Mon portrait barbare

En transit entre Paris et Saigon, à 5 heures du matin, quel meilleur endroit et timing pour faire un peu d’introspection ?

Ça donne une belle introduction à ce portrait en tout cas… Un citoyen du monde né dans les Vosges, animé par l’envie de ne pas faire comme tout le monde. L’envie de remettre en cause tout ce qui peut sembler imposé par des codes, des cultures, et par un — attention au mot galvaudé — “système”. Alors d’où ça vient tout ça ? Et puis surtout, ça va où ?


Une école d’ingé et puis s’en va

La remise en cause avait plutôt mal commencé. Bac S, prépa, école d’ingé, il y a plus chamarré comme parcours. Et puis là, en 2006, tout frais sorti de trois ans de formation d’autoproclamée élite de la nation, une rencontre : Duc Ha Duong. “Ça te dit de venir au Vietnam ?”. Ben oui, c’est évident, la réponse est dans la question non ? Aujourd’hui encore quand je raconte cette histoire, la décision n’en paraît toujours pas une. Tout comme l’idée saugrenue d’y passer les 9 années suivantes de ma vie d’ailleurs.

Les voyages forment la jeunesse

Alors voilà, pour penser en dehors de la boîte, il fallait déjà un moyen d’en sortir, de la boîte. Tous les “expats” vous le diront, rien de tel que de regarder la France de loin pour voir ce qui cloche. Et puis, passer ce temps à observer en vivant dans le pays le plus optimiste du monde, ça doit aider aussi. Au début ça s’arrête à des clichés. Oui, on est quand même des sacrés râleurs. Et au fur et à mesure, on affine un peu le jugement. Cette tendance à légiférer, l’instantanéisation de l’information qui transforme notre classe politique en “attention whore”, la presse qui… enfin bref, la presse. Là on se dit qu’on est mal barrés. Et plus on observe, plus on voit que ce qu’il nous manque ne va malheureusement pas venir via des réformes. Ok, il y a du chômage, de l’inquiétude, 0% de croissance, “c’est la crise quoi”. Bon, et le remède alors ? L’attitude. Cette attitude que je retrouve au Vietnam tous les jours, et qui nous fait terriblement défaut… Entreprendre, se débrouiller, connecter.

J’ai beau vouloir me définir comme citoyen du monde, l’expatriation m’a curieusement donné un côté patriotique. Comme si… on se sentait plus Français à l’étranger qu’en France. Probablement un moyen de conserver une part de son identité. Voilà le premier axe qui me définit. Une tranche de Vietnam, de Japon et d’Asie certainement. Citoyen du monde peut-être. Mais malgré tout Français, avec cette fameuse question de Benny B (reprise par Yanaï) qui me trotte dans la tête : Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Comment apporter l’attitude qu’il nous manque ?

Hey, I just met you

Metro, boulot, dodo, vous connaissez la routine. C’était ça, mes premiers “business trips” en France. Pas beaucoup de sorties, des soirées avec les amis proches qu’on voit une fois tous les six mois, et de longs moments au chaud avec une pizza livrée. Le stéréotype de l’introverti, en somme. Et un beau matin, probablement grâce à Facebook, j’ai commencé à recontacter des anciennes connaissances. Une heure autour d’un café c’est pas la mort, si ?

Avoir fait une école d’ingénieur, c’est être entouré de gens représentant un certain système éducatif et sociétal, évoluant dans un modèle d’entreprise la plupart du temps dépassé. Via ces rencontres, je commence à réaliser que m’être échappé à 23 ans était peut-être la meilleure chose qui aurait pu m’arriver. Je comprends aussi comment beaucoup de nos entreprises sont des machines à broyer du noir, un mélange (pas très) subtile entre de l’infantilisation, du contrôle, et l’espoir d’une augmentation ou d’une promotion. Naissent certaines questions : Comment réconcilier vie professionnelle et vie privée ? A quoi ça sert, un manager ? C’est quoi ce modèle d’organisation vieux de 100 ans, et que certains défendent bec et ongles ? Ce constat est d’autant plus fort qu’au fil des rencontres, j’ai aussi la chance d’échanger avec des “évadés”. Et ils ont l’air heureux, ces évadés.

Des lectures qui changent la donne

La bonne nouvelle c’est aussi qu’en parallèle, je recommence à lire. D’abord des classiques du management, qui posent certaines bases. Puis des auteurs qui proposent des vraies alternatives. Education, sociologie, entreprenariat, économie de la connexion. Les liens se créent dans ma tête. Non, ce modèle n’est pas une fatalité. Oui, il est présent en entreprise, mais prend aussi racine à la base de notre éducation. Un livre qui me définit : Rework. Ou comment casser les codes. Peut-être un côté rebelle, ou simplement l’envie de remettre en question tout ce qui peut paraître standard, acquis, “normal”. Un livre qui ne me convient pas : How to Make Friends and Influence People. Pas un mélange très détonnant en somme. Concrètement, ça revient à vouloir casser les codes sans avoir deux sous d’empathie. Bon courage…

La lecture m’amène aussi à l’écriture, le partage d’expérience. Pas un gros blogueur, un lizard brain encore un peu actif qui me dit de faire les choses parfaitement. Mais j’y travaille, d’où ce blog post. L’empathie aussi ça se travaille, il paraît. Ça risque d’être compliqué quand même, c’est un plaisir d’être “rentre-dedans”.

