Compte-rendu d’une étude de Romains 11 avec un antisioniste chronique

Il y a peu, j’ai reçu un appel téléphonique d’un frère en Christ de longue date qui fréquente actuellement l’Église Évangélique de Villard à Lausanne. Celle-ci propose des ateliers bibliques, dont le présent thème, Vivre dans l’espérance, incluait une soirée à l’écoute de Romains 11:11–36 baptisée L’avenir d’Israël et le plan divin. Ce frère en Christ donc, partage mon amour profond pour le peuple d’Israël ainsi que ma conviction que ce que Dieu a promis dans L’Écriture, Il ne manquera pas de le réaliser (Nombres 23:19). Parfaitement au courant de ma participation au stand de rue des Chrétiens Unis Pour Israël, il jugeait que ma présence lors de cette soirée ne serait pas de trop. Il connaissait la crispation des chrétiens, même évangéliques, face à toute affirmation du droit d’Israël à disposer souverainement de sa patrie historique, conformément aux promesses divines. Crainte confirmée.

Profession: faux docteur

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir sur place que l’étude était menée par le pasteur Jean-Jacques Meylan! Pour ceux qui ne connaissent pas Meylan, il est non seulement amillénariste [1] mais aussi antisioniste chronique [2]. L’étude en question s’est concentrée essentiellement sur le salut individuel. Soutenir que les Juifs ont aussi accès au salut éternel par la foi en Jésus-Christ, bien que généreux de la part de Meylan, n’est pas un scoop. En abordant ce seul aspect de Romains 11, il se mettait d’accord avec tout le monde. Mieux encore, il évitait de se prononcer sur l’avenir d’Israël en tant que nation. Mais lorsque vous connaissez les arguments des adeptes de la théologie du remplacement (techniquement appelés supersessionistes, du latin super = au-dessus et sedere = s’asseoir, ce qui signifie que l’Église est assise au-dessus ou sur Israël) vous détectez les sous-entendus. Par exemple, lorsque Meylan connecte la chute d’Israël évoquée par Paul avec Matthieu 21:43, où Jésus déclare: «C’est pourquoi, Je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits».

Les supersessionistes interprètent ces paroles pour dire que la nation juive est désormais privée de son statut de peuple élu. Certains chrétiens sionistes répliquent que Jésus s’adresse explicitement aux leaders religieux et non au peuple et citent le verset 45 qui souligne que «les principaux sacrificateurs et les pharisiens comprirent que c’était d’eux que Jésus parlait». D’autres, comme le théologien Michael J. Vlach, concèdent qu’à la lumière de Matthieu 23:37–39, Jésus dit bel et bien que le royaume de Dieu sera enlevé de la génération présente incrédule d’Israël (v. 37: «Jérusalem, Jérusalem…»), non pour être transféré à l’Église, mais donné à une génération future d’Israël qui en rendra les fruits, celle qui dira «Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur!» (v. 39), qui tournera ses regards vers Celui qu’elle a percé (Zacharie 12:10) et qui correspond au «tout Israël sera sauvé» de Romains 11:26. Vlach ajoute:

Pourtant, même si la ‘nation’ de Matthieu 21:43 faisait référence à l’Église, cela ne prouverait nullement le supersessionisme. Le fait que le royaume puisse être étendu aux Gentils n’exclut en aucune façon une restauration future d’Israël au programme du royaume. L’Ancien comme le Nouveau Testament déclarent explicitement que le programme du royaume de Dieu comprendrait des Gentils, donc leur inclusion dans celui-ci ne prouve pas qu’Israël en est retiré à tout jamais. Ce que les supersessionistes doivent prouver est que Matthieu 21:43 et d’autres passages excluent la possibilité qu’une future nation d’Israël connaîtra la réalisation du royaume. C’est justement ce que Matthieu 21:43 ne fait pas. [3]

Ainsi, l’utilisation de la parabole des vignerons pour prétendre que la nation juive n’aurait plus de rôle à jouer dans le plan de Dieu est plus que légère.

