Une journée chez ConsenSys, la startup géante

Un peu comme dans un “Vis ma vie”, j’ai passé une journée en compagnie des équipes de ConsenSys pour mieux comprendre leur quotidien et leur état d’esprit. Voici un résumé non-exhaustif.

Commençons déjà par nous repositionner géographiquement.

Nous sommes à Brooklyn au 49 Bogart street. Il s’agit d’un quartier très industriel, l’ambiance y est spéciale mais néanmoins conviviale. Dans les coffee shop on retrouve une population au style bien particulier (on me souffle “hipster” dans l’oreillette…) et je remarque quelques français dans le tas. 
Il y a beaucoup de startups dans le quartier, on aperçoit même des banderoles Kickstarter dans la rue.

Belle illustration de la communauté locale à Brooklyn ! :)

Les bureaux de ConsenSys — constitués d’un grand plateau au 1er étage et d’un plus petit au dernier étage- sont sobres et efficaces : du parquet, de la brique, et quelques canapés. 
Ici on boit son café froid à partir d’une fontaine, c’est la mode apparemment.

Ma super guide, Sidonie (américaine et française d’origine), m’a présenté à quelques personnes et m’a patiemment expliquer le fonctionnement de ConsenSys. À mon tour !
ConsenSys est une sorte d’incubateur de projets blockchain qu’ils appellent “spokes”. Les gens travaillent de manière autonome et disposent des ressources de ConsenSys sur les projets “incubés”. Un projet peut même devenir indépendant et faire ce qu’ils appellent un “spoke spin-off” sur lequel ConsenSys conserve des parts. Pour qu’un projet soit accepté il faut pitcher auprès d’une équipe interne à ConsenSys et que le projet soit jugé intéressant et profitable. On peut arriver avec un projet ou bien être recruté puis proposer une idée. 
Gobalement ConsenSys développe des Outils à destination des utilisateurs d’Ethereum, par exemple Truffle, Metamask ou Infura. Ils développent également des Produits (les différents Spokes) par exemple Ujo, Authentic, Ethon, StabL, Gnosis etc. Et enfin ils ont une activité plus “corporate” c’est-à-dire orientée Entreprise (développement de proof-of-concepts et consulting); ils s’adressent également aux Gouvernements, un exemple récent est la création d’un bureau ConsenSys à Dubaï pour accompagner le gouvernement et les entreprises locales dans leurs objectifs ambitieux pour 2020.
ConsenSys a été entièrement financée par son créateur Joseph Lubin en 2015.

Plateau du 3 ème étage — on peut apercevoir Sidonie avec son pantalon à fleur.

Quelques projets …

Boardroom
avec Eric Tu (blockchain developer)

L’objectif de Boardroom est de gérer des prises de décision collectives. C’est un outil de gouvernance décentralisée. Pour voter il suffit d’utiliser ses tokens via le smart contract boardroom.
Exemples d’application : manager des fonds à plusieurs, décider de l’exécution d’un smart contract, ou encore (c’est d’ailleurs ce qu’Eric a fait) gérer un repo github à plusieurs.

Ce smart contract de vote pourrait être lié à une DAO par exemple. Il permet également d’établir de manière très évolutive des règles pour mettre en place une démocratie liquide (le vote dépend des tokens détenus, on peut déléguer ses tokens à d’autres pour voter etc).

Eric m’a également parlé d’un autre projet très intéressant, il s’agit de Infura.

Infura
avec Eric Tu (blockchain developer)

L’objectif du projet est d’améliorer la scalabilité de la blockchain (comprendre “permettre à la blockchain de passer à l’échelle” … pas forcément plus clair).
Partons du problème !
Concrètement aujourd’hui les développeurs ont tendance à utiliser leur noeud comment entrée vers le réseau c’est-à-dire pour communiquer avec le reste de la blockchain (requêtes).
Le problème est que maintenir un noeud n’est pas neutre en terme de temps (et de compétences), il faut faire les mises à jour, vérifier qu’on n’est pas désynchronisé etc.
Infura veut proposer aux développeurs un pool de noeuds qui, via des méthodes de caching et de load balancing, atteignent des performances intéressantes (~environ 500 millions de requêtes par jour).
Le projet Metamask utilise Infura par exemple.

