Arrêtez avec l’agilité

Ça c’est classe ❤

Si on devait donner le césar du mot le plus entendu dans nos chères et tendres entreprises en 2017, ce serait très certainement: AGILE. Depuis début 2016, on ne compte plus les stratégies des entreprises y faisant référence.

Il est même devenu complètement mainstream, jusqu’à apparaître de manières récurrentes dans les nombreux discours de notre tout jeune Président de la République.

Dans ce monde qui demande à chacun d’entre nous de s’adapter de plus en plus rapidement, il était temps que nos entreprises se remettent en mouvement. Cependant, le vrai challenge réside, comme toute chose, à monter dans le train, pas à le regarder passer.

Le cache-cache de l’agilité

« Les gars, il va falloir être agile”

Ça y est, le mot est lâché. La direction vient de demander d’être agile. On pouvait le lire partout, on attendait que ça, on est heureux. Puis une question arrive rapidement dans la tête:

“Mais au fait, c’est quoi être agile ?”

Tout le monde se regarde, chacun demande à l’autre ce que c’est. Rapidement, on se rend compte que personne n’en a la même définition.

On sort de réunion, un coup d’œil rapide dans le dictionnaire:

  1. Qui a de l’aisance et de la promptitude dans les mouvements du corps ; souple, alerte,
  2. Qui est vif, prompt à comprendre,

À moins d’être danseur/danseuse étoile, le 1. ne va pas servir. Le 2. est intéressant, mais n’apporte pas grand chose de plus. Bien sûr, qu’on est prompt à comprendre ce qu’on dit.

À partir de cet instant, commence la quête de réponse. Vous êtes responsable de rendre votre équipe plus agile, mais qu’est ce qu’une organisation agile ?

Une petite recherche sur Google nous dit qu’une organisation agile est:

- La capacité d’anticipation des ruptures,

- Une coopération interne et externe,

- Une innovation permanente,

- Une offre globale,

- Une culture “client” généralisée,

- Une réduction de la complexité à l’échelle humaine,

- Une culture du changement.

C’est bon, on ne s’est pas endormi ? Parce que si on est responsable de ça, on a un vrai challenge devant nous. Il va falloir commencer à bosser sérieusement.

En même temps, si on entend ce mot à longueur de journée, c’est bien qu’il y a des méthodes qu’on peut appliquer à notre organisation.

Il y a en effet des process largement implémentés depuis des années dans les départements IT : Scrum, eXtreme Programming, RAD, Chrystal Clear… Tout ça c’est bien, mais malheureusement ça n’a pas vocation à s’appliquer complètement pour les autres départements.

Pourtant, il faut bien trouver quelque chose, il doit bien y avoir des références, des exemples… C’est à partir de ce moment là, qu’on se tourne vers les startups, qu’on rêve de les copier, d’être agile comme elles.

Et c’est là…

… qu’on perd du temps.

C’est généralement dans cette phase:

- que l’on refait les locaux pour que ce soit plus cool, avec le baby-foot et la table de Ping-Pong,

- que l’on invite les meilleurs speakers de la place de Paris, et qu’on en profite pour faire un selfie,

- que l’on organise des Learning Expeditions, un “safari” à la rencontre des startups,

- que l’on met en place du reverse-mentoring, les jeunes accompagnent les dirigeants,

- que l’on organise des semaines “innovation”,

- que l’on organise des hackathons (évènement où plusieurs profils se forment en équipe afin de créer de nouveaux produits) le temps d’un WE,

- …

Tout ça est concret, atteignable, implémentable, c’est rassurant, mais est-ce que ça marche ?

Malheureusement, après plusieurs mois d’initiatives, l’organisation ne semble toujours pas complètement prête, le discours ne rentre pas.

Rassurez-vous, tout le monde y passe. Et si vous en êtes là, c’est que normalement vous êtes sur le bon chemin 😉

L’acculturation est certainement nécessaire sur le chemin de l’agilité, mais ce n’est pas une condition suffisante.

Si ce n’est pas suivi/soutenu d’un souhait profond de changement, d’une envie réelle d’y aller, rien ne se produira. Car l’agilité ne s’apprend pas, elle ne se lit pas sur les slides des meilleurs consultants de la place de paris, elle s’expérimente.

Apprendre à désapprendre

L’agilité est un but, mais y aller sans changer l’état d’esprit de vos collaborateurs vous mènera dans le mur. Difficile d’évoluer vers l’agilité, si on est pas capable de passer au-delà de ses convictions, de ses valeurs acquises depuis des années.

C’est dur, on est d’accord.

Si c’est pour essayer de faire bouger les choses et sans arrêt revenir aux mêmes réflexes du passé, il y a peu de chance que ça aboutisse.

