Une marche sensible à la périphérie de Barcelone. #01 Vers la rivière Besòs

Article paru sur le site internet des Lumières de la ville

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Barcelone est bien connue pour ses Ramblas, ses pickpockets et son architecture dont l’iconique tour Agbar(1). Du point de vue des touristes, les montagnes environnantes restent méconnues, mis à part pour le parc d’attraction du Tibidabo qui est visible depuis la ville. Aucun n’a entendu parler des rivières Besòs et Llobregat qui sont pourtant les deux principaux cours d’eau de la métropole catalane. Ceci est du au développement historique(2) de la ville qui s’est à l’origine installée entre ces deux rivières puis s’est étendue vers ces barrières naturelles et même au delà au cours de l’ère industrielle.

Ainsi, en 2017, à moins de vivre dans la banlieue de la ville vous n’avez certainement pas eu l’opportunité de vous rendre dans trois lieux que nous allons visiter. Allons donc voir de plus près.

#01 Vers la rivière Besòs

La rivière Besòs est canalisée dans sa partie urbaine. Elle constitue la limite entre la commune de Barcelone et celle de Sant Adrià de Besòs, un bastion industriel historique. Sant Adrià accueille non loin du littoral une ancienne usine de production électrique dont les trois cheminées constituent un des marqueurs architecturaux de l’aire métropolitaine.

Pour y accéder, il nous faut descendre à la station de métro Besòs, et nous diriger vers le Nord/Est, en suivant Gran Via de les Corts Catalanes, puis passer par le parc Besòs et traverser la Ronda Litoral. L’accès est ici, juste sous le pont de la route de Torrassa.

La rivière est canalisée, ce qui signifie visuellement qu’elle est entourée d’un haut mur de béton et qu’elle accueille des installations techniques de régulation de débit. Mais la rivière abrite également une végétation sauvage et notamment de hauts pieds de bambous. Les habitants se retrouvent ici pour marcher sur l’herbe, pour rouler en solitaire sur la piste cyclable ou juste discuter sur les escaliers d’accès à la rivière. L’odeur est caractéristique des rivières urbaines mais supportable. Depuis la rive droite, si nous voulons rejoindre la mer, c’est possible, mais jusqu’à un certain point. En tous cas, après avoir franchi le pont de la route d’Eduard Maristany, il y a bien un passage mais un panneau signalétique nous indique que nous serons hors la loi.

Et bien soit, la vue est trop aguichante. Passés dix mètres il y a ici une incroyable jungle urbaine, des plantes hautes et spontanées qui poussent sous un pont de bois et de métal qui fait penser au pont de la rivière Kwai. Après avoir traversé cette faille dans l’espace-temps, nous marchons quelques secondes et l’on aperçoit une eau d’une couleur telle qu’elle semble venir d’un lagon exotique avec de la vapeur qui s’en échappe. S’agit-il d’un mirage ?

En un sens, oui il pourrait bien en être question. C’est en nous rapprochant que l’on réalise alors le secret de fabrication de cette vision. L’eau incroyablement colorée avec la vapeur qui s’en échappe est le résultat d’un rejet continu provenant d’une vaste usine. L’odeur de chlore est telle qu’on se croirait à l’intérieur d’une bouteille de détergent ménager… Très décevant n’est-ce pas ? L’usine est un équipement de traitement des déchets appelée TERSA(3) et située à 100 mètres de la mer et à la même distance du port Forum, la principale marina touristique de Barcelone.

Mais si nous nous mettons les doigts dans le nez nous pouvons toujours apprécier la jolie rive naturelle qui fait face, et à ce moment agrémentée d’un homme nu prenant le soleil ainsi que d’un pêcheur debout sur une dune là où la rivière se jette dans la mer méditerranée.




Notes :

(1) Qui signifie “Aguas de Barcelona”, c’est à dire en français ; “Les eaux de Barcelone”.

(2) Voir des cartes interactives du développement historique de la ville ; [cartahistorica.muhba.cat] et [bigtimebcn.300000kms.net]

(3) Entreprise crée à l’origine en 1983 sous le nom “Tratamiento y Eliminación Residuosa, S.A”