Le logement solidaire en vogue chez les étudiants

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Il est de plus en plus difficile pour les étudiants Lyonnais de se loger. Pour une place dans une colocation, 8 candidats se présentent. Face à des loyers élevés et la rareté des biens dans le parc privé, les logements solidaires se présentent comme une alternative de plus en plus sensée.

490 euros, c’est le prix que coûte en moyenne un studio de 20 mètres carrés à Lyon, selon une enquête de l’Étudiant. Dépense conséquente pour un budget étudiant parfois très serré. Pourtant, avant la rentrée universitaire, ils sont des dizaines à se bousculer dans les cages d’escalier, souvent accompagnés de leurs parents, justificatifs à la main, presque prêts à déposer leur dossier avant même d’avoir effectué la visite, soucieux de ne pas trouver de logement à temps. Les exigences du début de l’été s’effacent au fur et à mesure que septembre approche, face au constat d’un marché immobilier saturé, où l’impératif de trouver un toit s’impose fatalement.

Cette image, reflet d’une crise du logement sans précédent et longtemps associée à la ville de Paris, s’impose désormais comme une réalité à Lyon, deuxième ville universitaire de France. Le nombre d’étudiants s’installant dans la métropole augmente, celui des logements stagne. En effet, la ville compte en 2016 plus de 145 000 étudiants selon Lyon Campus, soit environ 30 000 de plus qu’il y a dix ans. Choix du quartier, surface et aménagement du logement figurent parmi les concessions que sont prêts à faire les étudiants, pour ne pas se retrouver à la rue

Ainsi pour Sirine, étudiante originaire de la région parisienne, le constat est simple, c’est le propriétaire qui choisit l’étudiant, bien plus que l’étudiant qui choisit son appartement. La jeune femme admet avoir emménagé dans son studio par défaut.

« J’ai visité un appartement qui me plaisait vraiment, mais la propriétaire ne m’a pas retenue car il me reste deux ans d’études à Lyon, et c’était trop peu pour elle, qui voulait louer à long terme. Sur les six rendez vous que j’avais prévus, trois ont été annulés car loués dans la journée. J’ai finalement pris le seul appartement où je n’étais pas en concurrence car j’étais la première à l’avoir vu, même s’il ne m’avait pas spécialement plu au premier abord. »

Pour Salah, étudiant égyptien venu faire ses études à Lyon, la recherche de logement a viré au véritable calvaire. Sans garant résidant en France, il a enchaîné les visites pendant cinq semaines, fourni des dizaines de documents et même affronté des propriétaires lui refusant la location à cause de sa nationalité, non européenne. C’est finalement après plus d’un mois de recherches infructueuses que le père d’un ami a accepté de se porter garant pour lui, un véritable coup de pouce qui lui permettra d’accéder à la location dans une résidence étudiante.

« Je paie 580 euros pour 22 mètres carrés. C’est cher, mais j’étais désespéré. Une fois, j’ai même proposé au propriétaire de payer directement pour les dix prochains mois de loyer comme je n’avais pas de garant français. Il a refusé, c’est incompréhensible. »

Pour Salah comme pour les autres, la sensation de s’y être pris trop tard subsiste. À Lyon, au mois d’août le marché du logement étudiant est déjà saturé.

Des résidences universitaires publiques insuffisantes

Face à la hausse des loyers et à la rareté des biens, le CROUS a longtemps été la seule véritable alternative au parc privé, avec en moyenne des loyers 40% moins chers à Lyon. Cependant, le CROUS propose seulement 7600 places en résidences universitaires dans la métropole, ce qui lui permet de répondre favorablement qu’à une demande sur six, privilégiant les boursiers aux échelons les plus hauts. Face à l’afflux des demandes, le CROUS de Lyon tente tant bien que mal de s’adapter. Aurélie Brousse, chargée de communication du CROUS précise que « Fin 2017, 2 400 places supplémentaires auront été construites et 1 800 seront en chantier sur l’agglomération lyonnaise. Nous avons par exemple ouvert la nouvelle résidence des Girondins de 170 places à la rentrée et nous en ouvrirons 3 nouvelles pour 818 places à la rentrée 2017 ». De nouvelles constructions qui permettront sans doute de maintenir ou réduire légèrement le ratio d’une place pour six demandes, mais surement pas de satisfaire tout le monde. Face à un parc privé toujours plus cher et à un investissement public dépassé, de nouvelles alternatives connaissent alors un succès grandissant.

