Air Liquide : Une PME française devenue un empire industriel mondial
Fondée en 1902 par deux jeunes ingénieurs de physique-chimie, George Claude et Paul Delorme , Air Liquide est le leader mondial de production de gaz à destination de l’industrie, la santé et la technologie. Les principaux gaz que l’entreprise vend à ses clients sont l’oxygène, l’azote et l’hydrogène. En 1913, elle s’est introduite à la Bourse de Paris. Aujourd’hui après plus de 100 ans d’existence et d’actionnariat, Air Liquide a réussi à bâtir une forte réputation au niveau international dans son secteur d’activité de prédilection.
Les investisseurs particuliers et les médias financiers considèrent que c’est une valeur à mettre en fond de portefeuille. Dans un premier temps, la méfiance était de mise car à force de vanter excessivement les atouts d’une l’entreprise, cela finirait par mal se passer par la suite. Néanmoins, en faisant mes propres investigations, j’ai vite déchanté car son business model se repose sur quelque chose de tangible et d’authentique dont les clients auront du mal à s’en passer.
Les 3 piliers de la croissance d’Air Liquide

Pour assurer sa croissance sur le long terme, Air Liquide s’appuie sur 3 piliers qui sont :
- La compétitivité qui ne rime pas uniquement avec l’aspect des coûts et des prix. Elle fait en sorte de garantir une qualité de service irréprochable au niveau de la logistique, la sécurité et la maintenance vis-à-vis de ses clients.
- L’investissement qui est concentré dans des projets de croissance. La sélectivité est de mise car cela mobilise beaucoup de capitaux dans le domaine de l’industrie lourde. Par l’intermédiaire de sa filiale de capital investissement ALIAD, Air Liquide prend des participations minoritaires dans des starts-ups technologiques dans le but de bénéficier sur le long terme de leur savoir-faire.
- L’innovation est le pilier stratégique qui obsède sainement le management en intégrant dans l’esprit des salariés cette culture d’entreprendre. Cela prouve que l’entreprise prend conscience que sa place de leader mondial est à ce prix.
De plus, le fait que ses activités nécessitent une intensité capitalistique élevée aboutit à des contrats signés sur de longues périodes vis-à-vis de ses clients. Ce qui permet au groupe de se projeter plus facilement dans de futurs projets.
Fortes barrières d’entrée mais des concurrents d’envergure
Air Liquide a la chance d’évoluer dans un secteur d’activité dont leurs technologies requièrent un savoir-faire qualifié et les normes sont strictes. Ce qui empêche en règle générale les nouveaux entrants de casser le marché. Toutefois, l’entreprise ne vit pas en terre conquise car ses concurrents ne sont pas des débutants au niveau international comme l’Allemand Linde et les Américains Air Products et Praxair. De plus, elle doit faire face à la concurrence régionale en particulier en Asie.
Ce qu’il faut savoir sur l’acquisition d’Airgas
Le 17 novembre 2015, Air Liquide annonce sous condition de la validation des autorités de concurrence, une acquisition stratégique sur le distributeur américain de gaz pour l’industrie et le médical, Airgas pour un montant estimé à 13,4 milliards de dollars dont leurs actionnaires percevront 143 $/action en numéraire. Avec une prime légèrement supérieure à 50 % par rapport à la moyenne du cours de Bourse d’Airgas un mois avant l’annonce, le Français a décidé de taper fort financièrement pour devenir le premier acteur sur le sol américain. Au-delà de l’aspect financier et des économies de coûts, elle acquiert un savoir-faire dans le domaine de la distribution et l’e-commerce.
Auparavant, Air Products a voulu mettre la main de manière hostile sur le distributeur en 2010. Malheureusement, le conseil d’administration d’Airgas a rejeté le deal sous prétexte qu’il est grossièrement sous-valorisé et c’est un manque de respect auprès de leurs actionnaires. Pour ne rien arranger, cela s’est fini par un procès jusqu’à au début de l’année 2011 dont le résultat final sera le même. De plus, le CEO Peter McCausland n’hésitait pas à rappeler au board d’Air Products en plein désarroi à une certaine époque lorsqu’il avait cédé au début des années 2000, ses gaz conditionnés à Airgas et pensait que le géant américain avait l’intention dans le cadre de cette opération de récupérer ses anciens bijoux de famille qui avait retrouvé une bonne rentabilité. Pour les lecteurs qui comprennent en partie l’anglais, voici ci-dessous une interview de Peter McCausland afin de se faire une idée du personnage.
Lors du salon Actionaria 2015, j’ai profité pour poser logiquement des questions sur l’opération dont voici une brève réponse relayée sur mon compte Twitter :
$AI : Le financement de l’achat d’Airgas se fera pour 1/3 en augmentation de capital et 2/3 en obligations. #Actionaria15 #AirLiquide
— Sovanna Sek (@Sovanna_Sek) 20 Novembre 2015
Une bilan financier sous contrôle
La quasi-majorité du chiffre d’affaires au niveau sectoriel se fait grâce à l’activité Gaz et Services. Sur le plan géographique, les pays émergents prennent de plus en plus de poids même si les pays développés occupent encore une part majoritaire. Mais avec l’acquisition d’Airgas, l’Amérique sera la première contributrice au niveau mondial.

