Samuel Cueto à la Galerie ARGENTIC : à la rencontre d’Oubliés de la Vie...

Une vidéo de présentation du nouveau projet photographique de Samuel Cueto — “City of Smile” — une plongée au coeur des gangs thaïlandais.
Une vue sur la Galerie et sur le travail de l’artiste — “City of Smile” — actuellement exposé.

Gardien d’immeuble, un métier fait de rencontres: amis d’habitation, voisins de palier, voisins de quartier, connaissances, passants croisés au hasard d’une sortie, visages surpris au détour de la rue… l’interaction sociale est au cœur du processus de gardiennage.
Qu’elle soit pauvre, riche, aisée, excentrique, sage ou timide, qu’elle se déplace en groupe ou seule, peu importe ses origines ou sa condition sociale, la présence humaine est là, enveloppante, rassurante, rythmant quotidiennement la vie du gardien.
Mais lorsque ce rapport à l’autre sort de son cadre habituel, lorsqu’il revêt la forme d’un voyage aux confins d’un nouveau continent, alors ce que l’on pensait connaître de l’autre se modifie entièrement : adieu visages connus, au revoir timbres de voix aisément reconnaissables ! Ici, dans un nouveau pays, tout n’est que découverte : de l’autre, de sa culture, de son histoire… et s’il est vrai que l’homme a toujours su s’adapter à de nouvelles sociétés, il est aussi vrai que la société peut parfois le déstabiliser, le choquer et lui ouvrir les yeux sur son rapport à l’autre à un point tel que la nécessité d’en garder une trace indélébile s’impose alors à lui.

Apprendre à regarder différemment les vies qui défilent sous nos yeux.

C’est l’histoire qui est arrivée à Samuel Cueto.
Gardien d’immeuble dans un quartier défavorisé, cet homme pourtant rompu à la dureté de la vie et à ses conséquences tragiques sur les hommes n’est pas resté insensible à ceux qu’il a rencontrés lors de son dernier voyage en Thaïlande. Car non loin des plages paradisiaques de Phuket ou Pattaya, non loin des paysages de carte postale de Bangkok, l’homme de terrain a pu échanger avec une partie de la population, de celle que le gouvernement thaïlandais cherche à dissimuler par tous les moyens : les gangs locaux. Trafiquants en tout genre, revendeurs de substances illicites, contrebandiers et escrocs du Royaume… c’est au contact d’une société dans la Société que commence une nouvelle histoire photographique pour Samuel Cueto.
Ainsi décrit, un tel voyage peut sembler aux antipodes de la définition habituelle du tourisme. Et pourtant, tout comme la vie de gardien d’immeuble, le tourisme, le vrai, est avant tout celui qui se fait au travers de rencontres, de celles qui nous montrent la réalité dans sa forme la plus pure et, bien souvent, dans sa forme la plus tragique.

Car loin de la fausse image de dépravés sanguinaires prêts à tout pour une poignée de Baht souvent dépeinte dans les journaux locaux, Samuel Cueto réussit ici à nous montrer que quel que soit notre passé, notre présent ou notre futur, nous restons avant tout des êtres humains.
La technique de la photographie argentique en noir et blanc vient ici donner tout son sens à l’œuvre. En ne laissant transparaître aucune couleur, l’œil du spectateur est obligé de se focaliser sur ce qu’il voit et d’en étudier les moindres détails : perception d’une solitude extrême, sensation de désolation, ravages de l’oubli… ici, le cliché du gangster sans foi ni loi est loin. Très loin.

La trentaine de tirages exposés, comme tant de morceaux de vies éparpillés dans un pays étranger aux protagonistes des photographies, plonge le spectateur dans une reconsidération de son semblable. Destins brisés, accidentés de la vie, laissés pour compte…

Exprimer la souffrance humaine pour mieux la conjurer.

…Et le choix des portraits sélectionnés par la galerie de renforcer cet aspect : gros plan sur des parties de corps exposant des tatouages à l’infini, preuves physiques d’une existence corporelle et morale non reconnue… gestes et mises en scène volontairement provocateurs, comme une manière d’attirer cette attention trop souvent refusée… zoom sur des yeux ouverts sur le vide, semblant crier leur perdition à l’objectif… focus sur des visages où les rêves se lisent mais ne s’espèrent plus.

L’être humain, le vrai, est là, dans toute sa fragilité, et semble nous dire de ne pas l’oublier.

Et quand bien même le mot gang nous renvoie à la notion de communauté, quand bien même une solidarité certaine entre les membres des gangs transparaît à travers les œuvres, le spectateur n’est pas dupe : les hommes et femmes photographiés sont seuls, piégés et catalogués dans une case qui ne leur laisse plus aucune échappatoire.
Mais dans notre société actuelle où le paraître joue un rôle considérable, où la notion d’errance n’est plus tolérée, où les questions existentielles sont perçues comme une perte de temps et où l’échec est diabolisé, peut-être nous est-il encore possible d’apporter un peu de tolérance et de compréhension en changeant notre perception du monde. Car c’est aussi le message voulu par Samuel Cueto à travers son exposition : qu’il s’agisse de la Thaïlande ou du reste du monde, l’isolement social et la descente aux enfers qui s’ensuit sont des phénomènes universels pouvant frapper chacun d’entre nous.
Et comme une note d’espoir face à ce sentiment de dévastation omniprésente et universelle, le spectateur pourra noter, sur certains portraits savamment répartis à travers la salle, de timides grimaces, de légers froncements de la bouche lourds de sens : des sourires. Des sourires certes uniquement esquissés mais des débuts de sourires francs et sincères… comme un gage de reconnaissance pour cette personne qui, pour une fois, est venue de son plein gré écouter toutes ces âmes trop souvent rejetées, comme un témoignage de gratitude pour ce photographe qui, sans jugement, a su plonger dans le regard de ces hommes pour s’imprégner de leurs vies.
C’est peut-être pour cela que la Thaïlande est également connue sous le nom de « pays du sourire »… parce que ses habitants, aussi dure que leur existence puisse l’être, gardent l’espoir des lendemains meilleurs et, par-dessus tout, gardent un sourire rayonnant au fond de leurs cœurs.

Une autre vidéo artistique de Samuel Cueto

Exposition “City of Smile” — Galerie ARGENTIC
Du 8 Mars au 2 Avril 2016
Entrée libre
Du Mardi au Samedi de 15h à 19h
43 rue Daubenton — 75005 Paris

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