Les crédits carbone sont-ils justes?

Les crédits carbones sont-ils justes?

Les crédits carbone en agriculture sont souvent perçus comme injustes et font l’objet de vives critiques. En effet, ce sont généralement les agriculteurs qui n’ont pas encore mis en place de pratiques agroécologiques qui ont généralement le potentiel de génération de revenus le plus fort à travers les crédits carbone.

Il est donc naturellement fondé de se poser la question: les crédits carbone sont-ils justes?

Et bien non, les crédits carbone ne sont pas justes!

Mais ce n’est pas leur fonction… Les crédits carbone sont un instrument de financement très particulier. Ils ne sont en réalité que secondaires dans un ensemble d’instruments de financement à voir le jour.

On vous explique tout ça ici :

Les crédits carbone : financer un investissement

Les crédits carbone sont un instrument de financement (de la transition) et non de rémunération (d’un travail réalisé). Ils ont pour vocation de couvrir les coûts de transition d’un état à un autre état (moins carboné), à travers la cession des économies carbone réalisées.

Revenons à la genèse de ce qu’est un crédit carbone.

Un crédit carbone est un instrument de financement d’économies carbone par des marchés volontaires(1). Les crédits carbone peuvent être issus de plusieurs typologies de projets, de la foresterie aux énergies renouvelables, en passant par l’efficacité énergétique. Ces projets peuvent faire l’objet d’une certification (à l’instar du Label Bas Carbone ou de VCS) et se voir délivrer des “crédits carbone” (2) pour chaque tonne de CO2 évitée ou séquestrée. Il s’agit donc d’un mécanisme global, qui répond à des critères et méthodologies précises, et qui n’est donc pas conçu spécifiquement pour répondre aux problématiques spécifiques à l’agriculture.

(1) c’est à dire que les acquéreurs de ces titres ne sont soumis à aucune obligation réglementaire, et que chacun d’entre eux définit ses propres exigences.

(2)Les certificats carbone (lorsque la méthodologie est portée par le porteur de projet ou un consortium d’acteurs aux intérêts convergents) peuvent être assimilés aux mécaniques de crédits carbone, mais font généralement l’objet de méthodologies plus permissives et de critères de qualités plus faibles. Cela induit par ailleurs une valeur intrinsèque perçue plus faible de ces certificats sur les marchés carbone.

L’enjeux des crédits carbone est donc clair. Les crédits carbone ont vocation à financer la mise en place de nouveaux leviers qui auront pour effet de séquestrer du carbone dans les sols et la biomasse pérenne, ainsi que de réduire les émissions des exploitations. Seules les nouvelles actions sont éligibles et sont prises en compte dans ces schémas. Il s’agit d’un instrument de financement.

Par ailleurs, il est utile de noter que l’obtention de crédits carbone est soumise à une condition d’additionnalité. Bien qu’assez subjective dans le cadre de l’agriculture (3), cette condition d’additionnalité exige que les tonnes de carbone économisées n’aient pu voir le jour sans le financement carbone. La cession des crédits carbone vise à financer exclusivement les actions carbone qui ne sont pas déjà financées, son corollaire étant que le financement doit se limiter à l’investissement nécessaire aux économies carbone. En somme, de par leur nature, les crédits carbone ne peuvent être un instrument de rémunération.

(3)au regard des nombreux efforts non financiers consenti par un agriculteur en transition: investissement de temps, risque, etc.

En conclusion, il faut que de nouveaux leviers de décarbonation soient activés, et seuls les crédits carbones liés aux nouveaux changements peuvent bénéficier de financement. Les crédits carbone visent ainsi exclusivement à financer de nouveaux projets.

Les crédits carbone n’ont donc pas vocation à rémunérer une performance carbone mais uniquement à couvrir son amélioration. Il est donc tout à fait légitime de considérer les crédits carbone comme décevants lorsqu’ils constituent la seule valorisation disponible au carbone.

Il faut donc élargir le contexte pour comprendre que d’autres instruments doivent voir le jour pour prendre le relais des crédits carbone.

Les filières : rémunérer la performance environnementale

Au-delà de la mise en place des pratiques (financées par les crédits carbone par exemple), la valorisation des pratiques agricoles est un enjeu de premier plan pour le maintien des pratiques sur le long terme.

La volonté des industries agro-alimentaires de décarboner leur empreinte carbone est manifeste. Les cahiers des charges s’étoffent vers une plus grande traçabilité environnementale et une prescription de plus en plus forte des pratiques à mettre en œuvre.

Les schémas les plus avancés, par exemple sur le Colza ou le tournesol destinés aux biocarburants, prévoient même des primes progressives selon une grille d’évaluation des pratiques.

Cette typologie de schémas de paiement carbone pourraient facilement se généraliser, bien que l’avènement de produits dits “neutres en carbone” ne soit pour autant pas encore certain (le concept de neutralité étant encore en discussion au niveau international), et que les modalités d’affichage auprès du consommateur final restent ainsi encore floues. En effet, à l’instar du bio ou de la HVE, la performance carbone nette d’une exploitation agricole est un vrai facteur de différenciation, d’autant plus qu’elles alimentent directement le bilan carbone des industriels agro-alimentaires (à travers leur scope 3). Nombre de ces groupes ont affiché des ambitions fortes de décarbonation, et il est attendu que l’accès et la fidélisation des agriculteurs ayant une performance carbone supérieure soit un axe de travail significatif.

Les groupes agro-alimentaires et les filières vont donc très probablement jouer un rôle majeur dans l’évolution des pratiques et dans la valorisation de l’empreinte environnementale des agriculteurs.

Contrairement aux crédits carbone qui valorisent les économies carbone indistinctement du résultat (c’est le différentiel seul qui compte), dans un schéma de filière c’est essentiellement le résultat qui compte (à savoir l’empreinte carbone résiduelle nette des agriculteurs).

Les filières ont également plus de marge de manœuvre dans la mise en œuvre des projets et de la structure de leur valorisation. Les instruments de financement disponibles n’auront pour limite que notre créativité collective: primes de filière, accompagnements structurés, insetting (achat de crédits carbone dans la filière), paiements pour services écosystémiques, et tant d’autres instruments économiques…

Juste ou pas juste : telle n’est pas la question…

Les crédits carbone sont un instrument de financement partiel de la transition agroécologique. Ils doivent être considérés pour ce qu’ils sont: simplement l’un des instruments de la mosaïque économique qui viendra financer le respect de nos objectifs climatiques.

Ils répondent à des règles bien précises qui dépassent largement le cadre de l’agriculture et ils ont pour vocation de financer pour partie l’investissement initial des projets de transition.

Les crédits carbone sont le premier instrument de financement carbone disponible, mais la valorisation de cette transition se fera à travers de multiples mécaniques, qu’elles soient:

  • privées (primes de filière par exemple)
  • publiques (dont la PAC)
  • internes, avec l’évolution des rendements et des dépenses (liées à l’amélioration des propriétés agronomiques des sols)
  • ou même patrimoniales, par l’appréciation de la valeur des sols agricoles en bonne santé.

Les crédits carbone ne sont pas une fin en soi, ni économiquement, ni écologiquement. Il s’agit néanmoins d’une opportunité remarquable de financer la transition, et d’accéder par la suite aux filières, à la PAC ou à une performance agronomique supérieure, comme relais de valeur pour les agriculteurs.

Et Rize sera naturellement présent à vos côtés pour vous accompagner sur ces nouveaux enjeux.

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