Après cela, la trentaine de personnes que nous étions s’est divisée en trois petits groupes pour discuter de quatre questions préparées par Meylan. J’y reviendrai. Suite à cela, nous sommes revenus pour écouter les réponses de Meylan à toutes ces questions. J’ai été abasourdi par le fait que Meylan n’ait jamais — dans une discussion pourtant intitulée L’avenir d’Israël — abordé l’avenir de cette nation en tant que telle. Vu l’hostilité rencontrée auparavant dans le petit groupe, j’ai hésité à intervenir. Pour clore cette soirée, Meylan a déclaré qu’il était important de comprendre que grosso modo, la Bible accordait une large importance à la poésie et que c’était bien là le problème de ceux qui prennent les onze premiers chapitres de la Genèse littéralement [4].

Parce que, voyez-vous, Jean-Jacques Meylan croit également que les chrétiens peuvent harmoniser l’évolution avec la Bible. Je sais que beaucoup de chrétiens, même sionistes, peinent à accepter littéralement le récit de la création. La plupart du temps, cela est dû au fait que beaucoup doutent que la science puisse appuyer une chronologie biblique littérale d’environ 6 000 ans d’histoire de l’univers. J’invite ici les chrétiens sionistes à faire l’effort de se documenter, comme ils savent si bien le faire lorsqu’il s’agit de ne pas tomber dans le piège de gober tout ce que les médias racontent à propos d’Israël. En privé, j’ai donc précisé à M. Meylan que j’avais trouvé son étude de Romains 11 ainsi que son commentaire sur la Genèse absolument navrant. Il m’a nonchalamment répondu: «Oui, je sais». Pour la petite histoire, Meylan était passé une fois au stand des Chrétiens Unis Pour Israël, nous saluant poliment, mais refusant systématiquement d’entrer en matière. Nos questions semblaient plutôt l’ennuyer, si bien qu’il finit par ouvrir la bouche avec dédain: «Oui, oui, c’est cela, vous avez raison. Au revoir». La même volonté de ne pas entrer en matière s’est reproduite ce soir-là. À propos de son commentaire sur la Genèse, je lui précisais que Jonathan Sarfati, un juif messianique qui travaille à plein temps pour Creation Ministries International (une organisation scientifique chrétienne qui défend l’historicité de la Genèse), venait récemment de publier un commentaire théologique, historique et scientifique de 700 pages sur les seuls chapitres 1–11 de la Genèse [5]. Jean-Jacques Meylan m’a répondu que Sarfati aurait pu écrire des milliers de pages qu’il ne le croirait pas pour autant. Je lui ai simplement demandé comment un chrétien pouvait se laisser séduire par l’hypothèse évolutionniste, que le meilleur moyen d’en vérifier la crédibilité se situait dans le registre fossile qui ne la soutient aucunement, loin s’en faut. Il m’a répondu ennuyé: «Oui, oui, vous avez raison». Je lui ai demandé s’il esquivait et il m’a répondu: «Ce soir, oui». J’ai ajouté: «Comme toutes les autres fois, semble-t-il». Et nous nous sommes séparés.

Réflexion en groupe

1. Y a-t-il un ou plusieurs peuples de Dieu? Israël et l’Église forment-ils deux peuples de Dieu distincts?

Telle était la première question. Un homme, probablement la cinquantaine, a répondu qu’il y avait un seul peuple de Dieu, l’Église. J’ai objecté que si l’Église était composée de Juifs et de Gentils ayant placé leur foi en Christ, Israël en tant que nation, à côté de l’Église, subsistait. Les promesses de Dieu à son égard étaient maintenues. Un autre homme, plus âgé, a rajouté que le Nouveau Testament ne soutenait pas une telle conclusion. Quand je lui ai demandé de se justifier, il m’a répondu que je n’avais qu’à lire le début de la première épître de Pierre. Bien qu’il n’ait pas précisé quel(s) passage(s), je présume qu’il faisait allusion à 1 Pierre 2:9: «Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis». Ce passage d’Exode 19:6 serait désormais appliqué à l’Église, exit Israël. Seulement voilà, à quelques exceptions près, les Pères de l’Église affirmaient que Pierre avait écrit cette lettre à l’intention des Juifs croyant en Jésus vivant dans la dispersion (cf. 1 Pierre 1:1). Avis partagé par d’éminents théologiens comme Henry Alford, Johann Bengel, Jean Calvin, Johannes Weiss et Kenneth Wuest [6]. Par ailleurs, même s’il fallait inclure dans l’épître en question des croyants Gentils, y voir un transfert de fonction d’un peuple à l’autre, c’est-à-dire d’Israël à l’Église, n’est pas une déduction irrésistible. Comme le remarque David Pawson:

