Espagne : avec Podemos, bientôt la fin des corridas ?

​Les élections municipales et régionales du 24 mai 2015 marquent un précédent dans l’histoire de la corrida en Espagne. Plusieurs formations hostiles à cette tradition ont été portées à la têtes de grandes villes du pays.

Les élections de mai dernier ont bouleversé le paysage municipal de l’Espagne. Se sont imposées dans des villes d’importance, des listes “citoyennes” ou issues du mouvement des “Indignés”, le plus souvent avec le soutien de la gauche radicale. Au cœur même du pays, à Madrid, la liste “Ahora Madrid (Maintenant Madrid) a porté à la tête de la municipalité Manuela Carmena, juge de profession. À Barcelone, deuxième ville du pays, c’est la militante pour le droit au logement Ada Colau qui a remporté la mairie, soutenue par deux partis de gauche. À Saragosse et Cadix, d’autres candidats “indignés” ont également remporté les élections au sein de listes de coalition.

Ces résultats ont suscité une vague d’inquiétude chez les professionnels des spectacles taurins, qui se sont réunis en juin selon le quotidien El Mundo. Les formations issues des “indignados” du parti Podemos se prononcent en effet en majorité contre les corridas, fustigées pour maltraitance animale. La tauromachie se voit également frappée du sceau de la tradition, et donc d’un conservatisme que les nouveaux élus abhorrent.

Un nouvel enjeu politique

Derrière la corrida se dessine en effet de plus en plus une question politique. Les partis de gauche et de droite se sont emparés du sujet et ont durci leurs positions, au point d’en faire un enjeu électoral. En 2013 le gouvernement conservateur mené par Mariano Rajoy, avait consacré la tauromachie au Patrimoine culturel de l’Espagne, afin d’en rendre plus difficile l’interdiction. Face à ces tentatives de sanctuarisation de la corrida, les nouvelles municipalités issues de la gauche radicale n’ont pas attendu pour prendre des mesures.

Des initiatives ont en effet déjà été prises, dans le sens d’une limitation des spectacles taurins. La nouvelle maire de Madrid a ainsi indiqué qu’elle voulait faire de la capitale une “ville amie des animaux” et a plaidé pour l’abrogation des subventions aux écoles et aux spectacles taurins.

La ville de La Corogne a elle décidé d’annuler la feria qui devait s’y tenir au début du mois d’août. À Alicante, la mairie conquise par le parti Podemos, allié aux défenseurs de la cause animale, envisage un référendum pour mettre fin aux corridas dans les limites de la commune.

Des moyens juridiques limités

Pour autant les mesures prises par les nouvelles municipalités ne peuvent que viser une limitation de la tauromachie, et non son interdiction. Les communes n’ont pas en effet, malgré leur détermination, les moyens juridiques d’abolir définitivement les spectacles taurins. Les mairies sont contraintes de se limiter à des stratégies d’obstruction ou à des déclarations d’intention. Les municipalités ne peuvent légalement que mettre fin aux subventions dont bénéficient les professionnels du secteur, ou refuser de mettre à disposition les arènes qui voient s’affronter taureaux et toréadors.

Mais au vu de la dynamique électorale de Podemos et de la gauche radicale, la prohibition de la corrida pourrait faire un nouveau pas en avant, plus décisif, dans les mois à venir. Les élections générales qui se tiendront en décembre pourraient voir des députés “indignés” investir le Parlement, et user des moyens juridiques de l’État pour faire avancer leur cause.

Quentin Bas (@QuentinBL) / Crédits Photo : AP