La folie passagère de l’évolution

Première partie

C’était le 6 avril 2016. La soirée était déjà bien entamée lorsque je suis tombé sur l’émission Folie passagère, diffusée sur France 2. Parmi les invités, un certain Maxime Hervé, chercheur à l’INRA, auteur avec Denis Poinsot de L’Évolution des espèces, publié en deux volumes aux Éditions Apogée. La bonne humeur et l’enthousiasme enfantin du chercheur ne sauraient être mis en doute. En revanche, on ne peut en dire autant de la qualité des preuves exposées pour soutenir l’édifice darwinien. Une critique en deux parties.

L’évolution en action?

Les évolutionnistes ont une tendance incorrigible à user du vocable «évolution» comme d’un fourre-tout. Maxime Hervé ne déroge pas à la règle. Pour lui, le terme semble synonyme de changement, sans plus de réflexion. Mais peut-on vraiment brandir n’importe quel changement comme une preuve que tous les êtres vivants dérivent d’un organisme unicellulaire? La réponse est non. La construction de nouveaux organes complexes exige l’addition progressive de nouvelles informations génétiques. Seulement voilà: le tandem mutations-sélection, voté à l’unanimité par les évolutionnistes comme le mécanisme évolutif par excellence, ne répond pas à cette exigence. Comme le fait remarquer le biophysicien israélien Lee Spetner, auteur d’un livre approfondi sur la question, les mutations réduisent l’information génétique plutôt qu’elles ne l’augmentent:

Les néo-darwiniens veulent nous faire croire que de grands changements évolutifs peuvent s’expliquer par une succession d’événements minimes si ceux-ci se produisent en quantité suffisante. Mais si tous ces événements entraînent une perte d’information, ils ne sauraient constituer les étapes de l’évolution que la TND [théorie néo-darwinienne] est censée expliquer, quel que soit le nombre de mutations. Quiconque croit que des mutations qui réduisent l’information peuvent engendrer la macroévolution est semblable à un commerçant qui perd un peu d’argent à chaque vente et qui pense pouvoir compenser ses pertes en volume….De toutes les mutations observées, pas une n’a contribué à augmenter un tant soit peu l’information du génome. Cela démontre sans conteste que les millions de mutations potentielles requises par la théorie n’existent pas. Il n’y en a peut-être aucune. Le fait de n’avoir jamais vu de mutations accroître l’information représente bien plus qu’une incapacité à légitimer la théorie. C’est une preuve contre elle. Nous possédons là un sérieux défi à la théorie néo-darwinienne. [1]

Nous verrons donc dans cette première partie si les exemples avancés par Maxime Hervé offrent un quelconque soutien à l’hypothèse qu’il défend ou si, comme le disait jadis le naturaliste Louis Agassiz, notre chercheur s’évertue en vain à pourchasser un fantôme.

Loup y es-tu?

Après une brève introduction, le présentateur Frédéric Lopez releva avec justesse que le concept d’évolution était somme toute assez abstrait. Comme l’évolution est censée s’être déroulée sur d’immenses périodes de temps, renchérit-il, elle semble invisible à l’œil humain. Un brin surpris, Maxime Hervé répondit à cela par un exemple classique de sélection artificielle: «Le chien à l’état sauvage, ça n’existe pas. C’est le loup. On l’a transformé». Tout le monde est d’accord là-dessus. Mais en quoi est-ce une preuve de l’évolution du microbe à l’homme? Les créationnistes ont toujours soutenu que Dieu avait créé des types de base dotés d’un riche potentiel de variation leur permettant de s’adapter — dans les limites de l’espèce — à un vaste éventail d’environnements. Le théologien John Whitcomb développe:

Au lieu d’un arbre généalogique unique regroupant tous les êtres vivants, la Bible présente l’image d’une épaisse forêt où chaque arbre a été créé individuellement avec des potentialités génétiques capables de donner lieu à des variations et à des ramifications multiples, ce qui ne veut pas dire que ces arbres différents perdent leur identité propre. [2]

Ainsi, il a été possible d’accoupler une louve avec un caniche (de grande taille) et d’obtenir une portée tout à fait viable. Le lounard, quant à lui, est un hybride stérile issu du croisement d’un loup et d’un renard et le «jacksy» celui du croisement entre un chacal et un husky [3]. Concrètement, cela signifie que tous appartiennent à la même espèce biologique. Noé n’a donc pas eu besoin d’emmener à bord de l’Arche des loups, des caniches, des renards, des chacals, des huskys, etc., mais seulement une paire du type originel canin possédant toute cette variété.