Mon barbarisme

J’ai un pied dans chaque modèle. Elevé à la sauce élitiste, j’ai eu la chance extrême de pouvoir prendre recul à un moment pivot de la vie. Ce moment où normalement tout s’enchaîne, entre apartement, job d’analyste junior et mariage. J’ai beau retourner la question dans tous les sens, metro boulot dodo, cela ne peut être un choix de vie. On me pose souvent la question : Est-ce que se libérer, c’est un idéal de vie pour tout le monde ? C’est effrayant comme question. Se dire que les codes et les modes de vie nous sont imposés comme une évidence, sans questionnement, à tel point qu’ils s’immiscent et deviennent des “choix de vie” qui n’en sont pas. Pire, qu’ils se nourrissent d’eux-mêmes. Scary.

Mon barbarisme ? Encourager chaque personne que je rencontre à vivre des expériences qui pourraient être libératrices, à ce qu’on appelle vulgairement “prendre des risques”. A se réconcilier avec la vie professionnelle, en la considérant simplement comme… la vie. Poser les questions qui fâchent, provoquer peut-être un peu. Bon, mais avant tout, il va aussi falloir apprendre à convaincre. J’y retourne !

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My barbarian biography

Between Paris and Saigon at 5 a.m., what better place and time for a little bit of introspection?

Nice introduction for this biography at least… A citizen of the world born in Epinal, animated by the will not to follow the beaten path. The will to put in question everything that seems to be imposed by norms, cultures, and by — watch out for the cliché word—a “system”. So where does it all come from? And more important, where will it bring me?

An engineering school and off we go

The questionning got off rather on the wrong foot. Scientific Baccalauréat, prep school, engineering school, there are more colorful ways to start. And suddenly in 2006, freshly graduated after three years of a self-proclaimed “nation’s elite” curriculum, I met someone: Duc Ha Duong. “How about coming to Vietnam?”. Well yeah of course, the answer lies within the question itself, right? Until today, when I tell this story, I still feel that what seemed like a decision wasn’t actually one. Same goes for the crazy idea to spend the next 9 years of my life there, by the way.

Travel broadens the mind

So basically, to think out of the box, I first needed a way to get out of that box. Every single expat will tell you this, nothing better than watching France from far away to understand what’s wrong about it. Spending all this time to observe France while living in the most optimistic country in the world might also help. First you just stumble upon clichés. True, we French people are grouchy. But little by little, you sharpen a bit your judgement. This tendency to legislate, instantanoeus newsflashes turning our politicians into “attention whores”, the press which… well, the press. At this point you start thinking that France is going nowhere. And the more you look at it, the more you figure out that what is missing won’t come through reforms. Ok, unemployment, worried people, flat growth… “c’est la crise”. So what’s the solution? Attitude. The same attitude that I can feel every day in Vietnam and that we’re terribly lacking… Entrepreneur-ing, making do, connecting.

Though I would like to define myself as a citizen of the world, being an exptriate oddly gave me a patriotic side. As if you would feel more “French” living abroad than in France. Probably a way to maintain your cultural identity. This is a first theme that defines me. Surely a bit of Vietnam, Japan and Asia. Citizen of the world, maybe. But nevertheless, French at heart, and with this famous question from Benny B going through my mind: “Qu’est-ce qu’on fait maintenant?” (Basically, “what do we do now?”, sorry for the cultural reference!). How to bring back this attitude to France?

Hey I just met you

Always the same routine: eat, work, sleep. That is how my first business trips to France looked like. Not much partying, hanging out with close friends that you meet once every 6 months, and long evenings at home with delivered pizza. In short, the stereotype of an introvert. And on a given morning, probably thanks to Facebook, I started getting back in touch with old acquaintances. One hour spent around a cup of coffee, not too bad is it?

Graduating from an engineering school basically means being surrounded by people representing a very specific educational and social system, making their way through old-fashioned corporate ladders. At this point I started to realize that escaping at 23 years old was probably the best thing that could have ever happened to me. I also figured out that most of our companies were splendid machinery feeding themselves off negative thinking, a not-so-subtle mix of infantilization, control, and the hope of a pay raise or a promotion. Questions popped again through my mind: How to reconcile private and professional life? What’s the point of having a manager? What is this 100 years old organizational model that some people are defending tooth and nail? This realization became even stronger when I started meeting “escapees”. And they looked happy, these escapees.

Reading my way through all this

The good news is that I start reading again. First of all some classics, laying the foundations of management. Then, authors who are proposing real alternatives. Education, sociology, entrepreneurship, connected economy. I started ordering ideas in my mind. This model is not our fate. True, we find it in the corporate world, but it takes its roots in our educational system. A book that defines me: Rework. Or how to break with traditional codes. Probably the rebel side of me, or simply the willingness to put in question everything that may seem standard, established, “normal”. A book that doesn’t define me: How to Make Friends and Influence People. Everything lies within the title. Concretely, it means trying to break traditional codes without showing any empathy. Good luck…

Reading also leads me to writing and experience sharing. Not a high profile blogger, a lizard brain still active telling me to do things perfectly. But I am working on it, hence this blog post. You can also work on your empathy level, they say. It might not be that easy though, still enjoyable to be a “bully” sometimes.

My barbarism

I keep a foot in both camps. Raised within the “elite”, I had the chance to take one step back at a pivotal moment in life. That moment when life usually goes fast forward, between apartment, junior analyst job and marriage. Whichever way I look at it, eat-work-sleep can’t be a life vocation. People often ask me: Is freedom and self-management really a life vocation to wish for everyone? That’s a scary question. Thinking that codes and lifestyles are imposed on us as if they were no-brainers, without even questioning them, to the point where they become actual “life choices” — or rather non-choices. A vicious circle. Feeding off itself. Scary.

My barbarism? Encouraging each person I meet to live life-changing experiences, what we casually call “taking risks”. To reconcile themselves with professional life, by simply considering it as… life. Asking heretical questions, push people to their limits. Anyway, first things first, I’ll have to learn how to convince. Here we go!