L’Occident n’a pas vu venir son effondrement

Des démocraties autrefois solides semblent fragilisées. A quel moment nous sommes-nous plantés?

Il était une fois –dans les années 1990– un grand nombre de personnes intelligentes et sérieuses considérait que l’ordre politique libéral était l’ordre du futur et ne pouvait qu’inévitablement se répandre sur toute la surface du globe.

Les États-Unis et leurs alliés démocrates avaient vaincu le fascisme puis le communisme, et nous arrivions, disait-on, à «la fin de l’histoire». L’Union européenne apparaissait comme une expérience audacieuse de souveraineté partagée qui avait fait disparaître la guerre de la majorité de l’Europe. A dire vrai, de nombreux Européens pensaient que sa combinaison unique d’institutions démocratiques, de marchés intégrés, de respect de la loi et de frontières ouvertes faisait de l’Europe un pendant «civil» égal sinon supérieur au «hard power» des États-Unis. De son côté, les États-Unis s’appliquaient à «élargir la sphère de la démocratie», à se débarrasser des méchants autocrates, à renforcer la «paix démocratique» et à permettre ainsi l’émergence d’un ordre mondial pacifique et durable.