L’entrepreneur et le dirigeant sont-ils des travailleurs comme les autres ?

Hello ami(e) entrepreneur, patron, travailleur non salarié !

En France, comme tu le sais,

  • Travailler au-delà de 35h par semaine sans compensation (dans la limite de 48h), c’est illégal
  • Travailler plus de 12h par jour, c’est illégal
  • Ne pas avoir minium 35 heures consécutives de repos dans la semaine, c’est illégal
  • Ne pas prendre 5 à 6 semaines de congés payés minimum par an, c’est illégal
  • Être d’astreinte permanente avec ou sans compensation, c’est illégal
  • Ne pas avoir minium 20 minutes de pause déjeuner avec un vrai break dans le travail, c’est illégal
  • Rémunérer un travailleur en deçà du SMIC, c’est illégal
  • Ne pas faire de visite médicale à l’embauche puis périodiquement pour s’assurer de l’état de santé du travailleur, c’est illégal

Tout cela, et bien d’autres choses encore, c’est illégal pour 88,5% de la population active.

Sauf toi, travailleur non salarié, indépendant, gérant de boîte, pour toi c’est normal.

Alors à l’heure où l’entrepreneuriat c’est chic, ça a le vent en poupe, et où, c’est même parait-il l’avenir de la France ;

A l’heure aussi où la précarité des indépendants à la sauce Uber ou Amazon nous alerte sur les dangers du « tous à son compte », laissant entrevoir une forme nouvelle de jungle économique et sociale où le travailleur libéré de l’employeur est à la merci du donneur d’ordre ;

En cette heure donc qui semble annoncer un tournant crucial dans l’histoire socio-économique de notre beau pays, il est peut-être temps d’ouvrir les yeux sur une bizarrerie sociale, qui veut qu’un travailleur non salarié, n’a visiblement pas vraiment droit à des garanties sociales pourtant fondamentales.

Pour nous en convaincre, mais surtout pour en convaincre ceux qui n’ont aucune idée de la réalité pour un TNS (travailleur non salarié) en France, je vais essayer de l’expliquer un peu, notamment pour les 21% de français qui envisagent un jour de créer ou de reprendre une entreprise.

Mais d’abord, pourquoi auraient-ils envie d’entreprendre ces 21% d’aspirants entrepreneurs ?

  • Pour être autonome : indépendance, être son propre patron (72%)
  • Pour être rémunéré à la hauteur de son engagement : gagner bien sa vie (69%)
  • Pour réaliser ses rêves : s’épanouir professionnellement, se dépasser (66%)

Finalement pour les mêmes raisons qui nous ont tous poussé un jour ou l’autre à sauter le pas. Nous autres, TNS, nous savons ce dont il en retourne, mais toi, aspirant rêveur, il est l’heure de te raconter un peu ce qui t’attends si tu viens gonfler nos rangs.

A moins d’avoir l’idée du siècle qui te permettra de devenir vite riche et prospère en affaires;

et ainsi de pouvoir t’entourer d’un staff de choc à qui tu pourras déléguer moult choses bien barbantes ou prenantes;

pour te concentrer uniquement sur tes perspectives de développement visionnaires;

et pour avoir assez de temps pour voir grandir tes enfants, partir en vacances quand bon te semble, profiter de tes week-ends pour t’éclater, te cultiver ou te détendre,

tu t’apprêtes en réalité à rejoindre un petit cercle d’imprudents qui aiment se mener la vie dure, pas forcément pour y gagner beaucoup au change, et qui prennent le risque d’exploser en vol sans aucun filet de sécurité valable et sérieux.

Examinons quelques petits préjugés pour s’en convaincre…

Un patron, c’est riche, ça gagne bien sa vie, sinon pourquoi serait-il patron ?

Oui, si tu parles des patrons du CAC40 ou des dirigeants de belles grosses PME ou ETI, ça ne gagne pas trop mal en effet (à peine 3% des dirigeants français).

Mais soyons lucides, au stade où tu en es, tu vises plutôt modestement de démarrer tout seul et ensuite si tout va bien de recruter quelques salariés.

Tant que tu n’auras pas atteint 2 millions d’€ de CA annuel et 10 salariés, tu seras statistiquement considérés comme un dirigeant de TPE, sévissant de le secteur du commerce, de l’artisanat, ou des professions libérales…autrement tu seras maçon, électricien, garagiste, pharmacien, boulanger, vendeur sur les marchés, chauffeur de taxis, patron de cafés-restaurants, moniteur d’auto-écoles, coiffeur, consultant en informatique, conseiller pour les affaires, avocat, architects, médecin, designer ou encore artiste…).

Alors combien ça gagne un dirigeant de TPE ?

