Économie des objets connectés et applications de santé : chiffres et enjeux économiques (*)

Nous l’avons précisé dans les articles précédents, les coûts de santé sont très importants. D’un côté, il y a davantage de demandes et moins de moyens alloués. De l’autre, des coûts évitables qui créent un marché dans le secteur de la médecine et un marché du bien-être dans le secteur de la consommation courante.

Ce marché de la numérisation des systèmes de soins a débuté il y a plus de 20 ans, avec l’instauration de la carte vitale. Des entreprises ont développé des technologies pour améliorer l’efficacité de la production et de la transmission des informations. Les médecins sont désormais équipés de logiciel de suivi des patients, des messageries sécurisées, de feuilles de soins électroniques, d’aides à la prise de décision. Avec l’apparition des smartphones et des premières plateformes de téléchargement d’applications, de nouveaux acteurs proposent au grand public de se mesurer, de mieux connaître sa santé. Pour pénétrer le marché, ces nouveaux entrants ont dû développer une approche bien-être, dans laquelle les individus achètent directement en magasin les dispositifs d’auto-mesure et des applications qui encouragent des comportements vertueux, et ce, très peu souvent en lien avec le médecin traitant.

On pourrait penser que ce marché est celui de la prévention car les services proposés permettent, en se connaissant mieux, de prévenir la survenue de risques éventuels. Il est en réalité celui de la revente des données. Les modèles économiques des nouveaux acteurs reposent en grande partie sur la valorisation des données des utilisateurs. Pour y parvenir, les objets connectés et les applications sympas, « funs », apportant un bénéfice à leurs utilisateurs, se multiplient.

Si les analystes ne s’accordent pas sur les chiffres, le marché des objets connectés et des applications de santé est à ce point ouvert qu’ils sont unanimes sur le fait qu’il va littéralement exploser.

La e-santé ne date pas d’aujourd’hui

La e-santé ne date pas d’aujourd’hui. La numérisation de la vie médicale a commencé il y a déjà plus de 30 ans. Les patients diabétiques, pionniers de l’auto-surveillance, utilisent déjà des lecteurs de glycémie, depuis les années 1980, qui leur permettent de lire leur taux de sucre dans le sang. Certes, ce dispositif médical n’était pas connecté, mais, décentralisé de l’hôpital, il a tout de même contribué à améliorer les capacités de ces patients à équilibrer leur glycémie. Ces patients sont devenus en quelque sorte « experts » de leur maladie, comme nous le sommes tous un peu devenus à force de lire sur Internet.

Jusqu’au début des années 2000, on parlait de “télématique de santé” pour désigner des activités médicales médiées par des technologies de communication. Ce terme déjà vieilli a été remplacé par celui de télémédecine, ou parfois e-santé. “Télésurveillance” est un terme qui, en revanche, reste utilisé aujourd’hui.

Il est utile de rappeler, avant de poursuivre plus en détails, ce que l’on entend par les expressions « santé connectée » et « santé numérisée », « médecine numérique » ou encore « e-santé », car si les liens sont nombreux entre ces deux notions, elles recouvrent des réalités différentes qu’il est nécessaire de distinguer.

On pourrait dire que la médecine numérique, la e-santé, relève davantage du milieu médical, professionnel. Elle concerne l’informatisation générale de toutes les actions liées aux actes médicaux et médico-sociaux et à la transmission des données. On en parle beaucoup moins que les objets connectés. Pourtant, la numérisation des données et du système médical est en pleine effervescence.

On pourrait citer en exemple l’instauration de la carte vitale, pensée au début des années 1990, ordonnée en 1996 et mise en circulation en 1998. L’ancêtre du Dossier Médical Personnel (DMP) avait même été prévu. Ainsi, l'article 8 de l’ordonnance n°96-345 du 24 avril 1996 « relative à la maîtrise médicalisée des dépenses de soins » précise que cette carte comporte un volet médical destiné à recevoir les informations pertinentes nécessaires à la continuité et à la coordination des soins. Au final, ce volet ne verra le jour qu’en 2007.

Quant à la santé connectée, c’est un ensemble de dispositifs de santé constitué d’applications mobiles et d’objets de mesure indépendants, connectés à un ordinateur ou un smartphone, eux-mêmes connectés parfois au milieu médical. Ce même système d’applications et d’objets connectés peut également servir à améliorer son bien-être. C’est d’ailleurs dans cette optique que se réalise actuellement l’explosion des ventes de montres, de bracelets et de pèse-personnes connectés.

