Petite leçon de survie à l’usage de la génération du 13 novembre

Avec Survivre, paru le 17 août, Frederika Amalia Finkelstein nous plonge dans les névroses de la société post-13 novembre, ultraconnectée et paranoïaque.

L’obsession morbide, la peur quotidienne, l’addiction aux écrans, et surtout, l’immense solitude: tous les ingrédients du traumatisme post-13 novembre sont réunis dans ce roman générationnel signé par Frederika Amalia Finkelstein, 26 ans. Tous, ou presque: l’héroïne de Survivre (éd. L’Arpenteur-Gallimard) cède à une angoisse qui laisse peu de place à une éventuelle résilience. Quand elle perd son job dans un Apple Store parisien, elle comble le vide de ses journées sur Internet ou devant sa console de jeux vidéos, où elle s’abreuve d’images violentes comme d’une drogue. Sur les murs de sa chambre, elle accroche les photos des victimes du 13 novembre à côté de celles des terroristes, et récite pendant son footing des listes entières de vies sacrifiées sur l’autel du terrorisme.

On l’aura compris, la jeune auteure n’est pas là pour ménager son lecteur. Au nom de l’esthétique, elle s’attarde sur cette photo atroce de la fosse du Bataclan qui a tant circulé sur les réseaux, et en tire une description clinique et macabre, ponctuée de remarques choc. Parmi elles, cette pensée d’une violence et d’une incongruité inouïe au sujet d’une jeune femme morte en minijupe: “Je ne peux m’empêcher de penser que si cette jeune femme avait su qu’elle allait mourir ce soir-là, elle aurait choisi d’autres vêtements.”

En lisant Survivre, on aurait presque oublié le courage et la solidarité qui ont uni les Parisiens ce soir-là, et depuis lors, la défiance de ceux qui bravent le terrorisme en sirotant leur pinte en terrasse le vendredi soir.

Sophie Kloetzli