“La folie c’est de faire la même chose et de s’attendre à un résultat différent “
- Albert Einstein

Faire bouger les choses, c’est sortir de la philosophie d’organisation dans laquelle on est.

Pour ça, petit conseil, imprimez-vous la liste ci-dessous et affichez là bien en évidence en caractère 38 (au moins) à votre bureau. Cela vous permettra de ne jamais les oublier et, au fur et à mesure, de les imprimer mentalement. Et avec le temps, faire évoluer vos décisions…

Les piliers de l’état d’esprit agile

Prise d’initiative, Créativité, Doers win, Singularité, Prise de permission, S’exprimer, Servir un collectif, Hacker, Test & Learn, Human2Human, Bootstrapper, Petit pas, Culture de l’échec, Apprendre à apprendre…

L’idée n’est pas de rentrer dans le détail de chaque expression, (peut-être dans de futurs articles) mais plus de mettre en évidence que l’état d’esprit agile ne se dompte pas, ne se contrôle pas, ne se planifie pas.

Pour développer ce nouvel état d’esprit, il faut créer un environnement de liberté, de confiance, de transparence, où chacun récupère de l’espace. Elle demande à ce que chacun lâche prise (y compris le manager ). Tâche qui est d’autant plus difficile, lorsqu’on nous apprend à faire tout le contraire depuis des décennies. Et pourtant, c’est bien le seul moyen de se mettre sur le chemin vers une organisation plus agile.

Avant l’implémentation des premiers outils, il faut changer notre manière de penser.

Le chemin est long mais beaucoup de salariés y sont prêts et ont l’envie de bouger. C’est le levier le plus important pour faire évoluer votre organisation, alors saisissez-le. La seule vraie question à se poser, c’est…

Are you ready ?

Il ne s’agit plus de répondre simplement à un effet de mode ou de travailler pour le sujet tendance du moment mais bien d’y croire et de vouloir ce changement au plus profond de soi. C’est précisément ce point qui est fondamental, c’est cette croyance profonde qui nous permettra de nous transformer.

Et comme tout travail que l’on fait sur soi, c’est à la fois simple et compliqué. L’agilité nous demande d’inventer une nouvelle posture, un nouveau « moi » en quelque sorte. Le changement est profond puisqu’il touche à ce que l’on est.

L’état d’esprit agile, ça se vit. Et pour trouver, ce nouvel équilibre, il n’y a qu’un mot d’ordre: Expérimenter. Laisser ses équipes expérimenter d’autres voies possibles.

Quand j’emploie “Expérimenter”, je parle simplement de laisser vos collaborateurs reprendre des initiatives/lancer des projets qui leur tiennent à cœur, sans aval de toute la structure hiérarchique. C’est le premier petit pas nécessaire.

Ensuite, la seule règle à suivre:

expérimenter, se planter, apprendre, refaire
Alors quand je dis « se planter » , soyons clair, je vous souhaite bien sûr de tout faire pour réussir, et de réussir. Néanmoins préparez-vous à une période de turbulence ;)

Dans un monde où il faut redéfinir les règles, cette approche reste la meilleure manière d’apprendre, de s’ouvrir vers de nouvelles choses.

Souvenez-vous quand vous avez quitté le foyer parental, il a bien fallu passer par quelques expériences afin de se construire. Ainsi est fait l’Humain. C’est seulement en passant pleinement par ses étapes que nos habitudes, notre mode de pensée se modifieront et que nous deviendrons plus agiles.

Alors en tant que responsable, quand tout est normé depuis des années, ça fait peur (mais servez-vous en). La bonne nouvelle, c’est que ça ne demande pas un investissement colossal.

Recette pour réussir:

1) d’y croire, de le choisir, de vouloir lancer une dynamique au sein de son équipe.

2) de trouver des collaborateurs au sein de l’équipe prêts à lancer des initiatives qui leur tiennent à coeur,

3) de les accompagner, de les protéger et de leur laisser la liberté de les réaliser,

Passer ce cap, c’est faire retrouver à vos collaborateurs de l’estime, de la confiance et c’est préparer vos équipes pour la suite. Ça n’a pas de prix et ça ne fera qu’accélérer la mission qu’on vous a donné.

Alors la prochaine fois qu’on vous demande de rendre vos équipes plus agiles, pas besoin de refaire les locaux, créez d’abord les conditions pour réussir et laissez place à l’EXPÉRIMENTATION.

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Depuis un an, en tant qu’indépendant, je retourne dans les grosses structures pour les aider à évoluer, à se transformer via des ateliers de Design Thinking et des missions de Corporate Hacking. Dans une série d’articles, je raconterai ce que j’y ai vu, appris et j’y donnerai un point de vue.

Pour en discuter, vous savez où me trouver ;)

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