Pourquoi les banques sont loin d’être solvables

Cancres du premier trimestre 2016, les banques ne parviennent pas à retrouver des couleurs sur le plan boursier et pourraient toucher le fond du précipice. Malgré le succès antérieur des stress tests organisés par la BCE et la FED, le risque reste présent contrairement à ce que le camp des mainstreams veut vous croire. Par l’intermédiaire de quelques graphiques et d’un possible cygne noir sur le secteur bancaire, je vais vous démontrer que leur solvabilité est remise en question et il suffit d’une petite étincelle pour que la vérité éclate au grand jour.

Des ratios de solvabilité Bâle 3 en trompe l’œil

La plupart des PDG des grands établissements bancaires qu’elles soient européennes ou américaines, nous disent qu’ils ont fait le travail nécessaire en matière de solvabilité pour se conformer aux normes de Bâle 3. Les ratios à respecter à partir de 2019 sont respectivement :

  • 4,5 % pour le CET1 (Common Equity One)
  • 6 % pour le Tier 1
  • 8 % pour l’ensemble des fonds des propres

Au regard de leurs chiffres publiés sur leur rapport annuel du dernier exercice, elles sont largement en avance. Comme d’habitude, les médias mainstream cherchent à rassurer naïvement leurs lecteurs que tout va pour le meilleur des mondes et les banques centrales répondront présentes en cas de tsunami sur le secteur bancaire.

Néanmoins, cela me semble suspicieux à mes yeux et je dirais même une escroquerie. La vérité est que les banques ont recours à une ingénierie financière, la «pondération des actifs» avec la liberté de faire leurs propres calculs avec des formules complexes dignes de Math Sup — Math Spé. Sans entrer dans des considérations techniques, elles sélectionnent les actifs qui représentent un risque plus ou moins important pour sa solvabilité puis mettent en face des capitaux nécessaires pour s’en prémunir.

Si une banque détient des actifs notés AAA, il y a de fortes chances qu’elle n’en mette pas. Le fait que les banques centrales jouent leur rôle de dernier ressort, ne les incitent pas à faire les efforts nécessaires pour améliorer leur situation en matière de solvabilité et elles rechignent à ne pas faire des augmentations de capital au risque de ne pas attirer des futurs investisseurs qui souhaitent devenir leurs actionnaires.

Comme je l’ai dit sur l’un de mes articles sur les banques, si vous voulez mesurer leur risque d’insolvabilité réelle. Cela passe par un simple calcul élémentaire en divisant leurs capitaux propres par leur total des actifs. Le moins qu’on puisse dire est que les banques européennes sont loin du compte sauf Intesa Sanpaolo. Néanmoins, la banque italienne s’amuse à inclure dans son bilan des réserves techniques dont on ne connaît pas la provenance. Quant aux banques américaines, elles ont l’impression d’avoir retenu les leçons de l’éclatement de la bulle des subprimes immobiliers mais ont un problème de taille avec le rapatriement des pétrodollars qui me semble sous-estimé par les marchés financiers.

L’inquiétante exposition des banques sur les produits dérivés

Malgré que les États et les banques centrales aient apporté leur aide en 2008, leur exposition sur les produits dérivés reste très préoccupante car elle dépasse pour la plupart d’entre elles, le montant du PIB de leur pays respectif. Pour les banques françaises, elle avoisine plus de deux fois le PIB de la France.

Le point commun des banques too big to fail est qu’elles sont très exposées sur le marché de taux. Si une hausse sensible se réalise dans un temps bref, cela risque d’être incontrôlable.

Un risque souverain toujours présent

Depuis le Whatever it takes pour sauver l’euro de Mario Draghi (Président de la BCE), les obligations de la plupart des États de la zone euro ont vu leur taux d’intérêt se dégonfler et leur valeur monter. Cela a permis aux banques d’améliorer leur bilan. Avec une BCE en soutien, la question du risque souverain est soi-disant écartée et la confiance des investisseurs s’est améliorée sur les marchés financiers. Du coup, chaque banque de la zone euro classe leurs obligations d’États qu’elle détient comme des actifs moins risqués ou 100 % sûrs en fonction de leur notation.

Les banques souffrent d’une crise de solvabilité plutôt qu’une crise de liquidité Click To Tweet

Le problème est que Mario Draghi a créé une illusion trompeuse sur la santé du système bancaire et ses promesses commencent à être remises en cause malgré les retours positifs des professionnels de la finance.

Chez nos banques françaises, la vie est belle avec une exposition sans surprise sur les OAT avec un mixte non négligeable de dette italienne et du T-Bond américain. Dans le cas où les taux flambent à cause d’un facteur anxiogène, le gouvernement français paiera son manque de courage. Ce que je veux dire par là, c’est que vous devez vous prendre en main votre patrimoine financier sans reposer sur les certitudes d’antan.

Le rapatriement des pétrodollars, prochain cygne noir ?

Le boom du pétrole de schiste américain commence sérieusement à agacer l’Arabie Saoudite avec une réponse qui ne sait pas faite attendre par le refus de diminuer ses quotas de production. D’une part, les États-Unis volent une partie de leur part de marché dans leur dos et d’autre part, elle considère comme une forme de trahison à l’accord secret passé en 1973 dont toutes les transactions pétrolières se font exclusivement en dollars.

En effet, tout ce qui implique le dollar américain quel que soit le type d’activité passe automatiquement par une banque américaine. A l’image de la Chine, sa monnaie est arrimée au dollar américain. En plus de cette trahison, l’Arabie Saoudite a d’autres chats à fouetter proches de ses frontières et serait tenté de rapatrier ses pétrodollars investis dans les T-Bond et T-Note pour y faire face. Les banques américaines en souffriraient et cela pourrait inciter la FED à faire un nouveau QE pour éviter une nouvelle panique sur le système financier.

Évitez de mettre des valeurs bancaires dans votre portefeuille boursier pour du long terme

Sur le plan boursier, les valeurs bancaires peinent à renouer avec leurs plus-hauts historiques malgré les discours rassurants de leur PDG. Ce serait trop facile de le mettre sur le compte sur la spéculation. En réalité, elles souffrent :

  • Une défiance des investisseurs qui sont de plus en plus avisés
  • Un manque de transparence sur l’état réel de leur santé financière
  • La qualité des actifs qui laisse à désirer
  • La concurrence des fintechs qui attaquent directement leur cœur de métier
  • Une surcapacité dans l’activité de détail qui va aboutir une fermeture progressive des agences bancaires. En effet, les générations futures sans oublier la mienne y vont de moins en moins car Internet a changé la donne.

En plus de ses raisons fondamentales, l’analyse technique sur des unités de temps longues nous dit qu’il est préférable de passer son chemin. En ce qui me concerne, les banques resteront des canards boiteux si elles persistent à rester perchées sur leur modèle d’antan qui les a protégé depuis plusieurs décennies.


Originally published at www.investir-en-actions.com on April 19, 2016.

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