Cela peut aussi permettre de gérer l’affluence de requêtes lors des ICOs, et éviter que des transactions soient “drop” à cause de la surcharge.
Même si on passe par le pool de noeuds Infura (qui agit comme une sorte de “passerelle” vers Ethereum), on est toujours libre de vérifier que sa transaction a bien atteint la blockchain, il suffit d’aller voir sur un explorer comme etherchain par exemple.

Ujo
avec Gabe Tumlos (strategy)

L’ambition d’Ujo est de devenir le portail des créateurs et de leur permettre de définir et gérer leur identité artistique. L’objectif à terme sera de permettre aux artistes de stocker leur contenu dans un système décentralisé et sécurisé. La musique est un premier cas d’application mais d’autres types de contenu sont considérés.
Les morceaux seront donc hébergés sur IPFS ou SWARM — une fois ces technologies suffisamment matures. 
Gabe souligne un problème avec IPFS : la première personne qui se procure le lien vers le contenu peut donner ce lien à d’autres personnes. Pour contrer ce problème Gabe et son équipe utilisent pour l’instant un stockage centralisé sur AWS (amazon).
Il va y avoir du nouveau dans l’actualité d’Ujo avec la première “release” d’un album complet sur la blockchain très prochainement. Je n’en dis pas plus pour l’instant mais la vision de l’équipe pour cet événement est intéressante et en dit long sur l’ambition long-terme d’Ujo.
Imaginez qu’un artiste puisse gérer la release de son album et générer des tokens pour ses premiers fans. Il peut également gérer les objets dérivés (t-shirts, posters ou autres) et les revenus associés. Les fans de la première heure seront bien sûr attirés par le côté “rare” de ces tokens qui ne sont relâchés que lors d’événements “mémorables” et en quantité limitée, par exemple lors de la sortie d’un nouvel album. Ces fans paieront un prix élevé pour se les procurer…

Aujourd’hui l’équipe de Gabe travaille principalement sur l’interface de l’artiste (gestion du profil, dashboard) et se bat pour fédérer l’ecosystème de la musique.
Parallèlement, l’ambition de l’équipe d’Ujo est de définir les standards de demain. Ils y contribuent via la DMF (decentralized music foundation), travaillent sur un standard de Metadata pour les musiques et ont développé un “licensing engine”.

Globalement les gens sont sympas et détendus. Environ 80% des effectifs de Consensys sont en remote (travail à distance) ce qui n’est pas plus mal car les deux openspaces sont déjà bien remplis.
Il y a beaucoup de mouvement dans la journée et les gens sont souvent en meetings téléphoniques. Impossible de deviner qui est ancien ou nouveau, stagiaire ou responsable d’un projet, chargé de recrutement ou développeur ! En bref, entre d’un côté les locaux et l’organisation du lieu, et de l’autre les revenus très confortables générés par leur activité, l’oxymore startup géante semble adaptée à ConsenSys.

Je suis tombée sur un fan de Metamask

Le soir un meetup avec la communauté Blockchain a eu lieu sur Manhattan. Changement de décor et éclairage intéressant sur la communauté blockchain locale avec quelques révélations …

La communauté blockchain française est globalement perçue comme inexistante ou inactive ici ! Certains vont même jusqu’à percevoir l’Europe de cette façon — à l’exception de Londres (sans vouloir remuer le couteau dans la plaie) et de Berlin (Gnosis déménage là-bas).
Casser ces clichés n’est donc pas chose aisée et quand je vois le temps qu’il m’a fallu pour convaincre quelques personnes qu’une communauté blockchain existe en France et se développe de plus en plus, je pense que plus de communication de notre part (en anglais !) ne serait pas superflue.

Il a suffit d’expliquer à quelques personnes les actions que nous menions en France (les associations, les événements/hackathons) et de citer des exemples de startups françaises pour illustrer mes propos et générer un vif intérêt de la part de mes interlocuteurs.
Ils ont alors perçu que nous avions d’autres compétences que la Baguette …

Meetup at The Park

Inversement, la communauté française a pour l’instant réussi à se réguler et à s’organiser contre les scams et les individus aux intérêts peu louables pour la communauté, ce n’est malheureusement pas le cas ici.
Notre communauté est donc fondamentalement différente et pour l’instant plus saine (car plus petite ?). J’espère que nous ne perdrons pas cette force et nos valeurs en essayant de viser le niveau d’expertise et d’efficacité de la communauté US.

PS : si certains sont intéressés par la création de contenu en anglais qui montre nos actions au sein de la communauté blockchain en France, n’hésitez pas à me contacter. De source sûre, ça sera très appréciée.

Sajida