Cela peut être compris d’une manière inclusive plutôt qu’exclusive, signifiant que désormais l’Église partage la fonction qui est encore celle prévue par Dieu pour Israël, à savoir être une lumière pour le monde (Ésaïe 42:6; 49:6; Matthieu 5:14; Luc 2:32; Actes 13:47; 26:23). Cette application s’accorde mieux avec les déclarations du Nouveau Testament stipulant que les chrétiens sont maintenant ‘concitoyens avec le peuple de Dieu’ [c’est-à-dire Israël] (Éphésiens 2:19, non ‘à la place de’ ou ‘une partie de’ mais ‘avec’); que les Gentils ont été greffés sur l’olivier de Dieu aux côtés des branches juives (Romains 11:17–18); que ‘l’appel’ d’Israël est ‘irrévocable’ (Romains 11:29) et qu’il le réalisera un jour (Romains 11:12, 15). [7]

De son côté, le théologien Ronald Diprose fait observer que

Pierre, pour sa part, évite soigneusement d’utiliser l’article défini dans les versets 9–10. Il semblerait donc que Pierre utilise les titres de l’Ancien Testament de façon analogique, sans leur conférer une valeur exclusive. Si nous gardons à l’esprit ce que Pierre dit ailleurs concernant l’accomplissement futur des promesses de Dieu à Israël (Actes 3:19–21), alors il devient évident que c’est à dessein qu’il évite l’emploi de l’article défini quand il décrit la nature de l’Église comme un peuple de Dieu. [8]

On pourrait encore souligner le fait que dans Ésaïe 19:25 le statut de ‘peuple de Dieu’ est appliqué à l’Égypte. Pour autant, le prophète la distingue clairement d’Israël. Il est donc difficile d’échapper à la conclusion que Dieu a présentement deux peuples sur la terre:

[S]on Église, composée d’un petit nombre de Juifs et d’un grand nombre de Gentils, tous croyant en Jésus, et Son peuple Israël, dans un état actuel d’incrédulité. Les premiers sont le fruit de l’Évangile, ayant obtenu la miséricorde de Dieu. Les derniers sont ennemis de l’Évangile, devant encore obtenir Sa miséricorde. Leur salut spirituel est entrelacé, chacun affectant l’autre, à la fois négativement et positivement (Romains 11:30–31). Les deux sont aimés par Dieu. Mais leur identité distincte est temporaire. C’est le plan de Dieu de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre (Éphésiens 1:10). [9]

Il semble que sur ce point, Meylan s’emmêle. D’un côté, il soutient que Dieu ne rejette pas ceux qui L’offensent et qu’Il n’a donc pas rejeté Son peuple. De l’autre, il affirme que l’Israël selon la chair est exclu du peuple de Dieu tant qu’il refuse Christ. Il y a bien une seule voie de salut, pour les Juifs comme pour les Gentils. Dans ce sens, il y a bien un seul peuple de Dieu. Mais l’unité relative au salut n’efface pas les différences fonctionnelles entre Israël et les nations. Vlach explique:

Selon Galates 3:28, les hommes et les femmes ont part aux mêmes bénédictions, mais ils conservent leurs rôles différents. Dans ce cas également, une unité de salut ne signifie pas la suppression des différences fonctionnelles. La même chose vaut pour les anciens et ceux qui ne le sont pas dans une assemblée. Ils sont égaux devant Dieu et ont part aux mêmes bénédictions spirituelles, mais les anciens ont une tâche bien déterminée dans le plan de Dieu. Une semblable différence vaut pour les parents et les enfants. Même au sein de la Trinité, il existe une égalité quant à L’Être, mais Le Père, Le Fils et Le Saint-Esprit ont des fonctions différentes. [10]

Sur cette base, Israël demeure le peuple de Dieu avec un rôle à jouer qui lui est propre. Poursuivons. Celui qui avait parlé en premier s’est offusqué en disant qu’il y avait différentes théologies et que ce n’était pas le sujet de ce soir. Il y a différentes théologies? N’est-ce pas ce que l’on dit lorsque l’on veut à tout prix évacuer le sens direct et se rassurer? Une femme, dans la même tranche d’âge, a renchéri en disant qu’ils n’allaient pas dévier du sujet et que ceci était à prendre à la lettre. Comment l’Église d’aujourd’hui peut étudier tout un passage concernant l’avenir d’Israël tout en jugeant déplacé de s’y pencher sérieusement reste un mystère insoluble pour moi.

