Île de St Martin : Irma le méga-ouragan qui réveille (aussi) l’envie de futurs souhaitables

Par Tarik Chekchak, directeur du pôle Biomimétisme de l’Institut des Futurs souhaitables.

Saint Martin ?

Une île des Antilles de 86 km2, située sur la ligne de front (météo) de l’adaptation au changement climatique.

  • La « Friendly Island » accueille plus de 100 nationalités !
  • Mais une île légalement coupée en deux par une double souveraineté, française et néerlandaise, et avec des normes différentes
  • Par l’explosion du tourisme, une population qui passe en 30 ans de 8.000 habitants à 35.000 aujourd’hui et environ 45.000 pour la partie néerlandaise.
  • Un ouragan monstre, Irma, qui frappe l’île il y a un an avec des pointes à 363 km/h, la vitesse d’un TGV ou d’une formule 1 !
  • Des dégâts, beaucoup de dégâts, mais une population qui a néanmoins fait preuve d’une extraordinaire résilience dans de telles circonstances !
Source : IEDOM 2018

Du passage de cet ouragan est née une association locale, « St Martin Uni », à l’initiative de Cédrick André, président du Conseil de quartier de Sandy Ground. Cédrick a provoqué une « union sacrée » rassemblant à la fois la population, des chefs entreprises, des hôteliers pour constater qu’Irma la monstrueuse a aussi rassemblé sous le choc les diversités de l’Île dans la solidarité et l’envie de réfléchir ensemble à l’après et aux changements de trajectoires vers des futurs souhaitables.

Au sein de cette association, deux initiateurs d’un projet sur 3 ans « Booster la Résilience » : Caroline Gervais spécialiste de la mise en action de développements justes et soutenables, et Tai Ghzalale, entrepreneur de l’Île, qui après avoir vécu Irma décide d’investir personnellement pour aider au démarrage du projet.

Le concept ? Le Future-Fit Living Lab, un programme « Action Recherche » pour prendre soin des gens et changer de trajectoire vers des sociétés à prospérité renouvelée dans les limites de la planète. Mais également pour essaimer les leçons apprises et les bonnes pratiques dans la zone Caraïbe et dans le monde.

Car si nous ne sommes pas capables de changer de trajectoire sur une île « monde » de 86 km2, comment allons-nous faire pour le reste de la planète ?

Booster la Résilience mène pour Saint Martin Uni trois missions d’explorations, deux finalisées et l’autre qui vient de s’achever et à laquelle j’ai pu prendre part du 21 au 26 novembre. Le but de la dernière mission ? Un état des lieux socio-écologique de l’Île afin de comprendre quels sont les leviers d’actions qui permettront de booster la résilience en adéquation avec le contexte de St Martin.

Avec dans la « dream team » menée par Caroline : Aline Brachet, Nicolas Méron, Steph Deprez, Claudia Van Gool Maldonado et Cathy Burnot.

Ces missions d’explorations sont cruciales car comme le disait Albert Einstein :

« Si je disposais d’une heure pour résoudre un problème et que ma vie en dépende, je consacrerais les 55 premières minutes à définir la question appropriée à poser, car une fois cela fait, je pourrais résoudre le problème en moins de cinq minutes.»

Bravo à l’équipe exploratoire dont j’ai eu l’honneur de faire partie pour animer un atelier de parties prenantes [CG1] le 24 novembre, alliant :

  • Partage d’une démarche stratégique de développement soutenable (FFSD).
  • Scénarios uchroniques « St Martin 2042 » sur les futurs souhaitables générés par un travail ludique et créatif de groupes constitués par la diversité des parties prenantes de l’île.
  • État des lieux des grands enjeux socio-écologiques en utilisant des cartes de l’île pour géo-localiser ces enjeux.
  • Et puis plein d’entretiens individuels avec les différents acteurs de la reconstruction physique et morale de l’île, entretiens souvent très riches et émouvants !

Sous l’impulsion de Caroline Gervais, le programme hybride et met en œuvre plusieurs approches : le Framework for Sustainable Development (FFSD) plus connu en France sous le nom de l’ONG «The Natural Step », l’approche narrative[CG2] , l’outil SenseMaker et celle des analyses de résilience socio-écologiques. En plus de la résilience, j’apporte également quelques éléments de biomimétisme (métabolisme) territorial.

Ce fut également une belle occasion de proposer dimanche 25 novembre une activité ouverte à tous : une marche du temps profond de 4,6 km sur les magnifiques rivages de l’île. Nous avons exploré ensemble l’histoire de la terre où chaque pas fait un million d’années, une adaptation par l’Institut des Futurs Souhaitables d’une idée initiale du Schumacher College.

Ou quand la prospective des futurs souhaitables rencontre le passé très profond afin de mieux écouter le bruit de la forêt qui pousse, plutôt que celui des arbres qui tombent…