Retour sur le Rapport d’Adam THIAM — Analyse du Dr. Vigneron.

Le Réseau sur la Réflexion Stratégique au Sahel (2r3s) concentre un « pool » de spécialistes sur les questions sécuritaires liées au Sahel. Dans ce cadre, le 2r3s met en commun les différentes expertises dans l’objectif de produire un contenu analytique pertinent.

Suite à la publication du résumé de rapport d’Adam THIAM « Centre du Mali: Enjeux et Dangers d’une Crise Oubliée », nous avons eu l’honneur de collaborer avec le spécialiste David VIGNERON, Docteur en géographie à l’Université de Rouen ainsi qu’auprès des UMR CNRS IDEES et Laboratoires MTG/Géosuds. Il est également chercheur associé au GRIP. Ses activités de recherche portent sur l’analyse des processus électoraux en Afrique et plus largement sur les questions de sécurité au Sahel.

Celui-ci a mis en exergue quelques éléments d’analyse que nous avons jugé utile de partager.

En italique les remarques de Dr. Vigneron.

INTRODUCTION

L’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du processus d’Alger (2015) offre un bilan mitigé, la situation politico-sécuritaire demeurant précaire. L’opération Serval est loin d’avoir éradiqué la menace djihadiste, qui a simplement quitté les villes pour s’amplifier discrètement dans les zones moins peuplées. L’insécurité se propage au Centre du pays, à cause de l’extension de l’influence d’Ansar Dine (via la Katibat Macina) et surtout de logiques conflictuelles locales.

« Outre l’opération Serval, c’est la force Barkhane qui appréhende une logique transfrontalière. Ici, la France n’intervient pas seule : les Etats-Unis accompagnent l’opération en fournissant du renseignement, tandis que les pays de la sous-région, la MINUSMA et les groupes politico-militaires apportent leur soutien. L’éparpillement de la menace au Sahel, c’est la conséquence d’une « ruralisation du djihadisme salafiste ». Ansar Dine n’existe plus en tant que tel : certains groupes se sont ralliés autour de la figure tutélaire d’Iyad Ag Ghaly, au sein du « Groupe de Soutien à L’Islam et aux Musulmans » créé en Mars 2017. Rappelons que cette initiative a pour objectif principal de mutualiser les efforts et l’action des groupes djihadistes de la zone. »

Le fait djihadiste dans le centre du Mali est cependant réel et ancien : il s’enracine sur un substrat historique, à savoir l’expérience théocratique de Macina au XIXème siècle.

« On s’est servi de ce substrat historique pour légitimer et instrumentaliser des actions djihadistes. Le djihad n’a été utilisé que par les peulhs du Liptako contre les Gourtmanché entre 1810 et 1817 ce qui a permis la création de l’Emirat du Liptako (Dori).

Le groupe djihadiste le plus important est aujourd’hui la Katiba Macina (ou Front de libération du Macina), qui est une filiale d’Ansar Dine, dirigée par Hamadoun Kouffa et principalement composée de peulhs.

Attention aux amalgames dangereux. La Katia Macina est composée de tous les groupes ethno-linguistiques de la zone, il ne faut pas réduire sa composition à une majorité peulh. En ces termes, ne parlons pas d’ethnie.

Suite à ces attaques, le repli vers le Sud de l’administration locale a laissé le champ libre aux groupes djihadistes pour avoir le soutien de ces populations et s’engager dans des activités sociales et éducatives.

« Est-ce bien le cas ? Est-ce que la Katiba Macina est réellement soutenu ? »

Notons que ce sentiment d’injustice renforce un communautarisme, essentiellement peulh, qui par la dénonciation des exactions commises contre leur communauté, donne justification à la violence pratiquée. Ceux-ci accusent parfois l’Etat malien d’en être l’instigateur ou le complice.

« Pour cette question, lisez le rapport de Boukary Sangaré sur le Centre du Mali (GRIP), vous aurez toutes vos réponses. »

CONCLUSION

L’enfoncement du Centre dans la crise, coupant le Sud du Nord, pourrait réactualiser la question de l’indépendance de l’Azawad.

« A l’heure actuelle, il est difficile de dire quelles seront les consequences de ces évènement sur les autres peulhs de la region. Il n’y a pas de continuité identitaire dans un ensemble Peulh prédéfini. »

Paris, Juin 2017.

Site web: www.2r3s.org ; Facebook: Sa Hel ; Twitter & Medium: Sahel2R3S

Contacts

Jérôme Pigné jeromenilo@orange.fr +33 (0)6.80.73.32.52

Bérangère Rouppert b.rouppert@gmail.com +221 77.97.27.30 ou +33 (0)6.20.68.06.90

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