Bonjour. Je m’appelle Tristan, je suis fainéant. Histoire d’un entrepreneur — Épisode 1

2002. Je suis à Carcassonne, dans le bureau de notre nouvelle maison, assis devant le Minitel. Mes deux meilleurs amis sont avec moi quand je me connecte sur le 3615 afin de découvrir mes notes du bac de français. Le résultat est sans appel : 5/20 à l’écrit, 9/20 à l’oral.

Maman ? Je vais demander à redoubler hein…

Depuis plus de 15 ans, j’arrivais à passer entre les mailles du filet sans travailler. Cette année 2002 aura sonné la fin de ma stratégie : j’ai redoublé.

Reconstitution de la scène 13 ans plus tôt.

Si vous êtes tombé là par hasard, je vous invite à démarrer par l’épisode zéro. Avant de vous dévoiler les entrailles de la création d’entreprise dans les prochains articles, il me semble important que vous sachiez d’où je viens. Dans cet article je vais m’efforcer de faire rentrer 30 ans de ma vie en moins de 1000 mots.


Ça commençait plutôt bien pourtant.

Fils d’une institutrice et d’un éducateur spécialisé, j’ai passé de nombreuses années dans le premier quart des élèves de ma classe. Tout me semblait facile, jusqu’au lycée où j’ai progressivement découvert qu’avoir de bonnes notes sans travailler n’était pas si simple. La suite ressemble à une grande imposture.

Suite à mon redoublement, j’ai persisté dans la voie scientifique et j’ai fini par arracher un BAC S malgré un 3/20 en mathématiques… Comme j’aimais bien les jeux vidéo, je me suis dit que j’allais faire un IUT informatique. La triste découverte, c’est qu’être bon à Counter Strike ne m’aiderait pas à avoir de bonnes notes en développement C++. Assez rapidement, je me suis retrouvé dans le dernier quart de ma promo. J’ai arraché ma première année de peu grâce aux cours d’économie, d’anglais ou de gestion de projet. La deuxième année par contre c’était certain : sauf un miracle, je ne l’aurais pas.

Voilà voilà.

En fin de deuxième année d’IUT informatique, un stage de deux mois en entreprise est obligatoire. Lorsqu’une de nos professeurs a demandé qui était intéressé par l’international, je me souviens avoir été surpris de voir si peu de mains levées. Pour moi, c’était l’occasion incroyable :

  1. De perfectionner mon niveau d’anglais
  2. De faire un truc pas comme les autres

C’est donc à Montréal que j’allais faire mon stage de fin d’année. Ma prof avait tout géré pour moi. Par-fait (un bon ratio effort/résultat pour le fainéant que je suis). Seuls le billet d’avion et l’hébergement seraient à ma charge. Le stage serait rémunéré, condition sine qua non avec mon budget mensuel de 600€ (merci papa, merci maman). Les semaines se sont écoulées jusqu’au jour où j’apprends que, tout compte fait, le stage ne serait pas payé. J’avais beau faire le calcul dans tous les sens, et même en puisant dans mes dernières réserves accumulées tous les étés en tant que serveur dans un restaurant à Collioure, ça ne fonctionnait pas.

Le miracle chinois

En dernière minute, ma prof m’a proposé une option que j’avais préalablement balayée d’un revers de main : la Chine. En y réfléchissant bien, je n’allais pas beaucoup progresser en anglais, mais j’allais faire un truc vraiment pas comme les autres (nous sommes en 2006). Et surtout, je pouvais être hébergé gratuitement. J’ai donc accepté.

“Foutu pour foutu, j’ai décidé de voyager pendant plus d’un mois”

Un mois plus tard, je décollais direction Guangzhou (Canton) sans avoir la moindre idée de ce qui m’attendait. “Yes yes, someone will wait for you at the airport” m’avait dit mon seul interlocuteur, basé à Londres. Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé de perdre vos parents dans un hypermarché, ça peut être assez traumatisant. C’est un peu ce que j’ai ressenti en cherchant mon nom sur une ardoise, dans le plus grand aéroport d’une ville de 10 millions d’habitants. Les 45 minutes les plus longues de ma vie. Mon futur coloc de 45 ans a fini par arriver, l’aventure pouvait démarrer.

Suite à une petite incompréhension, ma responsable de stage pensait que j’étais là en observation (2 mois !?) ce qui compliquait la réalisation de mon rapport de stage. De toute façon, je savais que je n’aurais pas mon année donc foutu pour foutu, j’ai décidé de voyager pendant plus d’un mois. À mon retour : surprise ! Ma prof m’appelle pour savoir où j’en suis de mon rapport de stage. J’invente alors une histoire improbable de projet de traduction du site en chinois et un autre projet autour d’un ERP (un logiciel complexe de gestion d’une entreprise). La machine étant lancée, je passe mes deux dernières semaines à écrire un rapport de stage sur des choses que je n’ai jamais faites.

J’ai eu la meilleure note de ma promo, ce qui a tellement augmenté ma moyenne que j’ai eu mon année. Je ne comprends toujours pas 🤷‍♂️.

Ingénieur par erreur

De grandes écoles venaient régulièrement rencontrer des étudiants de mon IUT pour les recruter. Jusqu’ici, soit elles ne m’intéressaient pas, soit elles faisaient passer un test technique… pas vraiment mon point fort. Jusqu’au jour où j’ai vu que la prochaine présentation était celle d’une école de commerce. ENFIN. J’y suis allé sans hésiter et je me suis retrouvé… seul, sur plus de 100 élèves. Le directeur qui était venu en personne était un peu déçu forcément, mais pas autant que moi quand j’ai réalisé qu’il y avait eu une erreur d’affichage : “École de Commerce” au lieu de “École d’ingénieur de la chambre de commerce et de l’industrie”

Quitte à être là, j’ai écouté ce qu’il avait à me dire. Voici ce que j’en ai retenu :

Une école d’ingénieur en informatique.
À peu près sûr d’y entrer, et d’en sortir.
Payé car en alternance dans une entreprise.

Trois ans plus tard, j’étais ingénieur, un peu malgré moi.

La rolex à 50 ans

La suite est au moins aussi chaotique. À la fin de mon école d’ingénieur, j’ai décidé de me lancer dans l’entrepreneuriat en devenant “Google Apps Reseller” (un truc de geek). Ça n’a pas du tout fonctionné mais le virus était inoculé. Par une opportunité incroyable, je suis devenu acheteur dans un grand groupe automobile (aucun rapport avec ma formation), puis j’ai changé au bout d’un an pour intégrer une entreprise de conseil en ingénierie dans laquelle je suis resté 4 ans.

Un CDI, un gros salaire, un statut social (“ouais, je gère une équipe de 25 ingés…”) et un costard cravate. Ma carrière et ma vie étaient toutes tracées, j’étais prêt à m’acheter une Rolex, peut-être même avant mes 50 ans. Mais tout a basculé le jour où, devant mon hôtel, j’ai marché dans une merde de chien, du pied gauche.

Reconstitution de la scène. Je n’avais pas de très bonnes notes en arts plastiques NON PLUS.

Dans le prochain article, j’essaierai de faire le lien entre “excrément canin” et entrepreneuriat, une tâche pas évidente. J’avais néanmoins promis d’être transparent, c’est chose faite.

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