Trouver son Element

“Finding Your Element” est le deuxième volet du best-seller “The Element” par Ken Robinson. Il doit probablement sa naissance au succès du premier livre, et à la question légitime que beaucoup de lecteurs ont dû se poser: C’est bien gentil tout ça, mais comment je trouve ma vocation ?

En ce sens, je dois avouer avoir été un peu déçu par la méthodologie de recherche du fameux “Element” proposée par Ken Robinson, d’autant qu’elle ne colle pas nécessairement aux nombreux exemples qu’il propose. Evidemment, il aurait été un peu facile de dire “Débrouillez-vous, il faut faire des rencontres, se confronter au monde et se mettre en danger”. Mais je trouve tout de même risqué de mettre face a lui-même un lecteur a priori en phase de recherche et de remise en question. Les exercices proposés se mordent un peu la queue, et se contentent finalement de poser les questions déjà sur la table (Qu’est-ce que je sais faire ? Qu’est-ce que j’aime ?) d’une manière pas nécessairement plus abordable.

Fin de la critique. Comment on avance ? Trois clés sont pour moi capitales à la découverte de soi : un environnement propice, un besoin d’introspection, et la plus importante, le mentoring.

Environnement

Via les nombreux exemples pour la plupart fascinants qu’il partage, Ken Robinson fait passer un message : la remise en cause, c’est possible. Les histoires font moins références à des personnalités connues, et rendent un peu plus accessible le rêve de changer. Enfin, le point commun marquant de presque toutes ces expériences nous donne une piste de parcours individuel. La plupart de ces personnes ont en effet accepté à un moment ou un autre de se mettre en danger, et de changer d’environnement. Pourtant, Ken Robinson fait passer ce changement d’environnement pour un fait presque anodin.

Chaque année, je me donne des bonnes résolutions. Que ce soit la gym, la lecture ou autre, je ne sais pas pour vous, mais moi j’y arrive pas. Et je crois qu’une raison principale est liée à l’environnement : après une période d’euphorie, la routine revient et les bonnes résolutions s’envolent. En parallèle, tout changement d’environnement mineur ou majeur que j’ai vécu a encouragé des découvertes.

L’exemple de cette famille qui part en voyage autour du monde, change d’environnement pour finalement atterrir dans une ville perdue des Etats-Unis est extrêmement probant : Un risque est pris, ils quittent tout ce qu’ils connaissent pour partir à la découverte d’eux-même. C’est là que la deuxième phase intervient. Changer d’environnement oui, mais en restant à l’écoute de soi.

Besoin d’action

Si Ken Robinson insiste bien sur un point, c’est celui-là : Il encourage ses lecteurs à se poser les bonnes questions. Mais les gens visés par ce livre ont finalement déjà commencé à se les poser, ces questions. La remise en cause et l’introspection sont acquises, et ils sont probablement à la recherche de l’étape suivante, qui va leur permettre de passer à l’action.

No, that’s not what we call being in the Flow

Par où commencer ? Robinson identifie bien le fait que la recherche de l’Element est un travail permanent, mais pas nécesairement devant une feuille de papier : Il s’agit à mon avis d’un process “actif” d’identification des moments de grâce, où l’on se sent bien. J’ai d’ailleurs été surpris de ne trouver aucune référence (pour une fois !) au fameux Flow de Csikszentmihalyi. L’idée ? Garder en permanence une porte ouverte à l’introspection, en notant a posteriori tous ces moments où l’on ne voit pas le temps passer (attention, Candy Crush ne compte pas). Je ne suis pas croyant, et pourtant je trouve le moment de la prière du soir absolument fabuleux d’un point de vue développement personnel. Qu’ai-je fait aujourd’hui qui m’a rendu heureux ? Malheureux ? On est alors face à des choses réellement accomplie, qui certes demandent de l’introspection, mais pas nécessairement une recherche dans les souvenirs profonds qui peuvent refléter une image de ce qu’on pense être ou aimer.

Cette méthode est plutôt efficace pour la fameuse partie “Ce que j’aime” de la recherche de son élément. C’est d’ailleurs la question la plus facile des deux à laquelle répondre assis seul à son bureau, puisqu’elle n’est finalement qu’une recherche purement personnelle. Quid de la deuxième question : Dans quels domaines suis-je doué ? On peut facilement imaginer qu’une personne en recherche de soi ait un amour propre suffisamment bas pour répondre “pas grand chose”… Je suis convaincu que cette deuxième question nécessite des interactions, des feedbacks, et du mentoring.

Mentoring

“Tu es plutôt doué pour ça”.

Combien de fois avez-vous entendu cette phrase à propos d’une qualité dont vous ne soupçonniez pas l’existence ? Ken Robinson le dit bien, nous sommes souvent très critiques par rapport à nos qualités ou nos défauts. Pire encore, entre ce pour quoi on souhaite être doué, et ce pour quoi on l’est vraiment, la différence est parfois étonnante. Pourtant, Sir Robinson n’évoque que très peu ce besoin d’interaction, et surtout de boucle de feedback, avec l’extérieur. Là encore, un exemple issu du premier tome est flagrant : cette jeune fille diagnostiquée avec des troubles de l’attention, deviendra une danseuse renommée après que sa qualité a été découverte par un médecin zélé (vive le story-telling).

Je suggère ici la même méthodologie que le bilan a posteriori. Chaque fois que vous recevez un feedback, positif ou négatif, sortez votre Evernote. Curieusement, cette démarche n’est pas naturelle, car nous recherchons plus souvent dans notre entourage une validation qu’une remise en question. Nous voulons projeter une certaine image, et sommes satisfaits quand cette image nous revient sans déformation. Je crois cependant qu’une excellente découverte de soi réside dans ces compliments qu’on n’attend pas.

Notez aussi la personne qui vous fait ce compliment ou cette critique proactivement. Il se peut qu’elle devienne votre mentor. D’une part parce qu’elle est suffisamment à l’aise pour vous donner du feedback sans compromis, d’autre part car elle vous fait (et fera) découvrir des facettes de votre personnalité que vous ignoriez.

Et en entreprise ?

Pourquoi ce sujet “philosophique” m’intéresse ?

Tout d’abord, parce que la recherche de l’élément est à mon avis une idée fondatrice de l’entreprise libérée. “Aider chaque personne à s’accomplir, que ce soit à l’intérieur ou en dehors de notre organisation” est une motivation quotidienne.

D’autre part, car j’ai récemment compris le rôle capital que jouent les mentors dans cette organisation. Ouvrir l’horizon des possibles, c’est permettre à chaque membre de l’entreprise de se découvrir. Sans cadre minimum, c’est aussi prendre le risque de perdre une partie de ces gens, voire d’instaurer du doute. Découle la nécessité d’absorber les feedbacks de ses collègues, et de trouver des mentors.

L’entreprise “classique” a ça de bon qu’elle n’encourage que très peu à la remise en cause. La carrière est tracée, les étapes sont claires, le salaire suit. Les mentors eux-mêmes sont biaisés par une vision hiérarchique et “intéressée” du développement personnel. Mais quand il sonne, le réveil peut être douloureux.