Alternatives solidaires en plein essor

Les logements solidaires sont désormais la nouvelle tendance en matière de logement. Loyers réduits, création de lien social et solidarité sont au cœur de ces initiatives d’aujourd’hui, pour une société de demain. Étudiants engagés, avides de s’investir dans une vie de quartier ou jeune quittant le domicile familial pour la première fois, à chaque personnalité correspond son type de logement.

C’est sur le modèle d’un projet parisien que Corinne Belot a créé en 2005 le Pari Solidaire à Lyon. Cette association ayant pour but de mettre en contact personnes âgées et jeunes souhaitant cohabiter, s’est installée au fil des années et compte aujourd’hui 60 binômes. Le principe est simple, un sénior disposant d’une chambre libre à son domicile héberge un jeune, contre une participation financière moindre, voire gratuitement si le jeune s’engage à être présent en soirée. D’autres associations, comme l’ESDES Intergénérations, se consacrent également au logement intergénérationnel à Lyon. « Il y a un focus sur cette notion d’intergénérationnel, on en entend de plus en plus parler, et nous ayant de plus en plus d’adhérents, qui en parlent autour d’eux, les réseaux sociaux, le bouche à oreille, font qu’effectivement on a de plus en plus d’offres et de demandes » déclare Corinne Belot.

Si le logement intergénérationnel est notamment prisé par des jeunes quittant le domicile familial pour la première fois, d’autres initiatives visent un public plus large. Ainsi, Léa, étudiante de 21 ans, a emménagé à la rentrée dans une Koloc à Projets Solidaires à Oullins pour 250 euros par mois. Ces colocations, gérées par l’Association de la Fondation Etudiante pour la Ville, sont implantées dans des quartiers populaires, regroupant entre trois et six étudiants. En échange d’un loyer modéré payé à un bailleur social, les étudiants s’engagent à s’investir quelques heures par semaine dans la vie de quartier, au contact des habitants. Aujourd’hui, 20 colocations ont vu le jour dans la métropole lyonnaise, en partenariat avec Alliade Habitat. Pour Léa, si les Kolocs à Projets Solidaires connaissent un véritable succès, c’est en partie à cause de la saturation du marché du logement à Lyon, mais aussi grâce au milieu associatif de Lyon, favorable à l’engagement citoyen. Malgré des profils très variés, beaucoup de jeunes se tournant vers les KAPS sont déjà investis dans d’autres associations et partagent une vision commune. « C’est l’idée que mon quotidien, ce n’est pas que mon quotidien, je le partage avec mon environnement dans son ensemble, mes colocataires, mes voisins, mon quartier », précise Léa. La résidence d’Oullins baptisée « La cité » compte aujourd’hui 13 logements pour 61 places.

Dans la même veine, l’espace Emmanuel Mounier construit au cœur des anciennes prisons de Lyon, accueille étudiants et personnes convalescentes. Ces cohabitations, mises en place par Habitat et Humanisme en 2015, multiplient les avantages. Non seulement les étudiants profitent de loyers très attractifs, mais ils sont également logés en plein centre-ville puisqu’au cœur du 2ème arrondissement. En échange, ils consacrent deux heures par semaine à une personne récemment sortie de l’hôpital, rompant ainsi l’isolement des patients en partageant un repas, une discussion, une promenade.

Si les logements solidaires ne représentent aujourd’hui qu’une petite part du logement étudiant, il est clair que leur essor leur prédit une certaine pérennité. Initiatives isolées il y a encore quelques années, leur multiplication ne laisse aucun doute quant à l’enthousiasme qu’ils suscitent. Logements alternatifs face à un marché de l’immobilier classique en crise aujourd’hui, portés par un besoin de solidarité dans un contexte où l’individualisme connaît ses limites, tous les espoirs sont permis quant à leur place dans la société de demain.

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