Pourquoi j’ai choisi de faire de l’informatique alors que les autres filles ont choisi de ne pas en faire.

J’ai 24 ans, je suis une fille et depuis 5 ans maintenant j’ai choisi ce que peu de filles ont choisi d’être c’est à dire une codeuse, une développeuse, une informaticienne.

Il y a 5 ans j’étais consciente que le milieu était presque exclusivement masculin mais j’ai toujours pensé qu’assez rapidement d’autres filles feraient le même choix que moi. Ca me paraissait tellement évident vu que l’informatique c’est un peu là où les choses bougent et vers lequel l’avenir se tourne. Et pourtant 5 ans plus tard, bien que la vague du numérique prend de l’ampleur encore et encore, que la technologie est omniprésente, que les enjeux sont conséquents pour le futur, le constat est toujours le même : Je regarde les statistiques, elles n’ont pas bougé, nous les filles sommes toujours absentes du domaine. Oui mais alors pourquoi ? Aujourd’hui je suis en droit de m’interroger sérieusement, pourquoi est-ce qu’en tant que fille j’ai voulu faire ce choix à un moment donné mais que très peu d’autres ont bien voulu suivre le même chemin que moi ?

J’ai une confession à faire car je l’avoue, l’informatique, je n’ai pas osé en faire mon premier choix. Après mon bac, j’ai foncé tête la première à la fac pour faire une licence de …sociologie et statistiques appliquées. Un secteur sans avenir et bouché. Mais bon vous savez si il y a tout un tas de jeunes qui s’y engouffrent chaque année, c’est que c’est un choix tout à fait normal non ? Je m’étais dis « tu verras bien » . Grave erreur. On ne m’y avait pas assez préparé : à la grève de 6 mois, à l’immense taux d’échec et de désertion des étudiants, au faite d’être livrée à soi-même, à la sélection naturelle, à la concurrence. Alors pour passer le temps, on sort, on enchaine les soirées et puis au final on apprend tout par coeur une semaine à l’avance pour les examens finaux et puis ça passe. Un an plus tard, malgré des notes correctes et l’attribution presque « automatique » de ma première année (oui, vous avez bien lu avec 6 mois de cours en moins), j’étais dégoutée de la fac et il n’était pas question dans ma tête que je passe 5/7 ans de ma vie dans cette situation. J’avais voulu comprendre la société mais je me suis rendue compte que c’est elle qui ne m’avait pas comprise. Je voulais tout le contraire de ce que je venais de vivre : du concret, du vrai, donner un réel sens à ce que je fais et pas philosopher sur tel auteur pour pas de métier à la clef.

J’ai alors pris une décision drastique, j’ai fait ce qu’on ne m’encourageait surtout pas à faire à mon lycée quand on sort de S et qu’on est pas trop mauvais : aller dans une formation courte et technique, un DUT. Pire que tout, j’ai changé complètement de cap et me suis dirigée vers ce que je voulais vraiment faire au plus profond de moi : de l’informatique, apprendre à coder. Longtemps j’ai senti un étonnement, un questionnement dans le regard des autres pour ce drôle de choix et souvent on me dit « ah oui toi tu es une vraie geek ». Il m’est arrivé d’en avoir presque honte, de le dire tout bas, à toute vitesse, d’essayer de passer le sujet ou de rester vague quand arrive en soirée la fameuse question « Tu fais quoi dans la vie ? » . « Moi ? euh…je travaille dans l’informatique ».