Difficile de répondre tant les réalités sont disparates, mais sache que le revenu annuel moyen d’un dirigeant de TPE s’établit selon l’INSEE à 2270€ net / mois, si on exclut toutefois les professions juridiques et médicales dont les revenus sont largement supérieurs à ceux d’un TNS moyen (pour le détail par secteurs, c’est ici).

2 270€, pas mal, n’est-ce pas ?

Au risque de calmer un peu plus tes ardeurs, apprends qu’un patron de TPE bosse en moyenne 50h / semaine (55% des dirigeants de TPE) voire plus de 60h / semaine (21% d’entre eux).

Mais bon, vu que le travail des entrepreneurs hors heures légales contribue pour 11% à l’économie mondiale, on ne va pas venir le leur reprocher trop fort !

De toute manière pas, le choix, si les dirigeants de TPE avaient la bonne idée de vouloir se limiter à 35h de travail par semaine, ils seraient 30% à ne plus avoir de temps pour réfléchir à de nouveaux projets ou à des innovations produits, et 27% contraints à « négliger » les tâches administratives.

Donc si tu ne t’en sors pas trop mal, tu arrives à te sortir un revenu net mensuel de 2000€ environ, en bossant en moyenne 50h par semaine, tu te fais donc 9,25€ de l’heure, 1,81€ de plus que le SMIC horaire sur une base 35h.

Donc non, un patron, du moins de TPE, ce n’est pas riche, loin s’en faut.

Ce n’est donc pas pour bien ou mieux gagner sa vie qu’on entre dans l’ordre des Saints Patrons de TPE.


A défaut d’être riche, le patron est rémunéré à la hauteur de ses engagements, n’est-ce pas ?


Oui, certainement.

Tout dépend là encore de ce que l’on appelle être rémunéré à la hauteur de ses engagements.

Si c’est gagner à la hauteur du temps consacré à l’entreprise, ma foi, si un 2K€ mensuel (peut-être plus, sans doute moins) te convient pour turbiner en moyenne 50 à 70h par semaine, on peut donc dire qu’un patron est rémunéré à la hauteur de ses engagements.

Mais est-ce que l’engagement, c’est uniquement le volume horaire ?

Pas tout à fait. S’engager à fond dans sa boîte, ça veut dire entre autres :

1/ Être en état d’astreinte permanente pour sa boîte : autrement dit, tu ne décroches jamais, tu penses boîte, tu manges boîte, tu dors boîte, tu agis boîte :

  • De toute manière pas le choix, quand tu rentres le soir chez toi, souvent il te reste encore plein de choses à faire pour ta boîte, genre l’administratif que tu adores (72% des dirigeants) ;
  • Et puis, il n’y a pas assez d’heures dans une journée pour faire tout ce que tu dois — je ne dis pas veux — mais dois faire pour faire tourner ta boîte. Il te manque en fait un peu plus de 3h par jours pour faire le minimum syndical ;
  • C’est sans doute pour cela que comme 56% des dirigeants de TPE, tu ne pourras pas vraiment t’accorder de week-end digne de ce nom et au contraire bosser 6 jours sur 7, quand ce n’est pas 7 jours sur 7 (1 patron de TPE sur 5).

2/ Ne pas avoir le droit à des congés payés : on s’en fout de toute manière, un patron ça ne prend en général que deux semaines au max de vacances (non payés) par an. En tout cas, ils sont 39% dans cette situation.

  • Et même si par miracle, tu arrives à prendre une petite semaine de vacances, tu seras sans doute des 12% qui consacrent au minimum 20h à leur travail.

3/ Ne jamais s’arrêter, même si tu es malade : seuls 7% des dirigeants de TPE se font arrêter par leur médecin, et pour 70% de dirigeants, impossible de s’arrêter quand bien même le médecin le prescrirait…

  • Note que si d’aventure tu n’as pas le choix, tu t’arrêtes, tu devras te cogner 7 jours de carence incompressibles avant d’espérer être indemnisé par le RSI auquel pourtant tu cotises grassement. Donc 7 jours pendant lesquels tu toucheras 0, nada, que dalle. Ça t’apprendra à tomber malade.
  • C’est sans doute pour cela que 82% des petits patrons continuent à bosser même s’ils sont malades…

4/ Ne pas dormir plus de 6h par nuit : du moins comme 1 patron de TPE sur 2. Ce n’est pas bien, on leur a dit pourtant qu’il faut minium 8h par nuit ! Décidément, un petit patron, ça n’en fait qu’à sa tête !

5/ Être dans le déni et s’auto convaincre que tu vas bien et que tu as une bonne hygiène de vie comme 76% des dirigeants de TPE qui déclarent « faire ce qu’il faut pour avoir un mode de vie sain ».

Les mêmes qui en réalité souffrent de surpoids et d’obésité dans 39% des cas, fument pour 23% d’entre eux, et sont 14% à consommer de l’alcool tous les jours.