2. Comment faire partie du peuple de Dieu?

Cette seconde question apparaît comme la réponse de Meylan à la première. En d’autres termes, il n’y a qu’un peuple de Dieu, l’Église. Vu les commentaires précédents, j’ai opté pour le silence. Cette question, comme les suivantes, a été abordée sous l’angle du salut, dont au moins tout le monde était d’accord pour dire qu’il fallait croire à l’œuvre accomplie à la croix pour faire partie de l’assemblée.

3. Pourquoi l’Israël «selon la chair» est-il exclu du peuple de Dieu? Cette exclusion menace-t-elle aussi l’Église?

En bref, le passage d’Hébreux 10:26–31 a été cité, puis une jeune femme, peut-être mon âge, a demandé si la condamnation des perdus à leur mort était obligatoirement irréversible. Nous étions d’accord ici pour dire que c’était bien l’enseignement de L’Écriture. Il est tout de même inquiétant qu’une chrétienne évangélique pose cette question, comme si L’Écriture n’était pas explicite à ce propos. Elle a d’ailleurs ajouté qu’elle se réjouissait d’être au paradis pour avoir une réponse claire. Bon sang, que croit-elle? Que Le Seigneur lui donnera une réponse qui contredit Sa Parole, une fois là-haut? Sidérant. Était-ce une assemblée chrétienne évangélique ou protestante libérale?

4. En quoi les notions «d’alliance» et «d’élection» vous concernent personnellement?

Cette ultime question a eu une tournure intéressante. L’élection fut abordée en lien avec le salut des croyants en Jésus-Christ. Si c’est bien ainsi que le sous-entendait la question, j’en ai profité pour faire remarquer que le terme «élection» dans le passage de Romains 11:28 que nous avions étudié était suivi de: «…ils sont aimés à cause de leurs pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables» (vv. 28b-29). J’ai ajouté que cela ne pouvait signifier autre chose sinon que les dons et l’appel de Dieu garantissaient au peuple d’Israël la promesse relative au pays de leurs pères et sa pérennité en tant que nation. La femme qui m’avait taquiné sur le littéralisme est revenu à la charge. Elle m’a demandé si l’idée de nation était à prendre au mot. J’ai donc cité Jérémie 31:35–36: «Ainsi parle L’Éternel, qui a fait le soleil pour éclairer le jour, qui a destiné la lune et les étoiles à éclairer la nuit, qui soulève la mer et fait mugir ses flots, Lui dont Le Nom est L’Éternel des armées: Si ces lois viennent à cesser devant Moi, dit L’Éternel, la race d’Israël aussi cessera pour toujours d’être une nation devant Moi».

La jeune fille a demandé comment il était possible que Dieu puisse choisir un peuple particulier au détriment des autres, que cela ne ressemblait pas au Dieu qu’elle connaissait. Je me suis contenté de dire que cette élection n’avait rien à voir avec un concours de Miss Univers, où le choix se porte sur la plus belle et que peu de gens voudraient partager tout ce qu’implique cette élection, citant Ésaïe 40:2 qui précise qu’Israël a été jugé «au double de tous ses péchés». A cet égard, les propos de Peter Tsukahira sont fort perspicaces:

Lorsqu’on enseigne que les Juifs sont le peuple choisi de Dieu, certains chrétiens réagissent, disant que c’est faire preuve de partialité, voire de racisme. Il en est d’autres qui se dressent contre ce qui leur paraît une ‘inégalité des chances’ de toutes les nations devant Dieu. Ces craintes comme ces objections sont fondées sur des suppositions bien éloignées de la vérité. Israël a été choisi comme exemple, comme une leçon de Dieu à accepter par toutes les nations. Volontairement ou involontairement, que ce soit dans l’obéissance à Dieu ou dans la désobéissance, Israël est à la fois une nation offerte en sacrifice et une nation servante. Connaissant l’Histoire d’Israël au cours de ces vingt derniers siècles, et sa situation actuelle douloureuse, y a-t-il sur cette planète une seule nation, un seul groupe ethnique, qui prendrait volontiers sa place? [11]

