
Ces femmes de la « tech industry » qui s’élèvent contre le harcèlement sexuel (et qui gagnent)
On appelle ça l’effet papillon : suite aux accusations de harcèlement sexuel qui avaient poussé le PDG de Uber, Travis Kalanick, à démissionner le mois dernier, une vague de témoignages similaires a déferlé sur la Silicon Valley et au-delà, révélant l’ampleur d’un phénomène qui touche d’innombrables entrepreneuses. Certaines ont répliqué, et ça fait des étincelles.
Les businesswomen face au machisme
Elles sont nombreuses à avoir endossé un costume de businesswoman et percé dans le domaine des hautes technologies, pour finalement subir l’humiliation de se voir réduites à des objets de plaisir.
Six femmes, toutes fondatrices ou co-fondatrices de start-up, ont décidé de rompre le silence et de livrer leur témoignage à CNN. Six histoires qui révèlent la banalisation du harcèlement sexuel et le machisme qui persiste dans ce milieu.
Mains baladeuses, messages proposant ou exigeant des relations sexuelles, baisers forcés en public… Bea Arthur (fondatrice de The Difference) raconte que son mentor est allé jusqu’à lui présenter son sexe en érection après une session de travail commune. Quant à Geshe Haas (fondatrice de Dreamers //Doers), elle a reçu, suite à sa plainte pour harcèlement sexuel, des menaces de mort sur Twitter dont la teneur pourrait se traduire par : « Je vais t’égorger, sale pute ».
Si elles n’ont pas toutes immédiatement dénoncé ces hommes, c’est d’abord par peur de faire couler leur business, ou encore de compromettre une levée de fonds. C’est dans ce contexte que Cecilia Pagkalinawan (fondatrice de Apploud et Styletrek) s’est retrouvée dans une situation gênante lors d’un dîner avec un puissant investisseur. Ce dernier, décidé à l’enivrer, a commandé une bouteille de vin à 5000 dollars malgré ses réticences avant de tenter de l’embrasser et de saisir sa cuisse sous la table. En effet, il n’est pas rare que ces « business angels », sous prétexte de faire preuve de générosité vis-à-vis des fondateurs, ou dans notre cas, des fondatrices, demandent des faveurs d’un autre genre en retour.
Le message était clair : il fallait vendre son corps pour lever les fonds destinés à sauver sa boîte. « Comme si tous mes accomplissements, notamment le fait que j’avais déjà levé 5 millions de dollars, n’avaient aucune importance », confie l’entrepreneuse.
De l’humiliation à l’empowerment
Si ces témoignages évoquent la terrible humiliation qui suit un cas de harcèlement sexuel, ils convergent ensuite vers un regain de pouvoir et d’estime de soi une fois que la parole s’est libérée.
Leiti Hsu (co-fondatrice de Journy), déclare ainsi qu’« à travers cette expérience, [elle a] appris qu’[elle avait] une voix ». « Personne ne peut m’enlever les choses que j’ai accomplies, personne ne peut dire que j’ai dû coucher pour en arriver là. J’y suis arrivée parce que je suis intelligente et que je sais ce que je fais », renchérit Bea Arthur.
Un pouvoir qui est loin d’être du simple domaine de l’imagination, puisque suite à ces révélations, qui dépassent le cadre de ces témoignages, de nombreux investisseurs et fondateurs de start-up ont dû démissionner. Parmi eux, Dave McClure (fondateur de 500 start-up), Justin Caldbeck (Binary Capital), ou encore Chris Sacca (Lowercase Capital) ont connu un sort similaire à celui du PDG de Uber.
Une belle démonstration du pouvoir réel de ces businesswomen qui s’imposent dans un milieu encore trop dominé par les hommes. « Ce n’est pas juste à propos de moi ou de cet incident en particulier, c’est à propos de toutes les femmes », conclut Leiti Hsu. Il n’y a plus qu’à espérer qu’elles fassent durablement bouger les mentalités, et que toutes les femmes en profitent.
