Itsi Bitsi Burkini

Actualité brûlante et hommage à Dalida

Sur une plage il y avait une belle fille
Qui avait peur d’aller prendre son bain
Elle craignait de quitter sa cabine
Elle tremblait de montrer au voisin
Un, deux, trois, elle tremblait de montrer quoi ?

Il est des débats qui n’ont ni queue ni tête. Il est des débats où le «pour» et le «contre» sont aussi absurdes, voire imbéciles, l’un que l’autre. Le débat sur l’interdiction du burkini en est un bel exemple. La liberté, sur la plage, de porter ce que l’on veut ou de ne rien porter, surtout pour les femmes, est une discussion aussi ancienne que la fréquentation touristique des plages.

J’ai passé mes étés d’enfants et de jeune homme sur la côte atlantique, entre la pointe de Grave et le bassin d’Arcachon, là où les dunes et les plages s’étendent à perte de vue et où, en dehors des quelques portions surveillées, chacun peut bien faire ce qu’il veut. J’y ai vu toute formes de maillots de bain et j’y ai vu, surtout, beaucoup de gens entièrement nus. Et tout ce petit monde cohabitant dans la joie et la bonne humeur, ne demandant rien de plus qu’une place sous le soleil, qui brille pour tout le monde pareil.

Elle ne songeait qu’à quitter sa cabine
Elle s’enroula dans son peignoir de bain
Car elle craignait de choquer ses voisines
Et même aussi de gêner ses voisins
Un, deux, trois, elle craignait de montrer quoi ?

Mais avouons-le: personne n’est réellement insouciant sur la plage. La plage est aussi l’endroit où l’on se sait scruté, regardé, exposé. Doit-on recenser les unes des magasines qui nous proposent la solution miracle pour avoir le ventre le plus plat avant l’été ou la revue exhaustive des plus beaux maillots ? Pas la peine, vous voyez très bien de quoi je parle. Et cette réalité est d’autant plus sensible pour les femmes, évidemment.

La liberté de porter ce que l’on veut sur la plage est donc toute relative. Nous sommes tous soumis aux modes et à la pression de nos pairs. J’ai vu, très dubitatif, des jeunes gens porter leurs sous-vêtements sous leur maillots de bain. J’ai vu les femmes libérer leurs poitrines, puis les couvrir. J’ai constaté avec un peu d’amusement que c’est souvent à l’âge où notre corps est le plus à son avantage que l’on a des scrupules à le montrer. Et inversement.

Elle doit maintenant s’élancer hors de l’ombre
Elle craint toujours les regards indiscrets
C’est le moment de faire voir à tout le monde
Ce qui la trouble et qui la fait trembler
Un, deux, trois, elle a peur de montrer quoi ?

En va-t-il de même pour le burkini ? Exactement. La mode, la pression des pairs. Bien sûr, vous ne trouverez que des témoignages de femmes ayant fait le choix de porter ce costume de bain en toute liberté. Les femmes du début du XXe siècle qui se promenaient sur la plage en robes longues et immenses chapeaux auraient affirmé la même chose, n’étant pourtant que le produit de la société de leur époque.

Est-il idiot d’interdire le burkini ? Tout autant qu’il est idiot d’interdire la nudité, totale ou partielle. Tout autant qu’il était idiot d’interdire les petits bikinis rouge et jaune à petits pois dans les années 1950. La dame voilée sur la plage fait-elle du prosélytisme ? C’est sûr qu’elle ne fait pas la promotion de la libération des mœurs. C’est sûr qu’elle exerce une influence sur son entourage proche. Mais si l’on veut prendre à bras le corps le problème du prosélytisme des bigots de tous poils, il y a bien d’autres gestes à poser, pas mal plus intelligents, et qui auront un impact pas mal plus tangible pour favoriser la liberté de conscience et la dignité des personnes.

Comme on aimerait que les femmes puissent se vêtir ou non sur la plage en suivant uniquement leurs désirs les plus individuels ! Mais la plage n’est pas en dehors de la société. Elle en est la marge et le reflet. Et l’image de la femme étant au cœur de tels enjeux sociaux, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il en soit autrement sur la plage, et encore moins que l’on puisse traiter cette question séparément sur la plage. La plage où, en définitive, tout le monde devrait pouvoir cohabiter dans la joie et la bonne humeur, ne demandant rien de plus qu’une place sous le soleil, qui brille pour tout le monde pareil.

Si cette histoire vous amuse
On peut la recommencer
Si c’est pas drôle je m’excuse
En tout cas c’est terminé
A single golf clap? Or a long standing ovation?

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