Créer de la valeur dans les données et dans la prévention, deux logiques connectées

La numérisation de l’ensemble des pratiques médicales et l’utilisation des objets connectés et applications de santé génèrent une quantité astronomique de données. En théorie, la donnée, c’est le savoir. Le savoir (c’est le pouvoir), la prédiction. La prédiction, la prévention.

Tout le monde se met à faire des applications mobiles de santé, pour le meilleur et le moins bon.

Les laboratoires, les professionnels de santé associés à des développeurs informatiques, les acteurs de l’information médicale et de nombreux entrepreneurs ont senti l’opportunité de ce marché en pleine construction. En parallèle, ont été développées des applications mobiles de bien-être, liées à la nutrition et à l’activité physique. Au total, pas moins de 11 000 applications sont disponibles en France. Si elles sont gratuites, la valeur est dans les données collectées. Payantes, le chiffre d’affaires est réalisé sur la vente, complété par la revente des données.

La réduction de la survenue du risque se paye, autant pour ceux qui ne sont pas encore malades que pour ceux qui le sont mais qui souhaitent réduire les « rechutes » ou prévenir les complications.

Dans un pays comme les États-Unis, où chacun est le débiteur de ses problèmes de santé, l’économie de la santé connectée est en pleine explosion, puisque la réduction du risque, c’est surtout la réduction des dépenses de santé.

Les plans de déploiement du numérique au sein de l’hôpital ont cet objectif. La mise en réseau des établissements de santé et des professions libérales, sur un même territoire, au bénéfice du patient est un des objectifs à atteindre. Le « parcours de soin » numérisé est visé, offrant ainsi aux acteurs de l’informatique des marchés importants, de la modernisation du parc informatique des professionnels de santé à l’équipement des établissements de santé, en passant par la construction technique des réseaux et leur exploitation. Les objets connectés développés par les entreprises privées ne sont pas absents de cette logique. Les croisements possibles sont nombreux.

En parallèle, le marché des objets connectés, porté par le secteur du bien-être, grand public permet à quelques fabricants de gagner beaucoup d’argent. L’effet « nouvelles technologies » est une des raisons principales de ce succès. L’utilité réelle de certains objets pourrait créer de nouvelles habitudes, entraînant avec elles une acceptation des objets connectés, dédiés plus spécifiquement à la santé.

Le raisonnement paraît simple et envisagé bien avant l’apparition des objets connectés. Seulement, cette équation économique est posée en premier lieu par de nouvelles entités économiques hors du marché historique : les startups, qui se lancent à l’assaut du monde de la santé et qui n’ont d’autres motivations que de créer de la valeur. Mais ce raisonnement se heurte à deux logiques :

  • créer de la valeur, notamment en prévenant des maladies, servirait les institutions, mais celles-ci sont frileuses quant à l’usage et au partage des données liées à cette valeur. Ces mêmes institutions semblent ne pas non plus avoir les moyens financiers ni l’envie forte de développer la prévention;
  • créer de la valeur en prévenant des maladies desservirait une pensée fondée sur le curatif et entretenue par les laboratoires pharmaceutiques particulièrement influant en France.

Prévenir pourrait rapporter gros. Et pour prévenir, quoi de mieux que les technologies de l’information, dont le cœur de métier est la captation des données du web, leur traitement, leur analyse et leur utilisation économique à posteriori ? Les géants du web l’ont compris depuis longtemps et se positionnent déjà en distributeurs d’objets qui permettent de collecter des données sur les comportements quotidiens humains ainsi que des plateformes de centralisation des données de santé, à l’instar de I-Health de Apple.

Définitions et composantes de l’Internet des objets

On parlait d’Internet. Désormais, on parle en plus d’Internet des objets, qui pourrait être défini comme une extension d’Internet à des choses et à des lieux. Grâce à une technologie intégrée (QR codes, codes-barres, puces RFID, bluetooth, wifi), ces objets peuvent communiquer entre eux et avec les humains, soit par un écran soit en envoyant l’information à un écran distant, tels le téléphone ou l’ordinateur.