Les créationnistes estiment aussi que l’analogie avec la sélection artificielle est fallacieuse pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les éleveurs sont des agents intelligents et non des forces naturelles aveugles. Ensuite, l’éleveur ne fait que sélectionner à partir de caractéristiques déjà présentes. La «transformation» du loup en chien domestique s’est traduite par un appauvrissement génétique et non par une complexité croissante. La recherche du toutou idéal, loin de représenter une innovation par rapport au loup, s’est accompagnée de toutes sortes de dommages collatéraux [4]. On recense pas moins de 500 maladies génétiques affectant le meilleur ami de l’homme, dont une part de responsabilité revient au meilleur ami du chien.

Par exemple, la syringomyélie est une maladie commune chez le Cavalier King Charles. Elle est due à un crâne trop petit pour abriter le cerveau. Le teckel souffre fréquemment de problèmes de dos. Une configuration du corps disproportionnée en serait la cause: des pattes trop petites pour une colonne vertébrale trop longue. La sténose des narines (le rétrécissement anormal de l’ouverture des narines) est une malformation courante chez le bouledogue. Elle entraîne des troubles respiratoires qui peuvent nécessiter une opération. Par ailleurs, la différence entre les oreilles dressées du loup et les oreilles tombantes du basset serait le fait d’une mutation génétique sur le chromosome 10 (CFA 10). L’entretien régulier des oreilles de ce dernier est indispensable pour prévenir le risque d’infections, voire la perte de l’ouïe. Il va sans dire que Droopy ne survivrait pas dans la nature.

L’exemple avancé par Maxime Hervé, loin de prouver l’évolution, démontre sans conteste que la sélection artificielle ou naturelle agit en diminuant la quantité d’information génétique disponible. Par ailleurs, il illustre parfaitement les dangers d’une sélection artificielle excessive. Nous pouvons dire avec assurance que le type originel canin ne souffrait d’aucune de ces défectuosités, «car Dieu vit tout ce qu’Il avait fait et voici, c’était très bon» (Genèse 1:31). La mort, la maladie et la souffrance ne faisaient pas partie de la création originelle et sont une conséquence immédiate du péché originel (Genèse 3:17–19). Toute considération faite, les données dont nous bénéficions s’accordent avec la Bible:

  • Dieu fit tous les animaux terrestres selon leur espèce (Genèse 1:25)
  • La création a été soumise à la vanité depuis l’introduction du péché dans le monde (Romains 8:20–22)

Voir ou ne pas voir

Il était une fois Astyanax mexicanus, un poisson originaire d’Amérique Centrale qui vivait aussi bien en surface dans les rivières que dans des cavernes où la lumière brillait par son absence. Une série de mutations (erreurs génétiques) provoquant la cécité frappèrent une partie de la population. En surface, la survie des poissons aveugles fut menacée, car ils trouvaient péniblement leur nourriture et échappaient difficilement aux prédateurs. Dans l’environnement sombre des cavernes, leur handicap devint leur meilleur allié. Le risque de blessures et d’infections aux yeux étant désormais l’apanage de leurs congénères à l’acuité visuelle intacte, ils proliférèrent. Voilà pour la petite histoire.

Le simple bon sens suggère que la détérioration d’une fonction complexe ne peut servir d’exemple pour prouver que de nouvelles fonctions complexes qui n’existaient pas auparavant seraient apparues par ce moyen. «C’est comme si quelqu’un démontrait qu’un enfant avec un marteau pouvait abîmer le capot de votre nouvelle voiture et utilisait cela pour prouver que votre nouvelle voiture avait été construite par un enfant avec un marteau» [5], ironise le créationniste Thomas Heinze.

Par ailleurs, le croisement de différentes populations de cette espèce aveugle a permis dans certains cas de restaurer la vue à un nombre significatif de leurs descendants. Ceci est dû au fait que la perte de la vue résulte de mutations différentes. En croisant ces populations, «les carences génétiques d’une lignée sont compensées par les points forts d’une autre et vice versa» [6]. Là encore, la restauration de la vue n’est pas le fruit d’un quelconque processus évolutif. L’information provient des gènes hérités de leurs ancêtres qui ont conservé la vue. Vu?

