Big Pharma : Pas vraiment générique

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une review du jeu, paru en juillet 2015 sur Indius.org, encore en phase de beta à l’époque.

Big Pharma est un dérivé pharmaceutique de la famille des Tycoon-like. Composé d’une substance active (le puzzle-game, 80mg par gélule) et d’un excipient (le jeu de gestion), il peut être prescrit par votre médecin en cas de crise de manque. Posologie et effets indésirables : voir ci-dessous.

Chaîne de vie

Une fois un scénario sélectionné, Big Pharma vous demande d’enfiler la blouse blanche, ou plutôt le costume trois pièces, d’un dirigeant d’entreprise pharmaceutique. Afin de faire prospérer le laboratoire que vous venez tout juste de baptiser, il vous faudra produire divers traitements médicaux à partir de substances naturelles. Chaque ingrédient arrivant dans vos usines avec leur lot d’effets bénéfiques ou indésirables, vous devrez jouer avec la concentration en agent actif du produit, tantôt diluant, tantôt concentrant, jusqu’à obtenir l’effet curatif souhaité. La transformation d’une ou plusieurs ressources A en un médicament B, voilà le cœur du gameplay de Big Pharma.

Il faudra pour cela établir des processus de production en connectant diverses machines via des tapis roulants, un peu à la manière d’un Factorio. Si au début tout va bien, cela risque de vite tourner au challenge, la superficie de votre laboratoire étant limitée.

D’autant que si votre petite entreprise commencera sans doute en commercialisant un antidouleur standard, très vite la chaîne de production de votre “crème miracle pour la vigueur masculine” risque de prendre beaucoup de place. Et bien que les ingrédients soient distribués aléatoirement en début de partie, chaque traitement dispose de son arbre d’évolution. Ainsi, vos premiers remèdes entreront dans la composition des suivants, plus élaborés.

De la pilule bleue aux billets verts

Produire des cachets pour soigner Mémé c’est bien joli, mais encore faut-il les vendre. Et si Big Pharmapartage son patronyme avec le surnom donné au lobby pharmaceutique, ce n’est pas un hasard. Car pour faire son beurre sur le dos de l’assurance maladie, des compétences de jongleur ou de businessman seront nécessaires pour composer avec les multiples paramètres pouvant se mettre entre vous et le succès. Au-delà de la qualité intrinsèque de vos produits, concurrence et évènements aléatoires viendront influer sur la demande et le coût des matières premières, vous poussant à constamment revoir votre production. Vous pourrez également compter sur un arbre technologique et la recherche de nouveaux ingrédients pour optimiser votre rentabilité, afin d’amasser toujours plus de pèze.

D’ailleurs, l’accumulation de richesse est sans doute pour le moment la véritable faiblesse de Big Pharma. Car si les scénarios reposent bien sur des objectifs définis, ces derniers n’ont encore que peu d’intérêt, amenant rapidement la recherche maximale du gain pour seule finalité. Ce qui, dans un premier temps se révèle être un challenge, devient une routine et la lassitude guette après plusieurs heures de jeu.

Développé en milieu stérile

Pourtant, le parti pris d’exploiter un monde pharmaceutique agrémenté d’une touche d’imaginaire (« Poussière d’Halkaline purifiée », « Vapeur d’amylose malléable », « Résidus multicolore d’écouteurs ») offrait quantité de possibilités, pouvant même pousser les joueurs à une certaine philanthropie. Mais dans Big Pharma, la santé c’est du business. Pas question de mettre au point un remède miracle, ou c’est la clé sous la porte. On est là pour faire du biff. Et si par ce postulat le jeu semble vouloir reposer sur le cynisme et l’hypocrisie du marché pharmaceutique réel, en devenir un témoin ou un dénonciateur, son manque de caractère fait échouer une bonne partie du propos.

Une austérité qui s’exprime visuellement déjà. Même si le titre séduit par des graphismes en 3D isométrique cell-shadisée, qui rappelleront une vieille pub Areva aux plus âgés d’entre nous, ils ne remplissent ici que leur simple rôle d’illustration. L’interface également se veut claire et efficace, faite d’aplats, presque monochrome. Quand à la bande originale, elle semble tirée d’un best-of de musique d’ascenseur, tendance Les Sims.

L’ensemble est soigné et très propre. Si propre que, tel un écho au thème du jeu, il revêt presque un aspect clinique, sans grande fantaisie. Et par cette austérité, Big Pharma échoue pour le moment à être aussi subversif qu’un Theme Hospital en son temps, tout en présageant malgré tout d’un bon jeu de gestion.


Big Pharma propose une bêta riche et complexe, solide techniquement et très agréable à prendre en main grâce à un didacticiel efficace. Les ajouts sont réguliers et un client de mise à jour est intégré à l’exécutable, permettant une upgrade rapide et sans effort pour le joueur. A prendre trois fois par jour avec un grand verre d’eau pour les amateurs du genre, sous condition de ne pas être allergique à la répétitivité, ni à l’aspect trop clinique du titre.

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