6/ Prendre le risque de tout perdre sans aucun filet de sécurité si tu n’as pas eu les moyens de mettre des sous de côté ou encore de souscrire à une assurance chômage privée facultative.

Car oui mon ami, l’entrepreneuriat, ce n’est clairement pas comme le salariat, tu ne peux pas négocier de rupture conventionnelle pour te séparer à l’amiable de ton affaire si d’aventure ça ne te plait ou que tes compétences initiales ne sont pas bien mises en valeur ou juste parce que tu es fatigué et que tu as envie d’aller te retaper un peu tranquillement aux frais de la collectivité.


Bon ok, mais au moins il est autonome, il fait ce qu’il veut le petit patron, c’est lui le chef non ?

Alors, oui, c’est vrai, quand tu te jettes à l’eau, tu dis « au revoir patron », pas de doute.

Plus personne pour t’emmerder avec ses règles, process et directives à la con, plus personne pour contrôler ton travail, ton temps de travail, ni pour s’enrichir sur ton dos.

Cela, il n’y a pas de doute. Tu es le capitaine à bord de ton petit radeau.

Mais si tu te crois enfin libre et indépendant, commence par te fourrer le doigt dans l’œil histoire de te réveiller un peu.

Pour commencer, tu vas te retrouver avec non pas un, mais de multiples patrons virtuels, à commencer par tes clients, autrement appelés « donneurs d’ordre ».

Ils t’en feront voir des vertes et des pas mures, accepter des conditions contractuelles parfois bien chelous, te paieront en retard ou quand ils veulent si ce sont des entreprises.

Et essaie de leur dire ta manière de penser, tu n’oseras même pas, tu es coincée mon ami, pieds et poings liés, suspendu au bon vouloir de tes clients.

Le patron que tu vas adorer détester, tu le connais bien, c’est celui qui fait augmenter régulièrement tes impôts personnels et que tu vas retrouver sous de multiples formes, à travers pleins d’organismes aux noms tous plus énigmatiques les uns que les autres, j’ai nommé l’État.

Celui aussi qui, au nom de « l’ordre public » va venir te casser les pieds avec des normes, des lois, des règlements, des obligations, dont tu n’as même pas idée. Tu verras à quel point la créativité humaine peut-être sans limite, surtout quand elle vise avant tout à t’empêcher de tourner en rond.

Oui bon d’accord, mais toi tu veux monter une petite boîte, un truc pas compliqué, une boulangerie, une boite de conseil, une boutique de fringues… pas de quoi reprendre des études de droit !

Et bien, tu ne crois pas si bien dire.

En France, on aime bien courir devant et faire plus — pas forcément mieux — que les autres. Et il faut dire qu’en matière règlementaire et normative, on est des champions mon ami ! Cocorico ! Pas moins de 400 000 normes en vigueur, en moyenne 300 nouvelles normes votées chaque année, 10 % d’un code est modifié chaque année et il en existe 62!

Va falloir t’accrocher mon ami. Car si tu n’auras personne au-dessus de toi pour te dire quoi faire, comment le faire, quand le faire, où le faire, avec qui le faire. Tu auras à la place toute une palanquée de textes de lois, de normes, de règles, de codes qui seront là pour te lister très précisément tout ce que tu as à faire.

Bon, je te l’accorde, tu ne seras sans doute pas concerné par les 62 Codes en vigueur en France.

Mais a minima, comme tout bon dirigeant responsable et raisonnable tu devras trouver un moyen de te farcir au moins 5 Codes pour commencer :

  • le Code du Commerce,
  • le Code des Impôts,
  • le Code de la Sécurité Sociale,
  • le Code Civil
  • le Code Pénal,

Et oui, puisque ces Codes fixent tout un tas de règles et normes qui visent à la fois l’entreprise dont tu es légalement responsable et ta petite personne en tant de dirigeant.

Ajoute là-dessus le Code du Travail le jour où tu auras la bonne idée d’embaucher;

Et bien sûr divers Codes en fonction de ton secteur d’activité (Urbanisme, Consommation, Rural, Propriété Intellectuelle, etc…).

J’exagère ? A peine. Pas de bol pour toi, nul n’est censé ignoré la loi, et très certainement pas un patron, petit, moyen ou grand.

La seule différence, c’est que le petit patron, il est en général tout seul, il manque déjà de temps pour développer son affaire, alors en plus faire de veille règlementaire, au secours !

Dis-toi bien mon ami, que là où même un avocat spécialiste, qui aura fait minium 7 années d’études en droit, te répondra souvent à l’une de tes question « je dois faire une recherche », toi tu devras par l’omniscience qui est la tienne savoir quelles sont tes obligations et surtout les mettre en application dans ta boîte, cela que tu sois seul ou accompagné de salariés…

Je t’entends protester : “Oui, mais même la Ministre du Travail elle ne sait pas combien de fois on peut renouveler un CDD et on l’a pas sanctionnée pour autant ?”