Étant, pour faire simple, un maillage d’ordinateurs et de serveurs branchés, reliés entre eux par des fils, Internet était « limité » à ces terminaux fixes (appareils aux bouts des fils). Aujourd’hui, des objets sans fils sont désormais connectés à cet Internet par des transmissions sans fils, dont le Wifi et le Bluetooth sont les plus connus.

  • Les ordinateurs portables, tablettes et smartphones sont devenus des objets connectés habituels, mais que les analystes classent dans la catégorie high-tech. Ces appareils servent de terminaux de contrôle des objets connectés ;
  • S’ajoutent à cette liste les objets qui ont été produits avec une connexion, appelés objets connectés et dont nous fournissons une liste réelle : brosse à dents, fourchette, ballon de football, vélo, spiromètre, balance, tensiomètre, thermostat, station météo ou de qualité de l’air, module GPS, serrure de porte, luminaire, caméra, machine à laver, chauffage, écran de télévision ;
  • Les objets « mettables » (wearable) sont ceux que l’on porte, tels des lunettes, montre, boitier d’analyse, tee-shirt, chaussures, patch, … ;
  • Enfin, tout objet, individu ou élément du monde que l’on aura connecté, comme un arbre ou une vache.

Selon une étude du cabinet de conseil Xerfi, un objet connecté dispose de composants électroniques permettant de communiquer sans fil avec le réseau Internet. Il est alors possible de le contrôler à distance (fonction allumer-éteindre).

Les composantes majeures liées à l’Internet des objets peuvent être résumées ainsi.

  • Chaque objet doit être identifié de façon unique et les données qu’il stocke doivent pouvoir être extraites ;
  • Les capteurs (thermomètre, laser, accéléromètre, etc.) recueillent des informations présentes dans l’environnement ;
  • Ils doivent être connectés, soit entre eux soit à un terminal ;
  • Ils doivent être compatibles entre eux, sous peine de devoir être « intégré » ;
  • Les données sont stockées dans des bases de données, dans des serveurs, et analysées à partir de progiciels, logiciels ou tout autre outil de visualisation;
  • Il doit exister un réseau pour transférer les données sur Internet.

Une application, appelée plus simplement App est un petit logiciel que l’on installe sur son téléphone. Payantes ou gratuites, destinées à jouer, à créer ou à organiser des choses dans notre vie du quotidien, elles sont distribuées principalement sur des plateformes de téléchargements en fonction du type de téléphone que vous avez, car celui-ci n’accepte que des applications en fonction de son système d’exploitation (le programme qui vous permet d’utiliser votre téléphone avec toutes ses fonctions), dont les plus répandues sont Ios pour Iphone et Ipad, Androïd ou Windows, pour les téléphones Windows.

L’ère du quantified self ou de l’auto-mesure de soi

Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) permettent depuis quelques années de mesurer l’activité individuelle et certaines constantes physiques, et d’en conserver l’historique sur smartphone et sur Internet. Même si ces systèmes de « mesure de soi », appelés quantified self méritent encore d’être améliorés (la fiabilité des dispositifs est souvent questionnée), ils ouvrent aujourd’hui la voie à une connaissance de soi quantifiée, suivie dans le temps et, dès lors, à la gestion d’une partie de son état de santé (voir des exemples ci-après).

Les nouveaux patients informés peuvent maintenant être aussi équipés d’outils de collecte de données connectés. Ces outils miniaturisés recueillent un large spectre de données, allant du simple nombre de pas dans une journée aux données biologiques, en passant par des électrocardiogrammes.

Cet intérêt pour la connaissance de soi à travers la traçabilité de soi partagée par des utilisateurs et des fabricants d’outils est apparu en 2007 dans la Silicon Valley. Traduit par la notion d’« auto-mesure », ce phénomène regroupe les moyens permettant la collecte, le suivi (healthtracking) et le partage de données personnelles pour mieux se connaître (dans une démarche médicale, pour comprendre par exemple d’où peuvent provenir certains symptômes, comme l’application My Victories, pour se comparer à d’autre dans le domaine du sport par exemple, etc.). La nouveauté est l’usage des TIC appliqué à l’auto-mesure, car le phénomène n’est pas nouveau en soi. Ce qui est nouveau c’est le type de données recueillies, la simplicité de collecte, le recueil continu et permanent, la possibilité de les partager facilement avec d’autres personnes (dont son médecin), puis les analyses et réponses fournies par les applications ou systèmes.

