Startups : le guide ultime des fonds d’investissements français

On aurait davantage attendu cette initiative de la part de la French Tech, dont la mission est justement de fédérer les startups françaises et de leur donner toutes les clés pour briller, en France et à l’international. Elle vient finalement d’un fonds privé parisien, Serena Capital, spécialisé dans l’investissement à partir du deuxième tour de table (ou Série B). L’entreprise met à disposition sur son blog une liste, ouverte et participative, de l’ensemble des acteurs de l’investissement en France.

“Tous les fonds ne correspondent pas à tous les entrepreneurs”

Même s’il existe déjà des initiatives éparses de recensement de l’écosystème des fonds français, à l’image de l’annuaire créé par la banque d’affaires Avolta Partners, celui de Serena Capital, que La Tribune révèle en exclusivité, se conçoit comme un outil pratique et remis à jour en permanence. “Nous voulons faciliter le “match” entre les entrepreneurs et leurs futurs investisseurs”, explique Marie Brayer, directrice d’investissement chez Serena Capital.

Lancer un tour de table n’est jamais facile. Tous les fonds ne correspondent pas à tous les entrepreneurs, loin de là. Il faut faire le bon choix, se comprendre et partager une vision et des valeurs pour que le partenariat fonctionne”, ajoute Marc Fournier, le cofondateur de Serena Capital, que La Tribune avait interrogé en juin dernier.

Qui investit dans tel type de startup ? Qui est spécialisé dans l’amorçage, qui dans la Série B, qui dans les gros tickets des derniers tours ? Qui est mieux adapté lors qu’il faut s’étendre à l’international, ou pour préparer une entrée en Bourse ? Comment choisir son investisseur principal ?

Autant de questions, cruciales pour les entrepreneurs, auxquelles cette liste tente de répondre. “Nous avons contacté tous les fonds pour vérifier chaque information avec eux”, précise Marie Brayer. Ceux qui auraient été oubliés sont invités à s’ajouter. A une condition : qu’il s’agisse de fonds spécialisés dans la high tech. Les biotech et les medtech, qui disposent de mécanismes de financement spécifiques, ne sont pas -encore ?- intégrées dans ce grand recensement. “Pour l’instant on se concentre sur un outil destiné à l’immense majorité des startups”, précise la co-auteur, qui a réalisé la liste avec la chargée d’affaire Léa Verdillon.

Quel est l’intérêt de Serena Capital dans cette initiative?

Il ne s’agit pas de nous mettre en avant car nous sommes un fonds très spécifique, très actif au quotidien, nous ne ciblons qu’un type très précis de startups. Mais la philosophie entrepreneuriale, c’est d’aider l’ensemble de l’écosystème. Si nous pouvons lui donner davantage de visibilité et de clarté, à la fois pour les entrepreneurs français mais aussi pour ceux qui, en Europe, ont tendance à se tourner mécaniquement vers Londres, alors tout le monde y gagne”, indique Marie Brayer.

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Une centaine de fonds répartis en six grandes familles

Au total, une centaine de fonds d’investissements ont été recensés et divisés en six grandes familles, présentées ci-dessous. Dans chaque catégorie, le tableau indique d’abord le logo de l’investisseur, puis le type de fonds (privé, public, corporate…), puis à quel stade de la vie de la startup il intervient (amorçage, Série A, B, C ou growth). Enfin, il donne aussi des exemples d’investissements (Leetchi et Withings pour 360 Capital Parners, Easyvoyage et Parrot pour Seventure…).

En fonction de l’origine de leurs fonds et de leurs spécialisations, les acteurs du financement n’ont pas tous les mêmes objectifs. Ceux qui sont décrits comme performance driven sont des fonds qui attendent un gros retour sur investissement, de minimum 10% par an. Ces fonds investissent donc dans des startups très prometteuses, sont davantage enclins au risque et misent sur des entrepreneurs très ambitieux. Ils espèrent récupérer au moins cinq fois leur mise. C’est le cas de Aurinvest (Priceminister), Isai (Blablacar), Serena Capital (La Fourchette) ou Ventech (Withings).

Les fonds orientés “tax incentives” sont ceux qui sont financés par des investisseurs privés dont la motivation première est de bénéficier de réductions fiscales grâce à leurs investissements. Par conséquent, ils sont un peu moins exigeants sur le retour sur investissement (2–3 fois leur mise) et évitent les business model les plus risqués. C’est le cas de Alto Invest (Digischool) ou encore Siparex (ConnecThings).

