Atelier “Hopwork”

Ou : comment concilier autonomie et mutualisation pour freelances

Par Amandine Brugière de la FING, animatrice de l’atelier “Hopwork” à la journée du 14 janvier 2016, pour Sharers & Workers.

La table ronde que j’ai eu le plaisir d’animer était dédiée à la plateforme Hopwork : plateforme de mise en relation d’entreprises et de freelances.

Jean-Baptiste Lemée et Quentin Debavelaere se sont prêtés au jeu avec beaucoup de sympathie et de bienveillance : expliquant l’intention initiale du projet, le fonctionnement de la plateforme, ses évolutions à venir. Ils ont répondu aux questions qui affluaient, ils ont partagé leurs doutes, ils ont écouté. Bref, ils ont fait de cette plongée dans le monde des Freelances, un moment très intéressant. Qu’ils en soient remerciés !!

Autour des deux représentants de la plateforme, une dizaine d’autres participants : venus de la recherche — sociologie du travail, de l’IRES, d’Ars Industrialis, de l’inspection générale des affaires sociales, de l’assurance, de la prospective publique, du monde des syndicats et du dialogue social.

Ce qu’est Hopwork, et ce qu’il n’est pas

Une manière d’appréhender un dispositif est de voir déjà dans quel paysage il s’insère : c’est-à-dire considérer ce que d’autres font et qu’eux ne font pas. Dans cette galaxie, on retrouve

- UpWork (US et Asie du Sud-Est — concurrent direct, mais toute autre philosophie)

  • Peopleperhour (sélection à l’entrée : une plateforme pour l’élite des travailleurs indépendants)
  • Les SSII (Hopwork est une SSII sans intermédiaire)
  • Digital Village (un regroupement dans un même lieu de freelancers)
  • Amazon Mechanical Turk (pour la dimension de « travail à la tâche »)
  • Freelancers Union (ce syndicat américain de défense des droits des travailleurs indépendants, en particulier concernant la couverture médicale)

La plateforme a été créée par d’anciens salariés de SSII, cherchant à retrouver de l’autonomie et de l’indépendance — dont une indépendance financière. Les objectifs premiers affirmés par les concepteurs de la plateforme sont d’aider les freelanceurs à garder une certaine autonomie dans le travail, en leur simplifiant — par la mutualisation — la gestion administrative et financière (avance de paiement, aide administrative) et en les aidant à trouver des clients et à négocier les contrats près de chez eux.

Description du modèle d’affaire

La plateforme Hopwork a été lancé en 2014. Elle accueille plus de 15 000 freelanceurs deux ans après. La plateforme propose aux freelancers qui en sont membres :

  • une mise en visibilité des compétences : en particulier en jouant sur le retour et la transparence des expériences professionnelles vécues (commentaires satisfaction des clients, etc.) ;
  • un accompagnement à la valorisation sur la plateforme ;
  • des opportunités de travail dans leur aire géographique.

ainsi qu’un certain nombre de services :

  • le rôle de tiers de confiance auprès des clients ;
  • l’assurance d’une trésorerie quant au paiement d’une mission ;
  • une aide à la gestion administrative et juridique (devis, factures) ;

Pour assurer ces services, la plateforme prend entre 5 et 10% de marge sur les transactions et n’exige aucune exclusivité de la part du freelanceurs.

Les acteurs qui gravitent autour de la plateforme

On peut considérer 3 types de communautés d’acteurs autour de la plateforme.

  • L’équipe qui fait tourner la plateforme : une vingtaine de personnes, salariées ;
  • Les Freelancers, 15000 environ, dont 30% de développeurs, 30% de métiers artistiques, 30% de métiers dédiés au contenu. L’âge moyen des freelancers : 33 ans. Une partie des freelancers est « moonligther » : c’est-à-dire des salariés qui exercent une activité indépendante à côté. Les quelques sondages réalisés montrent que ce sont des freelancers « assumés » : des individus qui ont fait le choix de l’activité de travailleur indépendant.
  • Les entreprises clientes : environ 500, dont 50% qui ont des demandes récurrentes.