My Victories, un exemple d’application de quantified self

Disponible depuis fin 2014, MyVictories est un nouveau site dédié aux personnes atteintes de maladie chronique. C’est un journal de bord pour suivre et partager le vécu de sa maladie. Le site et l’application ont été créés par la société HEALTHME, présidée par Jean-François Ramadier à qui le monde digital doit Mycardiologue, Myspeciality (une communauté collaborative médicale sécurisée).

Directement sur le site à partir d’un compte personnel ou une fois l’application téléchargée, il est possible d’enregistrer à partir d’une grande liste de paramètres, des données physiologiques et psychiques, facilement. Inscrire son poids au quotidien, détailler le niveau d’humeur, indiquer la durée et la qualité du sommeil, noter des symptômes, etc. L’objectif affiché par l’application est de se motiver, s’inspire, s’encourager entre personnes appartenant à la même communauté.

Dans les Conditions Générales d’Utilisation, Les données personnelles communiquées par les membres sont réservées à l’usage exclusif de MyVictories et ne sont transmises à aucun tiers.

Le marché des objets connectés

Les chiffres varient selon les sources. La notion d’objet connecté peut parfois inclure les objets usuels comme les smartphones, rendant difficile l’appréhension d’un marché encore naissant, mais certainement promu à un bel avenir. Rien n’est certain sur le contenu de ce marché. C’est à dire que l’on ne sait pas encore quels objets vont émerger plus que d’autres, entre gadgets et vraies utilités.

Toutefois, les secteurs particulièrement impactés par les objets connectés sont l’automobile en premier lieu (déjà à l’œuvre avec les primes au kilométrage), la bancassurance et la santé.

Le marché des smartphones

Le marché des objets connectés et des applications de santé ne peut être appréhendé qu’en tenant compte du marché des smartphones.

En 2015, plus de 85% des ventes de téléphones sont des smartphones, ce qui représente environ 26 millions d’unités en utilisation. Plus de 55% des Français utilisent leur téléphone pour naviguer sur Internet. Près de 14 millions de personnes possèdent une tablette. Marché des objets connectés : une tendance commune mais des chiffres différents selon les analystes

L’usage de l’expression « objet connecté » recouvre souvent des périmètres différents, en fonction de qui en parle. Les articles sur le sujet citent des sources variées, tout comme les chiffres avancés. Selon l’Atelier BNP Paribas, en 2014, en France, plus de 5 millions de personnes seraient équipées d’un objet connecté. Ce marché devrait selon cette source doubler en trois ans.

Selon les diverses études publiées aujourd’hui, le nombre d’objets connectés était en 2012 d’environ 15 milliards dans le monde et il devrait doubler d’ici à 2020. Même si personne ne peut véritablement prédire ce que ce marché va devenir, les analystes (Gartner, Idate) confirment qu’il va exploser.

Mais l’eldorado prévu en 2015 par GfK en France … n’arrive pas. Le marché des “wearables”, apparu avant les autres, se porte mieux, avec 640 000 unités écoulées et un chiffre d’affaires de 90 millions d’euros. Concernant les objets de santé, 50 000 produits de santé ont été vendus en 2014.

Pour le cabinet Xerfi, les objets connectés devraient représenter un marché de 500 millions d’euros en 2016, représentant alors plus de 3% des dépenses high-tech des Français.

“On trouvera plus de 30 objets connectés par foyer français en 2020”, avance François Klipfel, directeur général adjoint chez GfK, soit 2 milliards d’objets connectés vendus entre 2015 et 2020. Mais ces chiffres semblent constituer un fourre-tout car ils incluent ces nouveaux objets « mettables » et les biens techniques déjà existants comme les ordinateurs, tablettes, appareils photos, etc.

Les catégories d’objets connectés

La définition d’objet connecté recouvrant tout ce qui est, d’une manière ou d’une autre, connecté, il est important de préciser que le secteur du bien-être et de la santé n’est pas le seul domaine dans lequel on en trouve. En revanche, la variété des fonctionnalités de certains objets connectés est telle qu’ils peuvent être classés dans plusieurs catégories.

Parmi les secteurs qui concentrent le plus de développement à l’heure actuelle, on trouve la domotique (pilotage de la maison) avec des systèmes d’éclairage, de chauffage, de serrure à distance. Ce secteur offre de nombreux développements dans le pilotage à distance de la maison car il concentre des prestations de confort, de régulation d’énergie, de sécurité et également de santé.