Oui, c’est vrai, mais comment oses-tu te comparer à un Ministre ?

Retiens juste que ce qui n’est pas grave pour un ministre, pourra te valoir par exemple d’être fusillé par un Conseil de Prud’hommes.

C’est comme ça, fin de la discussion.


Ah oui, c’est guerrier, mais au moins on se dépasse donc quand on est petit patron ?

Ça pour te dépasser, tu te dépasses, tu n’as pas le choix. C’est marche ou crève.

Certains résistent encore et toujours, va savoir comment, va savoir pourquoi ?

Peut-être que certains refusent d’envisager l’échec après tous ces efforts, tous ces sacrifices, toutes ces mauvaises nuits, ces vacances ou ces week-ends foirés parce que parasités par le boulot.

Peut-être que certains ne peuvent pas, car trop endettés. S’ils ferment boutique alors qu’ils sont caution personnelle auprès de leur banque pour le financement de leur entreprise, cela risque de faire très mal.

Peut-être que certains n’y voient pas d’issue et ce disent que tant qu’ils ne sont pas morts, ils survivent. Risquer de définitivement tout perdre quand vous n’avez même pas le droit au chômage, ce serait quand même con.

C’est peut-être aussi pour cela que certains n’ont pas d’autres choix que de trouver le moyen de continuer, de se dépasser, vaille que vaille, quitte à ne pas se payer, quitte à perdre encore et encore de l’argent, comme cet agriculteur que j’entendais dire à la télé qu’il travaillait pour « -10€ de l’heure ».

Tant que ça n’a pas coulé, c’est encore là, ça peut repartir, ça peut s’arranger.

Petit patron, champion de la pensée magique.


Donc si on résume, quand tu es patron de petite boîte, tu as intérêt à adorer avaler des couleuvres.

Tu n’es pas un travailleur comme les autres car tu n’as qu’un seul droit que les salariés n’ont officiellement pas vraiment, celui d’entreprendre et de créer une boîte.

Ta boîte créée, tu t’apercevras vite que tu aurais très bien pu la baptiser Pandore. Tellement il va s’en échapper des misères et des galères pour toi.

Tu finiras tôt ou tard, comme n’importe quel patron de petite boite qui trime sans rouler sur l’or pour autant, par te demande ce que tu es venu foutre dans une telle galère.

Et là tu sentiras la colère monter, tu auras envie d’envoyer tout bouler, de saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour dénoncer aux yeux de tous à quel point ta condition de travailleur n’est pas équitable ni même vraiment humaine.

Tu ne supporteras plus de voir les politiciens et les spécialistes se donner en scène au sujet des 35h. Les entendre dire que cela préserve les intérêts et le bien-être des salariés, que c’est un droit fondamental, qu’au-delà sans compensation, c’est illégal.

Alors que toi, pauvre fou, tu pries pour que le ciel ajoute quelques heures au compteur de ta journée et de ta semaine qui elles, explosent allègrement tous les plafonds de durées légales du travail.

Tu ressentiras comme une injustice le fait de n’avoir le droit à rien si tu te plantes après t’être battu comme un beau diable : pas de chômage, à peine le RSA et démerde toi. Fallait pas croire que tu pourrais entreprendre et t’en sortir par tes propres moyens.

Tu te demanderas pourquoi toi tu n’as pas le droit au repos, aux vacances, à une vie privée équilibrée, à une bonne santé, alors que tes salariés y ont le droit et gare à toi si tu tentes d’empiéter sur leurs droits fondamentaux et inaliénables.

Et là, tu te résoudra à ta triste condition. Tu comprendras et accepteras sans doute que n’es pas le surhomme qu’on t’a vendu que tu seras.

Tu comprendras et accepteras qu’en tant que travailleur non salarié, tu n’as pas vraiment de droits fondamentaux et inaliénables.

Mais tu auras pour te consoler la satisfaction de faire partie de ces 11,5% d’actifs français qui se battent pour tirer l’économie et préserver l’emploi et tant pis si pour cela tu as moins de droits que d’obligations.

Aux entrepreneurs, la patrie éternellement reconnaissante ?


Sources : After hours economy (Sage, novembre 2015) Portrait du patron de TPE Française (Ifop pour l’Observatoire des TPE et PME, CNP Assurances et CGPME, juin 2015), Baromètre de la Santé des Dirigeants (Opinionway pour Malakoff Mederic / Amarok, mai 2015), Patrons de TPE, un quotidien sur tous les fronts (OpinionWay pour American Express, mars 2015), Les Entreprises en France (INSEE, Édition 2015), Emploi et revenus des indépendants (INSEE, Edition 2015), Etat d’esprit et attentes des dirigeants de TPE /PME(IPSOS pour American Express, Mars 2014)