Aujourd’hui il n’existe pas de supports permettant des modes collaboratifs entre freelancers.

En revanche l’équipe de la plateforme organise des apéros régulièrement dans les différentes villes où elle a des freelancers présents.

Valorisation de la plateforme et partage de la valeur

La plateforme a bénéficié de l’investissement d’un Fonds d’investissement ISAI, et bénéficie du CIR.

Des réflexions sont en cours pour proposer de nouveaux services aux freelancers, concernant la prévoyance santé, la protection mutuelle, l’assurance responsabilité civile professionnelle.

Une question se pose : si la plateforme est un jour fortement valorisée financièrement (parce qu’elle réunirait par exemple des millions de travailleurs), et que les actionnaires originaux la revendent. Que ce passera-t-il à la revente de la plateforme ? Comment sera considérée par les membres de la plateforme cette plus-value ? Celle-ci sera-t-elle partagée avec les freelancers qui contribuent à créer la valeur de la plateforme ? Des réflexions sont en cours sur les possiblités, pour les membres, de devenir actionnaires de la plateforme.

Intérêts pour les freelancers :

Pour les freelancers, les intérêts sont multiples :

  • possibilité d’évoluer dans son métier sans prendre de fonctions hiérarchiques (qui est souvent un des souhaits des professionnels faisant ce choix) ;
  • possibilité d’avoir plusieurs employeurs (ne pas dépendre d’une seule et même personne ou organisation) ;
  • liberté de choisir les projets sur lesquels travailler ;
  • Liberté d’organiser son travail ;
  • possibilité de bénéficier d’une certaine flexibilité.

A noter cependant que les freelances vendent leur temps, par le biais de l’achat de prestation intellectuelle. Les heures supplémentaires sont encadrées, mais beaucoup de missions sont vendues au forfait.

Le sentiment d’isolement est un des principaux problèmes des freelances. D’où l’investissement important des travailleurs indépendants dans les réunions liées à leur métier, investissement sous-tendu par le besoin de reconstruire du collectif, et de l’identité métier.

Qu’est-ce qui est nouveau, qu’est-ce qui marginal dans la plateforme ?

La plateforme permet un passage à l’échelle. Elle désintermédie (par rapport aux SSII) mais réintermédie aussi au bout du compte autrement…

Elle participe, d’une certaine manière, à accroître la concurrence et à fragmenter le travail : le vendre en tâche et sous-tâche ; mais elle participe aussi à accompagner les statuts de freelances (accompagnement juridique, financier — trésorerie, etc.) et à réfléchir aux moyens de mettre en commun, et défendre certains intérêts.

Les 3 points d’intérêts ou de vigilance :

Les échanges de la table ronde devaient aboutir à identifier 3 point d’intérêts. Voici ceux qui ont été pointés par les participants :

  • La protection sociale : quelle type de protection sociale pour quel type de travail ? autoentrepreneurs, travailleurs indépendants, société individuelle, artisans, etc.
  • Les risques de captation de valeurs : que se passe-t-il une fois que Hopwork sera revendu à d’autres actionnaires ?
  • Quel autre champ de l’économie de partage pourrait être à l’œuvre ? Partage de savoir, partage d’expérience…

Auteur : Amandine Brugière, FING, Chef de projet “Digiwork” et “Infolab”.

Présentation de Hopwork : Jean-Baptiste Lemée, Quentin Debavelaere. Animation de la table ronde : Amandine Brugière (FING). Participants : Nicolas Amar (IGAS), Virginie Bussat (Astrees), Michel Doneddu (CGT), Cécile Jolly (France Stratégie), Dominique Karadjian (Assureur, banque, conseil), Alexis Masse (CFDT) , Chantal Nicole-Drancourt CNAM — LISE, Jean-Paul Nief (SNCF — CFDT), Victor Petit (Ars Industrialis) Geneviève Picot (Sociologue du travail).