Il faut bien se l’avouer les développeurs en France n’ont pas une très belle image et les clichés ont la vie dure. Heureusement, on peut le sentir, la tendance commence tout juste à s’inverser, notamment grâce à l’influence des Etats-Unis et de ce besoin soudain de promouvoir et de former les « Mark Zuckerberg » de demain. Mais si les développeurs sont perçus comme des asociaux (boutonneux) qui font des choses obscures, incompréhensibles et compliquées sur leur écran, comment une fille qui se soucie un tant soit peu de son image et de comment les autres la perçoivent peut-elle avoir envie d’aller les rejoindre ? Tout cela est gravé dans notre inconscient bien sûr parce que quand je parle de mon métier à une fille qui n’est pas du tout dans l’informatique elle trouve toujours cela tout à fait fascinant et se montre enthousiaste. J’ai toujours des retours très positifs et souvent on me dit « moi aussi j’aimerais savoir faire comme toi, tu en as de la chance ». Alors pourquoi elle n’a pas fait comme moi ? Pourquoi elle a pas balancé ses études de lettres ou de commerce pour aller apprendre à développer ? « ca n’est pas fait pour moi, c’est trop compliqué ces choses-là, j’y comprends rien ». La peur.

Cette peur, je l’ai ressentie, je la ressens encore. La peur de ne jamais être à la hauteur, l’obligation de se justifier d’être là, de devoir prouver systématiquement aux autres ses compétences. Parfois, c’est l’impression de les entendre penser «la pauvre elle s’est égarée » parfois c’est « on va la ménager parce que c’est une fille » . Et l’exclusion est bien réelle même si pas intentionnelle, comme si je n’allais pas comprendre après tout. C’est simple à la fin de la première année de DUT, la moitié des filles avaient déjà abandonné et nous étions 6, 6 sur une centaine d’étudiants. Et personnellement au milieu du premier semestre mes notes étaient limites, sûrement du à gros manque de confiance en moi dans ce nouvel environnement. La responsable d’année m’avait pratiquement incité à trouver un plan de secours. Mais pour moi il n’en était pas question. Je me suis accrochée et j’ai eu raison. Il s’est avéré que je n’était pas si mauvaise après tout, j’ai eu mon semestre haut la main, mon DUT, puis ma licence et bientôt j’aurai mon diplôme d’ingénieur.

Aujourd’hui faire de l’informatique en tant que fille fait de moi une espèce d’exception. Une perle rare. Et pourtant, c’est un statut qui n’est pas facile à porter tous les jours. Trop longtemps que je me suis sentie seule dans mes choix. Et ça devient presque un devoir à présent de rassurer toutes celles qui ne sont pas sûres, qui hésitent. De leur dire «vous y avez votre place». Qu’il n’y a pas de raison de laisser le monopole à ces messieurs. Non, on est pas obligé de s’enfermer dans le noir dans son garage toute la journée pour savoir coder. Non, c’est pas honteux de savoir coder, au contraire. Oui, ça s’apprend, c’est une véritable passion, un art, ça demande de la logique, de la créativité et oui la logique ça se travaille comme tout. Mais surtout, il est temps que vous compreniez que l’avenir passe forcément par la technologie, et que la technologie il vaut mieux savoir la maitriser que de se faire maitriser. Ne ratez pas le coche car après il sera trop tard et vous le regretterez. J’ai fait le choix d’être capable d’agir sur mon futur plutôt que de le subir. Je ne peux que vous pousser à faire de même. Croyez-moi, vous n’en retirerez que de la satisfaction.

Evidemment je ne dis pas non plus faites de l’informatique parce qu’il faut en faire, je dis osez faire ce qui pour vous vous semble impossible, improbable, dérangeant. N’ayez pas peur de l’inconnu, ne vous occupez pas de ce que les autres pensent car les vrais obstacles sont les barrières que l’on se met à soi même. Et c’est tout autant valable pour tous les autres métiers où le sexe opposé est en infériorité numérique. Ce n’est pas parce que les autres n’y vont pas, que vous n’êtes pas fait pour ça, que vous n’en êtes pas capable.

Enfin, si j’avais un conseil à donner à ceux qui se demandent comment on pourrait attirer d’avantage de filles, il se résumerait en trois points :
1. Leur donner envie d’y aller
2. Leur donner envie d’y rester
3. Leur faire comprendre qu’elles peuvent y arriver, qu’elles en sont capables, qu’elles sont géniales et qu’on a besoin d’elles.

Car au final, on ne regrette pas d’être une développeuse.


C’est peut-être pour ça d’ailleurs que mon Disney préféré c’est Mulan…