Une marche sensible à la périphérie de Barcelone. #03 Vers les montagnes de Collserola

Article paru sur le site internet des Lumières de la ville

(article 3/3)

Barcelone est bien connue pour ses Ramblas, ses pickpockets et son architecture dont l’iconique tour Agbar(1). Du point de vue des touristes, les montagnes environnantes restent méconnues, mis à part pour le parc d’attraction du Tibidabo qui est visible depuis la ville. Aucun n’a entendu parler des rivières Besòs et Llobregat qui sont pourtant les deux principaux cours d’eau de la métropole catalane. Ceci est du au développement historique(2) de la ville qui s’est à l’origine installée entre ces deux rivières puis s’est étendue vers ces barrières naturelles et même au delà au cours de l’ère industrielle.

Ainsi, en 2017, à moins de vivre dans la banlieue de la ville vous n’avez certainement pas eu l’opportunité de vous rendre dans trois lieux que nous allons visiter. Allons donc voir de plus près.

#03 Vers les montagnes de Collserola

Pourquoi ne pas aller jeter un coup d’œil à la troisième frontière terrestre de la ville ? Les montagnes autour de l’église Tibidabo font partie du Parc Naturel Serra de Collserola(3). Elles sont connues des locaux mais bien moins des touristes. Certains diraient que c’est au moins une zone préservée des “envahisseurs”, mais c’est un autre sujet.

Pour y aller, descendons à la station de métro Canyelles. Nous devons contourner des infrastructures sportives pour commencer à grimper. Sentez-vous déjà sentir l’odeur des pins ? Une dernière portion de route et nous y sommes.

Vous pouvez remarquer le vieux panneau de signalisation de l’hôpital Sant Llatzel et des hommes qui se tiennent seuls derrière des arbres, semble-t-il en train d’attendre quelque chose ou quelqu’un… comme c’est souvent le cas dans les plus proches espaces naturels de banlieue. Continuons. Beaucoup font leur footing de fin de journée, certains courageux font du vélo et d’autres marchent, tout simplement. Bientôt nous allons trouver l’ancien hôpital. Mais il n’a plus l’air d’un équipement médical car la propriété abrite aujourd’hui la Can Masdeu, une communauté autogérée qui propose des jardins partagés depuis 2002 ainsi que des activités ouvertes au public comme l’éducation à l’agro-écologie.

En grimpant dix minutes de plus, nous atteignons un de ces points de vue urbains que les villes entourées de montagnes ont à offrir. Une fois passés les poteaux électriques, nous arrivons au col de la Ventosa, faisant partie du Camino de Las Aguas, une “autoroute piétonne” qui cours le long du Parc Naturel. Mais si nous sommes en quête d’authenticité, nous pouvons toujours suivre un de ces chemins millénaires. Ils ont été dessinés par des milliers de marcheurs probablement depuis que les humains se sont installés dans la région. Vue du sommet, la ville est notre royaume et nous ressentons à ce moment la paix sereine de ceux qui comprennent tout. Les architectures emblématiques semblent des jouets. La tour Agbar et les cheminées de Besòs apparaissent comme des jeunes pousses à l’horizon.

Des interfaces à forte valeur

Les sites par lesquels nous avons cheminé (voir aussi #01 et #02) peuvent être considérés comme des entre-deux. Ils constituent le gradient entre la ville et son environnement naturel. S’ils donnent à la ville ses limites, ils peuvent ne pas être uniquement considérés comme des murs séparatifs mais aussi comme des portes vers un ailleurs.

Avec du recul il apparaît que les urbanistes européens du milieu du XXe siècle ont pu être les instruments d’une volonté politique et d’un développement économique de court terme au moment même où les extensions des villes étaient le signe visible d’un progrès en marche. Mais de nos jours, les gens redécouvrent ce qui constitue leur patrimoine naturel. Les urbains pressés apprécient plus que jamais de prendre un bol d’air pur et considèrent sans doute ces entre-deux comme une ressource de la ville.

Finalement, à Barcelone comme ailleurs, ces interfaces ville-nature s’avèrent des lieux riches d’une valeur d’usage mais aussi d’une valeur symbolique. En effet, ces limites franchies avec délectation semblent nous parler inconsciemment. Ne seraient-elles pas une manifestation de la manière dont la ville engage, telle un être vivant, un dialogue avec son plus large territoire et bien au delà la manière nous autres, être humains, nous mettons en relation avec le monde qui nous entoure ?




Notes :

(1) Qui signifie “Aguas de Barcelona”, c’est à dire en français ; “Les eaux de Barcelone”.

(2) Voir des cartes interactives du développement historique de la ville ; [cartahistorica.muhba.cat] et [bigtimebcn.300000kms.net]

(3) Voir aussi la carte du Parc Naturel