A cela, une femme âgée, la seule du groupe qui ne semblait pas dérangée par mes remarques, a demandé s’il était réaliste d’envisager que les Juifs du monde entier puissent un jour tous s’établir dans le pays d’Israël. J’ai répondu que le pays promis par Dieu à Israël était bien plus vaste que ce qu’il comprend actuellement et qu’il en serait un jour l’heureux propriétaire. Pour appuyer mes propos, j’ai lu Zacharie 10:9–10: «Je les disperserai parmi les peuples, et au loin ils se souviendront de Moi; ils vivront avec leurs enfants, et ils reviendront. Je les ramènerai du pays d’Égypte, et Je les rassemblerai de l’Assyrie; Je les ferai venir au pays de Galaad et au Liban, et l’espace ne leur suffira pas». J’ai précisé que s’il existait bel et bien une nation appelée Liban aujourd’hui, Israël en hériterait la propriété. Là-dessus, celui qui avait pris la parole au tout début, a juste dit: «Nous verrons bien». Une réponse plus spirituelle aurait été: «Amen! Dieu l’a dit, Il le fera». Là-dessus s’acheva notre réflexion.

Nous bronchons tous?

Certains trouveront peut-être exagéré mon jugement à l’égard de Jean-Jacques Meylan. Après tout, L’Écriture ne dit-elle pas que «nous bronchons tous de plusieurs manières» (Jacques 3:2) et que nous voyons aujourd’hui «au moyen d’un miroir, d’une manière obscure» (1 Corinthiens 13:12)? Bien entendu, il est probablement vrai que la compréhension que chacun a de la Bible est imparfaite. Je ne remets nullement ce point en question. C’est la manière dont M. Meylan approche L’Écriture qui éveille ma suspicion. La Bible devrait être pour le chrétien le fondement de toute sa pensée. En d’autres termes, la Bible devrait être comme des lunettes que le chrétien porte pour corriger sa vision du monde. Ce n’est pas ce que je vois chez M. Meylan. Dans le cas d’Israël, il commence par embrasser le point de vue général qui stipule qu’Israël est le fauteur de troubles, que les Palestiniens souhaiteraient juste disposer d’un état souverain pour vivre côte à côte avec leurs voisins juifs qu’ils chérissent ardemment, puis tente d’intégrer cela à la Bible. Or, une vision correcte des choses n’est pas de verser dans un humanisme sirupeux en pensant que de toute façon, puisque la Bible parle de paix et d’amour, Dieu approuvera forcément notre démarche. Non. Nos pensées ne sont pas les siennes (Ésaïe 55:8). Voyez comment notre Seigneur a répondu aux paroles pleines de bonnes intentions de Pierre: «Arrière de moi, Satan! Tu m’es en scandale; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes» (Matthieu 16:23). De même que l’homme ne peut connaître de paix durable sans Jésus, le monde ne connaîtra pas la paix avant que Le Prince de la Paix ne revienne: «C’est Lui qui ramènera la paix» (Michée 5:4). Et cette paix viendra selon Ses desseins, dont le sionisme fait partie intégrante, et non pas en faisant fi des promesses de Dieu à l’égard de Son peuple pour être en phase avec le monde. Refuser cela revient à renier notre foi dans la vérité de la Bible.

