pauses. Dans la guerre, tout n’est pas que bataille. L’on a, par exemple, le récit de la “purification de Délos” dont je vous livre cet extrait :

(…) les tombes qui se trouvaient à Délos furent toutes enlevées, et il fut expressément interdit de mourir dans l’île et d’y enfanter désormais (…)

Et de citer ensuite par deux fois Homère pour illustrer la renommée passée de Délos. Forcément, quand on cite Homère, moi, je suis ravie !

J’en viens à la dernière bataille du Livre III. Je pourrais vous recopier toutes les pages tant c’est extraordinaire. Je ne vous donne que deux extraits pour vous mettre l’eau à la bouche. Premier extrait sur la retraite d’une partie des vaincus - une partie seulement (les Péloponnésiens) ayant conclu un accord avec les Athéniens dans le dos des autres (leurs alliés, les Ambraciotes) :

Entretemps, les Mantinéens et d’autres vaincus couverts par l’accord [ndptc : les Péloponnésiens, donc], sortant sous couleur de ramasser des légumes et du bois, s’esquivèrent par petits groupes, tout en ramassant ce pour quoi ils étaient en principe, sortis ; une fois à l’écart d’Olpé, ils hâtèrent le pas. Les Ambraciotes et les autres qui, justement, étaient sortis comme cela tous ensemble, quand ils comprirent que ceux-là partaient, s’élancèrent eux aussi et se mirent à courir, voulant les rattraper. Les Acarnaniens [ndptc : alliés des Athéniens] crurent d’abord que tous violaient pareillement l’accord en partant (…) il y avait mille contestations et incertitudes pour distinguer entre Ambraciotes et Péloponnésiens.

C’est un joyeux chaos, n’est-ce pas ? Et que dire du passage suivant ? Un ambassadeur des vaincus (les Ambraciotes, donc) vient réclamer les morts d’une bataille sans savoir qu’une deuxième bataille a eu lieu dans laquelle ils ont encore été vaincus. Admirez le traitement que fait Thucydide :

Quand le héraut vit les armes des Ambraciotes de la ville, leur nombre l’étonna : car il ignorait le désastre et croyait qu’elles appartenaient à ses anciens camarades. Quelqu’un lui demanda pourquoi il s’étonnait, et combien des leurs étaient morts, croyant, lui, en posant sa question, que le héraut appartenait à ceux d’Idoménè [ndptc : lieu de la deuxième bataille]. La réponse fut: deux cents à peu près. L’interlocuteur reprit : “Non, ces armes, à voir, sont celles de plus de mille hommes.” Le héraut repartit : “Alors, elles ne sont pas à ceux qui se battaient à nos côtés.” L’autre répondit : “Mais si, si c’est vous qui vous êtes battus hier à Idoménè.”- “Mais nous, nous n’avons pas livré de combat hier ; c’était avant-hier, quand nous partions.”-“En ce cas, nous, c’est contre ces gens-là que nous nous sommes battus hier ; ils étaient venus de leur cité, d’Ambracie, en renfort.” Quand le héraut l’entendit, quand il comprit que le renfort envoyé par la cité avait été détruit, il éclata en gémissements et, épouvanté par l’immensité de leur malheur, il repartit tout de suite, comme il était venu, sans plus réclamer les morts.

On ne peut mieux rendre compte de l’absurdité de la guerre et de l’ampleur des désastres auxquels elle soumet les peuples. Si je ne suis pas sûre qu’être pacifiste ait un sens à l’époque, la lecture de ces pages ne peuvent pas laisser indifférent le lecteur du XXI° siècle et l’on peut penser qu’elle ne laissait déjà pas indifférents les lecteurs antiques.

Vendredi, c’est librairie ? Comment se fait-ce ? Chez PitchTonClassique, quand on est malade, le vendredi soir, on anticipe un week-end au chaud. Qui dit week-end au chaud, dit livres. Qui dit livres, dit passage par la librairie pour s’équiper. CQFD. J’ai donc choisi deux lectures détente. Un Agatha Christie que je ne connais pas - oui, Agatha Christie, ça me détend… même si j’espère bien battre Hercule Poirot cette fois-ci. Le dernier Astérix. Parce que j’ai toujours aimé Astérix. Au passage, je suis allée voir s’ils avaient Hérodote. Réponse positive. Je ne pouvais le laisser là, seul exemplaire, sans son tome II. Il rejoint ses amis des Belles Lettres. Et puis, XXI. Parce que je trouve cette revue profondément intelligente, que je la soutiens depuis le début, que l’acheter est une forme de militantisme pour un journalisme de qualité, que j’ai envie qu’elle vive longtemps encore !

J’ai fini la semaine en lisant Astérix. Ce ne sera pas mon album préféré mais je prends toujours autant de plaisir à retrouver les héros gaulois de mon enfance !

Très belle fin de semaine à vous. Prenez bien soin de votre #PAL et à la semaine prochaine.

Like what you read? Give PitchTonClassique a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.