Même si j’ai récemment écrit que mon dada c’est plus la médiation numérique des savoirs que la médiation numérique tout court je reste bien entendu très sensible à cette dernière ! Il faut dire que le secteur s’organise et se structure.

Logique, les besoins sont gigantesques et les années de l’euphorie du tout numérique sont passées. Place maintenant aux dispositifs de politiques publiques de la fracture des usages… Le Crédoc proposait récemment une infographie effarante sur le sujet.

Révolution numérique

Révolution numérique

infograph.venngage.com

infograph.venngage.com

Les élus sont parfois totalement à côté de la plaque comme en témoigne le choix du département des Deux-Sèvres de supprimer son service de médiation numérique considérant que le besoin n’existe plus ! Certains s’alarment avec raison et je partage totalement le point de vue des signataire de cette tribune récemment parue dans Libération et reprise sur le site de Vecam.

L'administration numérique ne doit pas accélérer l'exclusion sociale

L’administration numérique ne doit pas accélérer l’exclusion sociale

A l’occasion des Assises de la médiation numérique qui se tiennent le 23 et 24 novembre à Mende, en Lozère, le Conseil national du numérique (CNNum) pointe les effets d’exclusion sociale liée à une dématérialisation des services publics, sans accompagnement humain.

Libération.fr

Extrait :

Le renouvellement permanent des technologies demande un effort d’apprentissage et de remise en question continu auquel nous sommes tous confrontés, quel que soit notre capital de départ. Et il serait illusoire d’espérer que ce besoin s’efface avec le renouvellement démographique et l’entrée dans une ère « digital native ». On peut être hyper-connecté au quotidien sans pour autant savoir agir sur les systèmes, ou savoir s’en servir pour s’émanciper sur le plan personnel, professionnel, culturel, ou dans ses relations sociales.
Bref, les potentiels exclus de la société numérique sont une cible mouvante. Dès lors, les besoins d’accompagnement, de formation et plus généralement de médiation ne disparaîtront pas avec le temps, bien au contraire. Ils vont continuer à s’accroître durablement dans les administrations, les entreprises, les associations, les écoles.

Voilà qui résonne particulièrement bien avec le démarche de la Charte BibLib portée par l’ABF. Nous avons intérêt à poser la problématique de la médiation numérique sous l’angle de l’ »accès aux droits », c’est une des dimensions de la questions mais elle est essentielle.

Les besoins sont mieux reconnus au niveau de l’Etat et on peut se féliciter par exemple que la Loi Lemaire créé un véritable droit à l’accès à internet pour les plus démunis. L’expérimentation commence bientôt en Haute-Saône.

Autre nouveauté importante, le secteur de la médiation numérique se structure avec l’émergence suite aux récentes assises de la médiation numérique de la Coopérative des acteurs de la médiation numérique. Attention forme de coopération innovante à ne pas rater! Pour quoi faire?

Ce qui pourrait intéresser les bibliothèques? ça par exemple :

La centrale d’achat
Rôle de la structure nationale:
  • Négocier avec les fournisseurs des services.
  • S’appuyer sur les accords déjà négociés par l’Agence du Numérique.
  • Communiquer auprès des acteurs #mednum pour faire nombre.
  • Produire des retours d’usages et des analyses de besoins pour diversifier et améliorer l’offre.
  • Produire une analyse des coûts évités.
Exemples:
  • Abonnements plateformes en ligne
  • Matériels numériques
  • Hébergeurs

Alors que Carel n’a jamais décidé d’aller dans cette voie je me dis que les médiathèques ont tout intérêt à se rapprocher des acteurs de la #mednum… J’ai bien regardé les logos des membres, pour l’instant je n’en ai vu aucun qui soit lié aux bibliothèques, alors que le texte prend parfaitement en compte les médiathèques comme des acteurs de la médiation numérique.

Par rapport à une association le statut de cette coopérative est très différent. En l’occurrence il s’agit d’une SCIC : société coopérative d’intérêt collectif. L’intérêt? C’est une vraie société privée à la gestion inspirée des pratiques de l’ESS (mise en réserve des excédents à chaque clôture des comptes). Et aussi une gouvernance partagée qui permet d’associer des acteurs multiples via des collèges au poids différents.

Le sociétariat prévoit plusieurs catégories d’associés:

  • Collège 1: Les acteurs et regroupement d’acteurs porteurs de services de la médiation numérique d’utilité sociale
  • Collège 2: Les acteurs et regroupement d’acteurs porteurs de services de la médiation numérique lucratifs
  • Collège 3: Les salariés de la médiation numérique
  • Collège 4: Les acteurs publics territoriaux de la médiation numérique (collectivités territoriales — syndicats mixtes)
  • Collège 5: Les acteurs publics d’Etat de la médiation numérique (agences, services centraux et déconcentrés de l’État)
  • Collège 6: Les bénéficiaires des services de la médiation numérique (directs et indirects)
  • Collège 7: Les autres acteurs économiques de l’économie numérique
  • Collège 8: Les affinitaires, concernés par la « cause » de la médiation numérique.

Une des premières actions portées par la coopérative est le soutien à une initiative de chèques médiation numérique en lice pour remporter le concours annuel La France S’engage. Moi j’ai voté pour eux, je pense que nous devrions les soutenir, même si la plupart du temps les activités proposées par les bibliothèques sont gratuites, les besoins sont tels que les acteurs de la #mednum doivent être soutenus.

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Et si c’était là une excellente manière d’expérimenter réellement des partenariats public-privé-communs tels que Benjamin Coriat le propose dans cet interview limpide dans laquelle il précise les rapports souvent mal compris entre service public, privé et communs? En substance :

Concrètement, si des ressources et des compétences sont réunies (qu’elles proviennent d’une
mobilisation locale, de l’aide au développement, d’ONG ou du secteur privé), la construction du commun doit obéir à trois principes : les communautés bénéficiaires doivent être associées à la production de la ressource, sa distribution et sa « gouvernance » ; l’accès à la ressource doit être défini suivant des principes d’équité ; et le commun conçu pour être ouvert, destiné à s’élargir à de nouveaux usagers.
Le commun pourrait œuvrer à la construction d’un service public « bottom up » (de la base au sommet). Avec le temps et la multiplication des communs locaux, des « chartes » les liant entre eux pourraient être établies. Ancrées localement, ces chartes fourniraient ainsi la base légale sur laquelle l’infrastructure et le service public pourraient être établis.
Je le redis : le commun est un puissant instrument d’établissement ou de rétablissement de l’inclusion et de l’égalité. Conçu et pratiqué comme tel et dans cet esprit, il n’est pas « contraire » au service public, mais bien complémentaire.

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