La décision des Etats-Unis de sortir de l’accord de Paris est économiquement mauvaise.

La décision des Etats-Unis va les heurter sur le plan économique.

La banière étoilée flottant au vent d’un air polué.

Ca y est ! Donald Trump fait un pas de plus dans la déconstruction de la présidence Obama et va sortir de l’accord de Paris pour le climat. Je ne suis pas là pour vous dire à quel point cette décision est mauvaise pour la planète, ou à quelle point elle heurte les générations futures ou la perspective d’un développement durable.

Ca le monde économique est au courant et semble n’en avoir rien à faire ! Pour les marchés c’est une bonne nouvelle, et la bourse américaine ne s’est jamais aussi bien portée depuis l’élection de Trump. D’autres arguments sont donc nécessaires pour faire comprendre à quel point cette décision va heurter le pays. Des arguments économiques donc. De nombreux existent mais un en particulier m’a semblé intéressant car peu partagé.

Les Etats-Unis s’enferment doucement mais surement dans une impasse technologique.

Oui, pour l’instant et depuis 2012 les Etats-Unis voient la vie en rose. L’industrie pétrolière du pays est heureuse d’avoir donné l’indépendance énergétique au pays grâce au pétrole de schiste, et encore plus heureuse depuis que le Président Trump agit en faveur de ses intérets. Il y a quelques semaines, le Président permettait la prospection pétrolière au sein de plusieurs parcs nationaux.

Les Etats-Unis souffrent d’une dépendance à l’énergie pétrolière.

En faisant cela, les Etats-Unis rendent leur appareil productif plus que jamais dépendant du carbone. Les derniers chiffres mondiaux des réserves de pétroles indiquent qu’au rythme actuel, il reste 50 années d’exploitation du pétrole à ce rythme. Hors la demande augmente de manière linéaire depuis 2010.

La théorie du pic oil ou du pic pétrolier a certes été repoussée plusieurs fois depuis les années 50 mais même avec les ressources non conventionnelles, la ressources pétrolière reste une énergie fossile qui doit un jour arriver à son terme.

Si l’épuisement des ressources ne met pas un terme à l’exploitation des ressources, le réchauffement climatique et la pollution en aura probablement raison. Mais ce qui importe ici ce n’est pas de savoir quand arrivera la fin de l’usage du pétrole. Ce qui est intéressant c’est que les Etats-Unis s’enfoncent dans une dépendance à une énergie. Cette dépendance au sentier est plus connue comme théorie de la path dependence en anglais.

Cette dépendence au sentier a de grosses implications en termes d’innovations.

C’est au niveau de l’innovation que cette dépendence pourrait causer les plus gros problèmes. A en suivre les travaux de Philippe Aghion et tout particulièrement son cours sur les politiques et insituttions de l’innovation donné au Collège de France entre 2016 et 2017, la dépendence au sentier en terme d’innovation va avoir un important impact futur sur l’économie américaine.

Les brevets déposés par les entreprises ont plus de chance de reposer sur l’énergie carbonnée s’ils sont déposés dans un pays fortement dépendant du pétrole, s’ils émanent de chercheurs formés par des universités au sein de pays dépendants du pétrole et si ces chercheurs eux-mêmes sont originaires de pays dépendants.

Or les Etats-Unis cumulent les trois critères. Par conséquent, si son économie devait opérer un changement vers de nouvelles énergie, le préalable serait de renverser la dépendence au sentier en terme d’innovation et de dépôt de brevet. Lorsque le dépôt de brevets “verts” dépassera le dépôt de brevets “carbonnés”, il sera alors possible de réorienter l’économie vers de nouvelles énergies.

En orientant toujours plus de financement vers l’énergie pétrolière, même alternative, les Etats-Unis rendent de plus en plus compliquée la transition vers une économie reposant sur une source d’énergie différente.

Les pays d’Europe peuvent tenir l’opportunité de devenir la prochaine puissance économique mondiale.

