Les règles : des tabous et des chiffres

“Periods” de Rupi Kaur

Par où commencer ? Le sujet est vaste et la prise de conscience nécessaire. Peut-être pourrait-on commencer par un chiffre : en 2015, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) estimait que plus de cinq cents millions de femmes dans le monde n’auraient pas les moyens de gérer dignement leurs règles. Un autre grand chiffre est à retenir, il est simple, il va sûrement faire sourire, c’est celui de trois milliards cinq cents millions. Il s’agit du nombre approximatif de femmes sur Terre soi à peu près cinquante pour-cent de la population mondiale. Le sujet des règles n’est donc pas un détail.

Deux choses semblent importantes à retenir. D’une part les règles, les menstruations, sont un phénomène totalement naturel — comme boire ou dormir — et qui touche ou a touché toute les femmes de la Terre (hors période de grossesse), il s’agit d’un phénomène parfois douloureux provoquant courbatures, fatigues et malaises. D’autre part, cela revient pour cher à la femme de gérer ses règles à peu près partout dans le monde et surtout dans les pays en développement. Ne pas oublier cepedant qu’en France la TVA sur les produits hygiéniques n’est passée de vingt à cinq pour cent que l’année dernière. Pour ne rien arranger il s’agit d’un sujet absolument tabou au sein de toutes les sociétés dont on ne parle qu’avec réserve si ce n’est pas du tout.

En mars 2015, on se souvient que le réseau social américain Intagram avait supprimé “accidentellement” par deux fois la photo d’artiste de Rupi Kaur représentant une femme en pyjama taché par ses règles (cf. Photo en tête d’article).

Pour ce qui est du caractère tabou des règles, tous les spécialistes tendent à affirmer qu’il s’agit principalement d’un enjeu d’éducation et d’infrastructures décentes et nous avons toutes les raisons de le croire. Les femmes ne doivent pas avoir à se sentir honteuses ou sales à cause de leurs règles — qui n’ont d’ailleurs rien de sale, c’est du sang. Il s’agit là d’un besoin d’évolution des mentalités. La moquerie vient avant tout du fait que les hommes — mais aussi les femmes — ne savent pas exactement ce que sont les menstruations. L’éducation peut ainsi permettre de corriger le tir mais dans beaucoup de régions cela n’est pas si simple comme dans les pays en développement où des crédits manquent parfois cruellement afin de garantir un accès à l’éducation aux enfants.

Par contre pour ce qui est de l’enjeu financier des règles le mystère plane, pourquoi est-il onéreux pour une femme de se munir de produits hygiéniques ? Aux Etats-Unis, les produits hygiéniques féminins sont considérés, et ce dans trente-neuf Etats sur cinquante, comme des produits de luxe et sont taxés en conséquence entre 4 et 10% du prix de vente ; tandis que des produits tels que le Viagra lui ne le sont pas.

En janvier dernier le président Barack Obama avoue lors d’une interview ne pas savoir pourquoi une telle taxe existe dans son propre pays avant de confier : “J’imagine que c’est parce que ces lois ont été écrite par des hommes”.

Les règles sont aussi un sujet qui peut s’aborder d’un point de vue écologique. En effet, en plus du risque de trouver dans les tampons, protèges slip et autres serviettes hygiéniques des susbstances toxiques dangereuses pour la femme (cf. Affaire des résidus de glyphosate retrouvés dans les produit “bio” de Organyc par exemple) ces produits se révèlent finalement être très polluants une fois utilisés et jetés. Ils sont difficilement traitables mais des solutions existent et méritent d’être mise en avant comme l’existence et les avantage de la coupe menstruelle ou “cup”. Cette dernière serait plus économique (entre 15 et 30 euros pour plusieurs années), plus écologique (finis les tampons dans les toilettes et serviettes à la poubelle) et plus pratique (après utilisation mensuelle : rincer à l’eau bouillante et ranger). Un chiffre pour faire comprendre la nécessité d’un bon coup de com’ en faveur de la “cup” ? 1932, son année de mise au point.

Pour finir pourquoi ne pas boucler la boucle avec un ultime chiffre ? Ce chiffre est le zéro, il s’agit du nombre de tampons produits en Chine en 2015. En effet, au pays de l’Empire du Milieu la croyance comme quoi ce produit hygiénique féminin nuit à la fertilité des femmes est encore tenace. Bien que le tampon arrive quand même à entrer en Chine de nos jours grâce au e-commerce (en provenance … des Etats-Unis) l’écrasante majorité des femmes chinoises doivent se contenter de serviette hygiéniques.

Robin Norman Lewis

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