En effet, la question de l’accompagnement médico-social et du maintien de l’autonomie des personnes âgées ou handicapées fait partie des nombreux sujets d’innovations qui permettent de mieux gérer la vie des personnes au sein de leur propre maison : simplification de la vie quotidienne, amélioration de leur sécurité, contrôle de leur santé, lien et entraide avec la famille.

François-Xavier Jeuland, président de la Fédération Française de Domotique, dans un article d’Economie Matin.
“Ces technologies n’ont pas vocation à remplacer la présence humaine mais elles peuvent optimiser le rôle des aidants, rassurer la famille et optimiser l’intervention des personnels de santé. Elles constituent une formidable opportunité pour faciliter le maintien à domicile et permettre aux seniors de rester le plus longtemps possible chez eux dans les meilleures conditions”.

Nous pensons à des objets connectés multi-fonctions tel que Mother Sen.se, qui consiste en un jeu de capteurs à disposer sur des portes ou fenêtres afin de détecter des intrusions ou la présence des enfants rentrés de l’école, sur la brosse à dents afin de détecter si les dents ont bien été brossées, sur des boîtes de médicaments pour suivre la bonne observance d’une personne, le nombre de pas effectués dans la journée, la température de la chambre de bébé ;

Le sport/fitness avec les objets qui « traquent » l’activité, dont on entend beaucoup parler tels que les montres et bracelets (46% de parts de marché) qui mesurent le nombre de pas marchés, les calories brûlées, les performances sportives de manière générale, le rythme cardiaque, la qualité et le temps de sommeil. Les traqueurs d’activité représentent la deuxième catégorie de produits la plus importante en termes de part de marché (33%). Cette position s’explique du fait de la notoriété de son principal concepteur, Nike. Celui-ci a grandement participé à la démocratisation des traqueurs d’activités en les implantant directement dans les chaussures dédiées à la course à pied. Ces produits représentent un chiffre d’affaire de 20 millions d’euros pour l’année 2013 en France.

La mesure de paramètres physiologiques (que les montres connectées et smartphones peuvent également mesurer). Dans cette catégorie, nous pouvons lister :

  • Les balances connectées. Considérées comme pionnières parmi les objets connectés, la première fait son apparition il y a cinq ans, lancée par la société Withings. Le prix moyen d’une balance connectée est d’environ 120 euros. C’est le prix le plus élevé du marché des objets connectés dédiés à la santé. La valeur du marché des balances connectées en 2013 représente 8 millions d’euros et correspond à 13,3% des parts de marché du segment des objets connectés dédiés à la Santé. Les principaux acteurs proposant des balances connectées sont : Ihealth, Withings, Terraillon, Fitbit ;
  • Contrairement aux balances, les montres connectées font partie des produits les plus récents dans le domaine de la santé. Les montres connectées ont notamment été mises en valeur à la conférence CES 2014 à Las Vegas. Ce produit représente une des valeurs sûres des objets connectés avec une part de marché de 46% et un volume de vente de 28 millions d’euros. Ce produit reste le plus médiatisé grâce à la notoriété des acteurs qui le proposent tels que Samsung, Sony et Garmin et dernièrement Apple avec l’Apple watch. En 2014, 190 000 montres connectées ont été vendues en France, 250 000 montres de sport et 200 000 trackers d’activité[1]. En 2015, GfK table sur la vente d’1,8 millions de montres intelligentes et traqueurs.

UBS prévoit que 24 millions d’Apple Watch seront vendues en 2015 dans le monde ;

  • Les tensiomètres connectés. Ce type de produit est le moins répandu sur le marché des objets connectés en France puisque sa part de marché équivaut « seulement » à 16%. Le principal fournisseur de tensiomètres connectés est l’entreprise française Withings ;

Autres exemples d’objets connectés

Il existe de nombreux autres types objets connectés associés à d’autres secteurs tels que la domotique et la sécurité, dont voici une courte liste, non exhaustive :

Autres objets permettant des mesures physiologiques, souvent en lien avec des maladies chroniques

  • Glucomètre, pour mesure le taux de sucre dans le sang > I-Health, Sanofi, etc.
  • Patch connecté qui effectue des mesures biométriques, dont un électroencéphalogramme (EEG) afin de surveiller l’épilepsie des patients et prévenir la survenue des crises > Dialog (Artefact Group)
  • L’alcootest connecté > Alcohoot

Objets de « surveillance connectée »

  • Mesure de la température intérieure et de la qualité de l’air > NetAtmo
  • Purificateur d’air connecté à des capteurs, pour dépolluer l’air de la maison en fonction des concentrations de polluants > Xiaomi, Air Serenity, etc.
  • Capteur de mouvement pour les personnes atteintes d’Alzheimer, qui alerte les proches.