Malgré une période hétérogène en termes de croissance économique au niveau mondial, l’entreprise a su conserver une profitabilité opérationnelle acceptable dans un secteur d’activité nécessitant une intensité capitalistique élevée. Concernant la rentabilité sur capitaux propre (ROE) et capitaux employés (ROCE), elles s’effritent légèrement depuis 3 ans à cause de l’augmentation des dépenses d’investissement pour développer ses activités ayant un potentiel de croissance intéressant.

La croissance moyenne du bénéfice par action est d’environ 8 % entre 2006 et 2014. Le plus rassurant sur ce graphique est qu’elle est cohérente. D’une part, le chiffre d’affaires croit de 4,3 % en moyenne sur la même période. D’autre part, les montants de rachats d’action ne sont pas significatifs pour dire que c’est une simple manipulation comptable.

Au regard de l’évolution du ratio dettes / capitaux propres, le management cherche une compromis sur le mode de financement de sa croissance en ne voulant pas mettre en danger la pérennité financière de l’entreprise. Quant à sa solvabilité globale, elle est très acceptable pour une entreprise non financière. L’idéal est d’être dans une fourchette entre 25 et 50 %.
L’acquisition de l’américain Airgas va changer probablement la donne en entrainant à court terme une dégradation de sa structure financière. De plus, la réaction des agences de notation ne s’est pas attendre. D’un coté, Moody’s a anticipé ce probable impact en mettant sous surveillance négative sa dette à cour terme à «Prime-1». De l’autre coté, Standard & Poor’s est plus sévère que son compatriote en n’excluant pas l’hypothèse de dégrader son rating court/long terme de deux crans. Toutefois, ils soulignent que cette opération est positive d’un point de vue stratégique. En fin de compte, s’il y a une dégradation de leur rating alors ce sera d’ordre purement comptable.
La croissance moyenne du dividende sur 30 ans illustre une partie de la performance de long terme du business model d’Air Liquide. De plus, elle se justifie par celle du chiffre d’affaires de 5,6 % sur le même horizon de temps puis récompense sans faire de populisme la fidélité des actionnaires ayant une vision d’entrepreneur comme moi.
Analyse boursière : Une valorisation globalement élevée mais justifiée
Au 23/11/2015 :
PER 12 mois = 24,07 ; PEG = 4,45 ; VE/ EBITDA = 12,34 ; Shiller PER = 27,81 ; Valeur tangible = 15,81 € ; Actif net = 34,41 €
Globalement, l’action se paye chère en termes de valorisation boursière. D’un autre coté, Air Liquide déçoit rarement sur ses résultats financiers. Évidemment, le contrecoup existe mais en se fiant à son historique, elle a su faire face aux deux guerres mondiales, chocs pétroliers et krachs boursiers. Ce qui montre que l’entreprise sait s’adapter en conséquence.
Une visibilité de long terme porteuse
Sa position de leader mondial n’empêche pas l’entreprise de voir grand. De plus, le management a pleinement conscience des opportunités qu’offre la mondialisation. Ce qui me rend optimiste sur le long terme Premièrement, la plupart des entreprises évoluant dans l’industrie lourde ont l’obsession d’être compétitives face à une concurrence accrue. en essayant d’optimiser leurs coûts au niveau de la chaine de production que ce soit en amont ou en aval. Par gain de temps, elles font généralement appel à des sous-traitants. Sur ce point, Air Liquide est très bien placée. Deuxièmement, la santé et l’électronique sont des vecteurs de croissance que l’entreprise n’a pas exploité au maximum de son potentiel avec des thématiques lourdes et indiscutables comme le vieillissement de la population, le service à domicile ou les évolutions rapides des produits high-tech.
Mon humeur personnelle sur la valeur
- Critères sectoriels :

- Critères financiers :

- Critère de relais de croissance :

NB : Les informations, opinions et graphiques sont le reflet de mes convictions et utilisés à vocation pédagogique. La précision des informations apportée n’est pas garantie à 100 %. Tout lecteur doit faire sa propre opinion en faisant des recherches complémentaires afin de déterminer quelles sont les meilleures opportunités d’investissement à son profit. Vous assumez la responsabilité de toute décision prise suite à la lecture de l’article. Investir En Actions (dont le fondateur) se désengage de toute responsabilité sur vos actions et vos décisions.
Originally published at www.investir-en-actions.com on November 24, 2015.