Spintires : De la boue dans les yeux

Il y a quelques années je m’étais moqué grassement d’un quidam suivi par les caméras de Confessions Intimes. L’olibrius était amoureux de ces camions qui sillonnent nos campagnes, de leurs remorques chargées et de leurs chauffeurs, chargés aussi. Cet idiot les prenait en photo, les répertoriait, les briquait au bain moussant comme la dernière des playmates. Ridicule, sauf que depuis Spintires, l’idiot c’est moi.

Combats de boue

Spintires est à la base une démo technique, un moteur physique mettant en avant la déformation en temps réel des sols. Et plutôt que de modéliser un Guy Carlier et le faire rouler pour constater l’érosion des sols alluvionnaires, les anglais de Oovee ont eu la bonne idée de reproduire une demi-douzaine d’engins tout-terrain soviétiques des années 60–70 afin de nous placer dans la peau imbibée de vodka d’un chauffeur du cru.

Le menu principal est sommaire et il suffit de choisir une carte pour se retrouver au volant d’un vieux bahut bringuebalant au cœur d’une petite clairière. L’interface rudimentaire ne nous assaille pas, tout juste affiche-t-elle quelques informations sur le statut de notre engin et il faudra ouvrir la minimap encore voilée pour découvrir l’objectif qui est, et sera toujours le même, de charrier du bois d’un point A à un point B. Ces maigres données en poche, il est temps de prendre une gorgée d’alcool de pomme de terre et de tourner la clé. Les contrôles se veulent relativement simples et en mode facile et boite auto on trouve vite ses marques. Du moins sur le sec.

Car s’il existe bien quelques parcelles de goudron et sentiers dignes d’un autobahn, l’essentiel des routes s’apparente davantage à la fosse d’un festival de métal sous une pluie battante, et il vous faudra jouer du différentiel ainsi que de votre treuil pour vous en sortir au terme de plusieurs minutes.

Sans être très exigeant, Spintires relève du stakhanovisme lorsqu’il s’agit de remplir ses maigres objectifs. Transporter un chargement du camp de bûcheron à la scierie s’avèrera être un long calvaire, et il vous faudra plusieurs voyages pour atteindre votre but. D’autant que le moteur physique à l’origine du jeu se fera un malin plaisir de transformer vos plus rapides itinéraires en véritables bourbiers après moult trajets.

Il parait que c’est bon pour la peau.

Si la transformation du sol en temps réel est une découverte rafraîchissante, il n’est pas sûr que patauger dans la fange des heures durant à essayer de sortir notre remorque à coups de treuil soit aussi amusant. Et c’est sans doute là le réel souci de Spintires, le manque d’enjeux, d’objectifs et d’interactions. Certes, on rencontrera parfois un camion à débloquer, un point de ravitaillement, mais en dehors du transport de rondins le joueur ne sera stimulé que par les succès Steam.

Heureusement, le multijoueur donne un autre potentiel au titre en donnant tout son sens au mot “coopération”, chacun tentant de sortir son camarade du fossé dans lequel il s’est retourné, augurant de grands moments d’insultes en chat vocal. Le joueur solitaire, lui, partira à la découverte des paysages splendides et variés qui lui sont proposés : une forêt traversée par un torrent, un marécage noyé dans la brume, les flancs escarpés d’un volcan. Car là ou Euro Truck Simulator 2 nous cantonne à ses routes et s’oppose à notre volonté de couper à travers champ, Spintires nous laisse libre d’explorer la carte. Et on prend vite plaisir, à essayer de tracer de nouveaux sentiers, de couper à travers bois ou d’escalader un sommet. Le frisson de la traversée à gué d’une crique, de nuit et tous feux allumés est bien réel. C’est là que Spintires se révèle vraiment mais démontre aussi son vaste gâchis en n’exploitant à aucun moment cet atout.


Simulateur off-road de son état, Spintires interpellera les amateurs d’engins militaires et les adeptes d’Euro Truck. Hélas, l’absence d’objectifs variés le résume à un simulateur hardcore de balade en milieu forestier.

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