Les pays de l’Union Européenne ne dépendent pas autant que les Etats-Unis ou la Chine à l’énergie pétrolière. La dépendence au pétrole est pourtant réelle, mais le biais des chercheurs et des entreprises dans la production de brevets est moins importante que les autres pays.

L’entêtement des Etats-Unis à ne prioriser que le pétrole est une opportunité pour nos économies moins carbonnées. L’idée serait d’inverser la dépendance au sentier pour que nos économies se réorientent vers d’autres sources d’énergies. Pour ce faire, il suffirait que plus de brevets “verts” soient déposés. Des incitations sont donc nécessaires pour que l’innovation verte devienne plus intéressante que l’innovation carbonnée. Pour ce faire deux solutions :

Créer des débouchés pour les innovations vertes

C’est tout l’objet de l’accord de Paris et des négociations climatiques menées dans le cadre des Nations Unies. Le développement durable des pays en développement pourrait bien profiter aux pays développés. En effet, pour s’assurer que le développement actuel des pays du “Sud” n’accroissent pas encore la pollution, il a été convenu que des aides internationales seraient mises en place par le biais du Fonds vert pour le climat.

Cette banque basée à Séoul est censée recevoir 100 milliards de dollars pour financer la croissance des pays en développement et l’orienter vers une croissance qui soit durable. Cette banque n’est aujourd’hui financée qu’à moitié et pourtant les pays développés ont tout intérêt à ce qu’elle soit financée à hauteur de 100 milliards. Cet argent constituera une demande directe pour les énergies vertes innovantes conçues par les pays développés. Il ne faut donc pas la voir comme une aide au développement mais comme une aide à la transition de notre propre économie et à notre innovation verte.

Créer des incitations à inverser l’innovation pour que le sentier d’innovation emprunté soit vert.

Pour que des débouchés se développent également dans les économies développées, c’est aussi sur l’innovation que tout repose. La création d’une taxe environnementale sur la consommation de produits prétroliers n’aurait alors pas pour objet de modifier le comportement des consommateurs mais celui des entreprises qui innovent.

Nul besoin de maintenir la taxe pour changer le comportement des consommateurs mais seulement pour que le sentier d’innovation soit modifié. Ainsi dans les économies européennes, en cinq années, le stock de brevets “verts” des entreprises dépasserait le stock de brevets “carbonnés” et le sentier changerait durablement de direction. Plus besoin après d’incitations supplémentaires pour que l’économie n’amorce durablement sa transition énergétique. La taxe pourrait alors être levée ou connaissant le problème d’endettement de l’Etat son produit serait surement réaffecté à d’autres dépenses.

Les Etats-Unis, comme la Chine devront fournir un effort d’incitation bien plus fort pour opérer ce virage économique et cela malgrès le fait qu’en pourcentage de PIB, les Etats-Unis investissent bien plus en recherche et développement que les européens. Du fait de ce handicap par la dépendance au carbone des Etats-Unis, même avec un investissement global bien inférieur, l’Union Européenne serait capable d’acquérir une une position économique dominante.

Après le sommet du G7 à Taormina en Italie, Angela Merkel a appelé l’Europe à prendre en main son propre destin :

“The times in which we could rely fully on others — they are somewhat over” — Angela Merkel

Ce serait là l’occasion pour l’Union Européenne de prendre en main son destin. A cette fin, il est primordial que la France rattrappe le différentiel d’investissement qui se creuse avec l’Allemagne depuis 2008. Là où l’Allemagne a augmenté ses investissements de 20%, la France les a réduit de 20%. Par conséquent, pour la puissance européenne puisse être équilibrée, les 4ème et les 5ème puissances mondiales doivent pouvoir agir d’égal à égal en pleine coopération avec leurs 25 autres partenaires. Alors et alors seulement, sera-t-il possible pour l’Union Européenne de profiter des mauvais choix économiques des Etats-Unis pour accroître sa puissance.


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