Cartographie sensible en marchant de Versailles à la Machine de Marly

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Cette marche a eu lieu le 18 février 2017 en collectif avec une centaine de personnes entre la Gare de Versailles Rive Droite et la Machine de Marly dans le cadre d’une préfiguration publique du futur Sentier Métropolitain du Grand Paris encadrée par l’association le Voyage Métropolitain.

Le départ a lieu en face du Café de l’Arrivée. Le groupe se met en marche. Nous croisons des hommes vêtus de kippas tandis que la brume se dissipe entre les maisons bourgeoises. L’Avenue du Roi nous apporte son premier lot de véhicules motorisés. Les dessins sur les armoires électriques nous rappellent que nous sommes dans une ville au passé royal. Boulevard de la Seine les arbres sont coupés au cordeau, la contre-allée est pavée et les joggeurs défilent.

C’est l’arrivée au Parc du château où l’on apprend qu’à une époque faste 300 animaux étaient chassés et tués chaque jour au sein de ce parc de 43km². La marche reprend, rythmée par les odeurs de boucs, le bêlement des brebis et le bruit du train au loin.

Une fois sortis de ce rêve royal, nous voilà à l’orée de la “plus grand copropriété d’Europe”. Le parc devient ici habitable. Parly 2, subtil mélange de Paris et Marly, offre à ses résidents un magnifique cadre paysager structuré par des voies d’accès aux noms de lieux parisiens prestigieux. La sensation est agréable, il n’y a pas de bruits de voitures, les mots qui viennent à l’esprit sont “calme”, “vert”, “immense mais intime”… Ce passage nous fait réviser notre vision du logement collectif. La ville moderne aurait-elle produit des enfants dont nous serions fiers ?

Les abords du centre commercial altèrent rapidement la rêverie. Ici les premiers signes qui nous sont adressés sont des touristes qui sortent d’un hôtel Ibis, une circulation intense, les parkings silos et l’aménagement partenarial de l’espace public en témoigne cette poubelle sur laquelle est écrit “offert à la Mairie du Chesnay par MARKS & SPENCER”. Jolie attention n’est-ce pas ?

L’entrée dans le centre se fait par des halles. L’odeur de nourriture nous saute au nez en même temps que le vendeur de fruit nous harangue.

S’ensuit le délicat bruit de l’eau de la fontaine située au centre du centre. Mais ce n’est rien en comparaison de l’expérience produite par un passage aux toilettes. En effet, une fois la porte ouverte un long couloir décoré d’oeuvres d’art se propose à notre vue. Mais ce qui frappe c’est surtout cette odeur hyper chimique accompagnée d’une petite musique de jazz.

Une fois sortis de ce hot-spot sensoriel les familiers bruits de klaxon, de voitures et de motos prennent le relai. Nous progressons sur la piste cyclable le long de la D186 . Les clair-obscurs s’enchainent à mesure de notre avancée puisque la voiture a dorénavant priorité sur le piéton. Arrivés au triangle de Rocquencourt l’allée du Trianon nous projette sans prévenir dans le XXIè siècle par le biais d’une opération de construction de logements à l’architecture contemporaine caractéristique.

En lisière de forêt, la clôture est barbelée et les bruits de voiture persistants. Soudain une cathédrale de béton. Ne manque que la croix. C’est à présent l’heure d’un pique-nique surréaliste au cœur du premier échangeur aménagé en France.

Reprenons le chemin. Nous sillonnons au dessus de l’A13 puis le long d’une ancienne base militaire de l’OTAN précédent le Pacha Club. Nous retrouvons alors la forêt ainsi que l’odorat et le bruit de nos pas. Une clairière accueillante, une allée de vieux chênes qui salue notre passage puis un mur. Heureusement une faille dans le dispositif nous autorise le passage. Ensuite nous jetons un œil à travers les barreaux du portail de la prétendue maison la plus chère du monde. Qu’importe, continuons. Entre les pilles d’un aqueduc monumental les vignes des coteaux de Louveciennes s’offrent au regard tandis que la skyline de la capitale fait l’objet des premiers clichés. La vue sur Paris est d’autant plus belle que le pollution est au loin.

Au pied des platanes la ciboulette sauvage s’épanouit sans se poser de questions. La descente des coteaux s’amorce. L’omniprésence de plaques patrimoniales nous font sentir petits sous le poids du temps. Mais revenons au présent. Les appareils crépitent devant la courbe de la Seine qui nous sépare du monde habité. Dans la descente, les pavés nous font glisser jusqu’à la route. C’est ici dans la Seine que git la Machine de Marly.

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Toutes photographies de l’auteur.

Paris, le 31/03/2017