Des facilitateurs de vie quotidienne

  • Accompagnement des seniors, par l’entremise de petits robots qui aident à se souvenir de rendez-vous, de la prise de médicaments, de faire le lien en vidéo avec des proches, de jouer aux cartes > Buddy, Nao
  • Jardinage, pour ne pas oublier d’arroser ses plantes.

Des aides en faveur d’une bonne hygiène de vie

  • Brosse à dents connectées, qui permet de mesurer la fréquence et la qualité du brossage > Rainbow, Kolibree, Oral-B

Vaisselle connectée

  • Balance de cuisine connectée pour mesurer le « poids » de nos repas en calories > Situ, Prep Pad
  • Assiette connectée qui identifie, analyse et pèse les calories des aliments > SmartPlate
  • Fourchette connectée pour manger moins vite > 10SFork
  • Boîte de conservation connectée, un récipient intelligent qui suit les apports nutritionnels, les dates de péremption, … > Neo
  • Bouteilles connectées, pour l’aide à l’hydratation > BluFit et H2OPal

Diététique connectée

  • Capteur de nutrition, à installer dans son oreille, qui prodigue des conseils en fonction de ce que l’on avale > BiteBite
  • Collier connecté capable de détecter et d’analyser la consommation alimentaire de son porteur > WearSens

Des aides à l’observance

  • Prise de médicaments avec le pilulier connecté > Imédipac, Pill’Up

Autres…

  • En développement, une gélule connectée à avaler, qui reste dans l’estomac et produit des vibrations qui provoquerait le sentiment de satiété > Melcap

Le marché des applications mobiles de santé (m-santé)

La guerre des applications (appelées apps) qui se joue depuis plusieurs années fait s’affronter Apple avec son fameux Iphone et sa plateforme appelée Apple Store (magasin Apple), Google avec sa plateforme de téléchargement Google Play, Windows avec son Windows Store.

Dans les applications de santé, on peut en distinguer trois types. Les applications dédiées :

  • au grand public et aux patients ;
  • aux professionnels de santé ;
  • à la relation médecin-patient.

Elles remplissent des objectifs tels que :

  • Information et prévention
  • Tests et calculs médicaux
  • Gestion de santé
  • Communautaires et collaboratives
  • Outils ponctuels

Parmi ces trois catégories, il existe des atlas et des encyclopédies sur la médecine et la santé, de l’information autour des médicaments, des calculateurs, scores et mémos, des conseils de pratiques médicales et de soins, des applications de mise en relation des patients avec des médecins.

Le marché international de la santé sur mobile (m-santé) devrait représenter 26 milliards de dollars à l’horizon 2017[2]. Le développement de ce marché qui, entre 2010 et 2012, est passé de 6 000 à 100 000 applications mobiles de « santé », au sens du terme américain « medical » (bien-être, forme, coaching sportif, médecine). Dans le sens français, elles sont environ 40 000.

A titre d’exemple, la société dmdSanté a recensé 486 applications pour suivre et mieux vivre son diabète, soit 15% du marché des applications de santé. 60% sont gratuites.

Parmi les applications mobiles de santé en France et évaluées par dmdSanté, 60% d’entre elles sont destinées au grand public et aux patients tandis que 40% sont adressées aux professionnels de santé. 73% des apps grand public sont gratuites. Celles payantes varient entre 0,79€ et 8,99€. 51% des apps professionnelles sont payantes, entre 0,89€ et 64,99€.