Les Fonds nationaux d’amorçage (FNA), créés par l’Etat pour développer le financement en amorçage, correspondent particulièrement aux jeunes startups qui dégagent un faible chiffre d’affaires. Le terme Public désigne les fonds créés et supervisés par une organisation publique (essentiellement Bpifrance, ainsi que quelques fonds régionaux). Généralement, ils pratiquent le co-investissement en doublant le montant de la levée. Enfin, les corporate ventures sont les fonds de capital-risque associés à des grandes entreprises, à l’image de Global Founders Capital, dont deux des trois fondateurs sont issus du groupe allemand Rocket Internet, ou encore Orange Digital Ventures et Axa Strategic Ventures. Le tableau ne prend toutefois pas en compte certaines structures comme SNCF Digital Ventures, Safran Ventures ou encore IrisNext, qui implique Orange, Publicis et Siemens.

Cinq stades d’investissement, de l’amorçage au pré-IPO

Les “stades d’investissements”, définis selon la manière dont ils sont appréhendés en France, sont les suivants :

Seed ou amorçage. Typiquement le premier “round” d’investissement externe de la startup, celui qui lui permet de véritablement se lancer. Avant, les fonds n’investissaient pas en amorçage, mais la plupart s’y mettent depuis quelques années. A ce stade, l’entreprise a développé une première version de son produit et dispose d’une petite base de clients/utilisateurs, parfois en version beta. En France, les tickets sont compris généralement entre 300.000 euros et 1 million d’euros. L’argent sert souvent à terminer le produit et effectuer les premiers recrutements.

Séries A, B, C. Lorsque l’entreprise commence à grandir et se taille une place au sein de son marché, elle doit lever des fonds pour étendre sa base de clients/consommateurs et devenir un leader. La Série A désigne en France les tours de table compris entre 1 et 5 millions d’euros. L’argent est utilisé pour la croissance et la structuration de l’entreprise, y compris à l’international. Les Séries B, C et au-delà désignent les tours de table suivants. En France, les montants se situent généralement entre 5 et 50 millions d’euros, bien qu’il semble ne pas y avoir de limite (Deezer a levé 100 millions d’euros en janvier dernier). A ce point, la startup est déjà devenue un leader ou l’un des plus gros acteurs de son marché et doit accélérer, notamment pour se développer à l’international ou acquérir des compétiteurs.

Growth. Selon Serena Capital, qui se base sur la perception la plus commune de ce stade parmi les VC français, growth désigne le ou les tours de table qui correspondent au moment où la startup devient une SME (small medium enterprise, ou PME). Cela signifie que son objectif principal n’est plus la croissance à tout prix mais la profitabilité, avec pour objectif final l’entrée en Bourse ou le rachat.

25 “vanilla VC”, les fonds généralistes

La première catégorie, dite “Vanilla VC” ou investisseurs classiques, se compose de 25 fonds généralistes, c’est-à-dire des VC qui investissent dans de nombreux secteurs de la high tech et à plusieurs stades de la vie de la startup. On y trouve les fonds français les plus connus, comme Partech Ventures (Sigfox, Teads), Bpifrance, Alven Capital (Captain Train, Drivy), Iris Capital (Netatmo, iAdvize), ou encore Isai, le fonds du “papa” des Pigeons, Jean-David Chamboredon.

| A lire. Startups : « L’idée géniale que personne n’a eu avant, c’est des conneries de marketing » (Marc Fournier, Serena Capital)

Une dizaine de fonds généralistes spécialisés dans l’amorçage

Ces onze fonds généralistes investissent dans des pépites prometteuses à peine sorties du nid, uniquement en amorçage, ou dans des très petites Séries A.

La liste se concentrant sur les fonds d’investissements, elle ne recense pas les business angels, trop nombreux, et n’explique pas non plus comment trouver des financements pour créer une startup ou lever des fonds via des prêts, des subventions, des appels à projets ou encore par le love money et par le financement participatif (crowdfunding). Pour en savoir plus sur ce type de démarches, la marketplace de conseil business 1001 startups a dévoilé l’an dernier un livre blanc, consultable ici.

Une quinzaine de fonds de private equity

La troisième catégorie est celle des fonds de private equity (ou capital-investissement), qui sont souvent des branches spécialisées de certaines banques d’affaires:

Cinq fonds orientés “hard tech”

Si votre startup a développé de fortes barrières à l’entrée, ou si sa technologie nécessite une très longue R&D, ces fonds spécialisés, dont la plupart disposent aussi d’une équipe chargée d’investir dans des biotech et des medtech, sont à consulter :

Une vingtaine de fonds régionaux, 13 fonds européens dans les premiers tours

Si l’écosystème des fonds d’investissement hexagonal est avant tout parisien, les startups éparpillées dans toute la France peuvent aussi trouver des structures en région. Serena Capital en a recensé près d’une vingtaine:

Enfin, il n’y pas que des fonds français qui investissent en France. Si la liste n’intègre pas les fonds américains ou asiatiques, elle recense en revanche les fonds européens disposés à investir dans les premiers tours de table, et pas uniquement en pré-entrée en Bourse. Utile pour les startups dont le modèle économique nécessite une internationalisation rapide:


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