La même chose peut être dite concernant le créationnisme. Meylan accepte d’abord le consensus scientifique selon lequel il y a eu un Big Bang, une évolution progressive du vivant et de longues ères géologiques, puis tente d’intégrer cela à la Bible. Le chrétien devrait commencer avec la démarche inverse, celle qui reconnaît la Bible comme un juge au-dessus des hypothèses scientifiques sur le passé et non comme une servante, soumise aux interprétations d’hommes qui n’étaient pas présents au commencement de toutes choses. C’est ainsi que procèdent les scientifiques créationnistes. Une fois établi que la Bible enseigne littéralement une création en six jours ordinaires, une terre âgée d’environ 6 000 ans, la chute d’Adam avec des conséquences sur toute la création, un Déluge global, la confusion des langues, etc., la recherche sur les origines peut démarrer. Il convient de rappeler que les évolutionnistes commencent également avec une démarche de foi: Dieu n’existe pas, il n’y a donc pas de révélation divine, tout s’est fait tout seul, progressivement. Puis ils interprètent les données avec ces présupposés. Une fois que le chrétien retire les lunettes athées pour enfiler ses lunettes bibliques, il se rendra compte que l’évidence corrobore le récit biblique et réfute l’évolution. J’encourage donc le chrétien à développer une vision biblique totale du monde qui l’entoure. Je termine par cette mise en garde du théologien John C. Whitcomb:

Un danger constant guette les chrétiens: celui d’adopter un peu trop vite les philosophies profanes à la mode, pour finalement s’apercevoir, à leur grand embarras, qu’ils ont épousé (et forcé L’Écriture à épouser) le mauvais système de pensée. A l’instar de Jacob, ils se réveilleront le lendemain matin pour se rendre compte que, manque de chance, ce n’était pas la bonne épouse! [12]

A méditer!


[1] Selon cette doctrine d’origine catholique, l’Église est le royaume de Dieu sur la terre. Par conséquent, le millénium est une réalité spirituelle qui correspond à l’ère de l’Église jusqu’au retour de Christ en vue du jugement qui sera immédiatement suivi de l’état final. Par contraste, les prémillénaristes maintiennent que les prophéties doivent être interprétées littéralement. Selon cette approche, Jésus-Christ reviendra pour établir Son royaume sur la terre pendant mille ans. Les promesses faites à Israël n’ont pas été rendues caduques par l’Église mais trouveront leur accomplissement littéral. Le fait qu’il soit presque impossible de trouver un libéral prémillénariste devrait sérieusement éveiller les chrétiens attachés à la saine doctrine. De fait, «la grande masse des protestants modernistes professent l’amillénarisme. L’histoire témoigne que cette façon d’interpréter les prophéties ouvre la porte à l’erreur et au libéralisme, comme cela s’est vu avant ou après la Réforme», expliquent les théologiens Charles RYRIE et Homer PAYNE, dans: Le millénium, image ou réalité? (Romanel-sur-Lausanne: La Maison de la Bible, 2011, 2e éd.), p. 58.

[2] Dans son livre co-rédigé avec Guy GENTIZON, Israël-Palestine: quelle coexistence? Un point de vue évangélique inédit (Genève: Éditions Je Sème, 2010), les promesses divines relatives au retour des Juifs dans le pays de leurs pères sont évacuées et Israël est vilipendé à la manière des médias de gauche.

[3] Michael J. VLACH, Has the Church Replaced Israel? A Theological Evaluation (Nashville: B&H Publishing Group, 2010), p. 143.

[4] Naturellement, cette assertion ne soutient pas l’examen. Une excellente introduction à ce propos est l’article suivant de Jonathan SARFATI, «Genesis is history!», Creation 37(2), 2015, pp. 50–52 (creation.com/genesis-is-history).

[5] Jonathan SARFATI, The Genesis Account. A theological, historical, and scientific commentary on Genesis 1–11 (Powder Springs: Creation Book Publishers, 2015).

[6] Michael J. VLACH, op. cit., pp. 147–148.

[7] David PAWSON, Defending Christian Zionism (Bristol: Terra Nova Publications, 2008), p. 77.

[8] Ronald E. DIPROSE, Israël dans le développement de la pensée chrétienne (Saône: La Joie de l’Éternel, 2004), p. 64.

[9] David PAWSON, op. cit., pp. 91–92.

[10] Michael J. VLACH, op. cit., p. 154.

[11] Peter TSUKAHIRA, Le Tsunami de Dieu. Comprendre Israël et la prophétie de la fin des temps (Montmeyran: Emeth Éditions, 2009), pp. 81–82.

[12] John C. WHITCOMB, Origines. Introduction au créationnisme biblique (Lugny: Editions Clé, 1989), p. 163.

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