La fabuleuse légende d’Ibán Pulido — Partie 1 : Les origines

Ceci est l’histoire d’un jeune garçon qui a marqué l’histoire d’un club et du football mondial. Tous les événements qui y sont racontés sont véridiques.

C’est un jour de mai. Le 11 mai 2000, que vient au monde à l’Hôpital San Juan de Dios de Barcelone un certain Ibán Pulido. Né d’un père ouvrier de maintenance et d’une mère professeur de lycée, rien ne le prédestinait à s’intéresser au football. Mais c’est à l’âge de huit ans qu’il eut le premier souvenir d’une compétition internationale. Et pas n’importe laquelle, le Championnat d’Europe 2008. Celui de l’Espagne de Xavi et David Villa. C’est devant un certain match de demi-finale contre la Russie qu’il découvre, comme la plupart des garçons de son âge, tout le talent de son équipe nationale. La fluidité avec laquelle circule le ballon, les passes qui ne ratent jamais, comme s‘il s’agissait de magie. Puis ce but formidable à la 73ème minute d’un piqué de Güiza sur une passe lobée de Fàbregas : c’est décidé, il veut essayer de jouer, comme ça et pas autrement.

C’est à la rentrée des classes en septembre qu’il demande à ses parents de l’inscrire à La Masia. Les formateurs sont bluffés : il manie le ballon avec une facilité déconcertante ! Pour quelqu’un qui n’avait jamais été fan de ballon rond, il y semblait prédisposé. Ce gamin de huit ans était tout de même assez chétif, ne sautait pas bien haut, avait des difficultés pour aller au sol et avait peur des contacts. Qu’importe, avec un bagage technique pareil, tous les éducateurs ne voyaient là que des défauts à gommer et des qualités à embellir. Le temps passe, Ibán grandit jusqu’à atteindre ses seize ans. Du haut de son mètre soixante-quinze, il n’arrive toujours pas à bondir ou à se coucher rapidement ; ce n’est pas grave, il est meneur de jeu. Trop précoce pour ses camarades, trop technique pour les U17, il est directement surclassé dans l’équipe U19 du FC Barcelone. Ce n’est pas sa seule récompense : lui, le tout jeune promu, est retenu pour la Coupe du Monde U20 avec la sélection Espagnole. Grâce à lui, son équipe se qualifie pour les huitièmes de finale en éliminant l’Iran, le Costa Rica et l’Uruguay. Puis l’Allemagne, puis la Belgique, puis la Suisse. Les voilà en finale contre l’Argentine, mais la marche n’est pas assez haute : l’Espagne gagne son match 3–0 et est sacrée Championne du Monde U20. Tout ça en ayant encaissé un seul but contre l’Uruguay. Mais là encore, sa marge de progression était bien trop grande.

C’est donc en 2018 qu’il signe son premier contrat professionnel de trois ans avec son club formateur. Comme un rêve éveillé, lui qui signe dans le club où jouaient ceux qui l’ont fait rêver toute sa jeunesse…mais le rêve n’est pour l’instant qu’une illusion. Ernesto Valverde, l’entraîneur de l’équipe première, a un effectif de stars où il lui est impossible de donner du temps de jeu à un jeune prétendant de 18 ans. Il fera sa première apparition en Liga contre Majorque après être rentré en jeu à la 73ème minute ; comme un symbole. C’est pourtant à son grand désarroi qu’il ne passera plus une seule minute aussi sur le terrain, Valverde ne considérant pas qu’il ait encore le niveau pour son onze de départ. Qu’importe, il participera à l’Euro U21 l’année prochaine et prouvera à son coach qu’il a tort de ne pas être choisi. Et l’histoire…se répète. Après être sortis premiers d’une poule aux côtés de la France, l’Allemagne et le Portugal, il se frayent un chemin jusqu’en finale et gagnent leur match 2–2 contre la France au tirs au but ! “Je serai titulaire l’année prochaine”, se dit-il, sûr de son fait d’armes. Mais il en faut plus pour Valverde qui décide de le mettre à l’épreuve dans son équipe réserve en troisième division. Une épreuve pas encore à la mesure d’Ibán, qui termine son exercice 2019/2020 avec 26 apparitions dont 17 buts et 8 passes décisives.

Alors que son avenir s’écrivait en gras au sein de l’équipe première, c’est au mercato d’été 2020 que le FC Barcelone recrute pour 41M€ le meneur de jeu de l’Atalanta Filippo Melegoni. Désabusé, la seule solution pour Ibán reste le prêt sans option d’achat : direction l’AS Roma de Luciano Spalletti, deuxième de Serie A la saison passée et directement qualifiée pour la Ligue des Champions. C’est alors que son talent éclate aux yeux de tous au plus haut niveau : placé au cœur d’un 4–2–3–1 offensif, Ibán Pulido rayonne. Malgré des déconvenues collectives en championnat, c’est individuellement qu’il se montre précieux. Joueur clé, il signe près de 22 buts et 9 passes décisives en seulement 31 matchs de championnat ! Une performance hallucinante, mais malheureusement insuffisante pour son équipe qui, minée par les erreurs de casting en défense, est éliminée des coupes nationales sans honneur et végète à une quatrième place en championnat.

La dernière chance de salut reste l’Europe : la Roma réussit à finir deuxième de sa poule grâce à son jeu flamboyant. Après avoir éliminé le Bayer Leverkusen en huitièmes de finale, l’équipe réussit l’exploit en battant l’Atlético de Madrid sur un score cumulé de 4–4 avec avantage aux buts à l’extérieur. Qualifiée pour le dernier carré, l’AS Roma disputera sa demi-finale contre…le FC Barcelone. Un certain goût de revanche, une possibilité de prouver à son club formateur qu’il a fait une erreur et de faire rêver tous ses tifosi qui l’ont érigé en héros. Ibán essaie, dispute le match aller plein de bonnes intentions et ouvre le score à la 35ème minute d’une frappe du droit de 19 mètres. Cou du pied, lucarne gauche, imparable…mais malheureusement insuffisant. La machine blaugrana se met en route et piétine la frêle défense de son adversaire, puis termine vainqueur du match 1–2. Condamné à l’exploit au match retour à l’extérieur, la Louve trébuche et ne se relève pas : 4–1. Un score cumulé de 6–2, sans appel, les perdants de cette soirée n’ont rien pu faire contre les futurs finalistes de la Coupe. Une saison blanche pour la Roma, aucun trophée et seule une qualification en Ligue Europa est là comme maigre lot de consolation pour conforter ses supporters dépités. Pulido est vu comme la seule satisfaction de cette saison, un jeune joueur de 21 ans qui a porté son équipe à bout de bras pour sa première saison au haut niveau. Très reconnaissant envers son équipe, la première à lui avoir fait réellement confiance, il partira sur une dernière déclaration en interview dans un Italien élémentaire mais qui met tout le monde d’accord : “Io sono romanista per sempre”. Une performance spectaculaire qui n’a pas manqué de taper dans l’oeil de son coach catalan, mais aussi dans celui des autres grandes écuries européennes…

…alors qu’il se trouve dans sa dernière année de contrat.

À suivre


Ibán Pulido (AS Roma)

21 ans - 46 buts / 20 passes décisives

Palmarès
2019 - Champion du Monde U20 
2017 - Champion d’Europe U21

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