Elles sont disponibles dans les principaux magasins d’applications et principalement entretenues par 5 grandes tendances :

  • la croissance des équipements en smartphone de 2ème génération,
  • l’émergence de magasins d’applications spécialisés — comme Happtique créé en 2000 et qui référence plus de 7000 applications évaluées et classées notamment selon des critères de sécurité — qui ont vocation à guider les patients utilisateurs ou les professionnels de santé vers les applications les plus fiables,
  • le rôle croissant des professionnels de santé dans la recommandation d’applications en direction des patients, en particulier pour des apps s’intégrant au parcours de soins,
  • la spécialisation des éditeurs d’applications sur le diagnostic et le traitement des maladies chroniques comme l’obésité, l’asthme, l’hypertension ou le diabète,
  • la diversification des sources de financement : en ce qui concerne la première génération d’applications de santé, les revenus étaient principalement issus du téléchargement de l’application et/ou des abonnements qui conditionnent l’accès aux services de santé pour une période de temps donné. Les prochaines générations d’applications santé plus sophistiquées vont voir leurs sources de revenu se diversifier par la vente de capteurs spécifiques, et de produits ou de services liés à ces capteurs (c’est à dire des abonnements payés par les professionnels pour suivre l’état de santé des patients à distance).

Les modèles économiques associés aux objets connectés et applications de santé

La base du modèle économique de la plupart des éditeurs de service — qui est parfois résumé par l’adage « si vous ne payez pas pour le service, c’est que vous êtes le produit » — est d’offrir gratuitement l’accès à un service et de récolter en contrepartie des données d’usages, comportementales, relatives aux utilisateurs, leur permettant, par exemple, de proposer des publicités ciblées.

Le modèle Premium, traditionnellement utilisé par les acteurs du Web pour monétiser les données des utilisateurs, consiste à offrir gratuitement les fonctionnalités basiques du service et à faire payer les fonctionnalités avancées.

Ces mêmes données peuvent aussi être revendues de manière « agrégée » ou « anonyme » à des tiers dans une logique B2B : les mesures liées au poids peuvent par exemple intéresser des équipes de recherche ou des laboratoires pharmaceutiques.

La stratégie vers laquelle tendent la plupart des acteurs du monde du quantified self est de s’établir en tant que plateforme, en devenant une sorte de « Facebook des données de bien-être et de santé ». Runkeeper (de la société FitnessKeeper, établie à Boston aux Etats-Unis) est probablement l’acteur le plus avancé dans cette stratégie qui consiste à inciter les utilisateurs à centraliser un maximum de leurs données sur la plateforme en proposant à des entreprises tierces d’avoir accès et/ou d’injecter des données au travers d’APIs (Health Graph API) dans le cas de Runkeeper).

D’autres modèles économiques sont en devenir, associés aux applications ou aux objets connectés en pleine évolution.

Les médias de santé

Environ 1 patient sur 5 est un chercheur d’information santé sur Internet. L’offre en matière de santé est aujourd’hui pléthorique sur Internet : sites de santé grand public, forums médicaux, dictionnaires de médicaments, blogs de médecins, associations de patients…

Ce rapport n’étant pas dédié à ce sujet, je ne vous dresserai pas la liste des médias traitant de la m-santé. Toute curiosité pourra trouver un début de chemin en se rendant sur le blog de Lionel Reichardt, PharmaGek, ou bien en tapant les mots clés digital et santé dans un bon moteur de recherche ainsi que sur twitter. Les news sur le sujet sont très nombreuses.

Les médias numériques concernant les sujets de santé sont très nombreux, répondant ainsi à la variété d’intérêt des patients, des curieux, des professionnels de santé. La consultation de sites médicaux, la fréquentation de forums ou de communautés de malades participent d’un « empowerment » des patients-citoyens.

Les supports d’information des entreprises pharmaceutiques

Pas en reste sur l’usage du web et des applications de santé, les entreprises de la pharmacie ont les moyens de parler de leurs produits, de discuter avec les professionnels et le grand public. Applications de coaching d’activité physique spécialement conçue pour les personnes souffrant d’hypertension artérielle et/ou de diabète de type 2, annuaires médico-sociaux proposés, applications destinées aux personnes souffrant d’un épisode, etc.

Sans entrer davantage dans les détails, nous renvoyons vers l’excellent recensement proposé par Fabrize Vezin à ce sujet, qui répertorie pas moins de 250 supports d’informations /suivi sur les pathologies et la santé proposés par l’industrie pharmaceutique.

[1] A titre de comparaison, 13 millions de montres classiques sont vendues chaque année en France .

[2] Research2guidance, mars 2013

(*) Cet article est extrait du rapport “E-santé, médecine numérique, applications de santé et objets connectés, quelle voie pour la prévention en France”, Sébastien VRAY, août 2015