Adaptation programmée

Les changements évoqués précédemment nécessitent-ils des millions d’années pour se produire? L’observation directe démontre que non, ce que reconnaît Maxime Hervé. En guise d’exemple, il cite une expérimentation faite dans les années 70. Des scientifiques prélevèrent une espèce de lézard (Podarcis sicula) sur l’île croate de Pod Kopište et l’introduisirent sur l’île voisine de Pod Mrčaru qui abritait une autre espèce (Podarcis melisellensis). Le but était d’observer la compétition entre les deux espèces. Mais les conflits yougoslaves empêchèrent les chercheurs de poursuivre leur expérience. Une trentaine d’années plus tard, une nouvelle équipe retourna sur l’île et découvrit que P. sicula avait notamment changé de régime alimentaire. Sur son île d’origine, notre lézard test se nourrissait essentiellement d’insectes (93% au printemps; 96% en été). Le pourcentage restant consistait en végétaux. Sur la nouvelle île, la consommation de plantes augmenta significativement pour atteindre 34% au printemps et 61% en été.

Qu’y a-t-il d’exceptionnel à cela? Maxime Hervé explique: «Quand vous mangez des plantes, il y a des tas de choses que vous pouvez pas dégrader. Les vaches, par exemple, ont plusieurs estomacs, elles dégradent comme ça la matière végétale». Résultat des courses? «Ces lézards-là, juste sur cette île-là, en trente ans, ils ont des poches dans les intestins qui se sont développées avec des bactéries à l’intérieur qui leur permettent de dégrader les plantes». Les évolutionnistes jubilent! «Cas d’évolution prodigieuse», scandent les uns. «L’évolution en marche accélérée» carillonnent les autres.

David Menton, anatomiste créationniste, n’est pas de cet avis. Il souligne que la capacité à digérer la matière végétale était déjà présente chez notre lézard puisque celle-ci représentait environ 5% de son régime alimentaire. Et le développement de poches dans les intestins?

La ‘nouvelle’ valve musculaire qu’ils ont découverte entre l’intestin grêle et le gros intestin est tout simplement un élargissement des muscles déjà présents dans la paroi intestinale à cette jonction [7], explique Menton.

Selon lui, il est probable que la valve cæcale de P. sicula diminuerait s’il devait revenir sur son île d’origine et reprendre son régime insectivore. Ajoutons que la présence de ladite valve chez d’autres membres herbivores de la famille des lacertidés n’est pas anecdotique. Andrew Hendry, biologiste évolutionniste à l’Université McGill située à Montréal au Québec, émet la possibilité qu’il s’agisse d’un cas de plasticité phénotypique, c’est-à-dire la faculté d’exprimer différents phénotypes à partir d’un même génotype en fonction des conditions environnementales [8].

Le créationniste Calvin Smith compare cela à un couteau suisse où plusieurs outils sont mis à disposition de l’utilisateur en fonction du besoin. Il ajoute que

la découverte d’information génétique latente pose un incroyable défi pour l’évolution et constitue une évidence formidable de conception (car elle présente toutes les caractéristiques de prévoyance et de pré-planification dans les génomes des créatures autour du globe). [9]

En l’occurrence, les lézards de Pod Mrčaru n’offrent pas le moindre support à l’hypothèse darwinienne. La rapidité des changements adaptatifs ont initialement surpris les évolutionnistes qui ont dû réviser leur modèle pour tenir compte de ces observations. En revanche, elles ont ravis les créationnistes qui prédisaient une recolonisation rapide du monde postdiluvien [10].

Conclusion

Aucun des exemples ci-dessus ne permet d’inférer que des êtres microscopiques auraient progressivement évolué en chercheurs de l’INRA. Le lecteur épris d’affection pour l’hypothèse darwinienne pourrait répondre que si les preuves «d’évolution en action» présentées par Maxime Hervé n’étaient pas concluantes, il en existe bien d’autres marquées du sceau de l’authenticité. A quoi je rétorquerai qu’il s’agit d’un cas flagrant de ce que les anglophones appellent wishful thinking et que nous appelons prendre ses désirs pour des réalités. Dans les faits, les bien-d’autres-marquées-du-sceau-de-l’authenticité sont toutes du même acabit.

Les autres éléments de preuves réunis par notre sympathique chercheur durant l’émission feront l’objet de la deuxième partie de notre analyse. Comme nous le verrons, les arguments sont encore plus faibles que les précédents. Fait préoccupant, plusieurs sont même tombés en désuétude depuis longtemps dans les cercles évolutionnistes. Maxime Hervé aurait besoin d’une sérieuse mise à jour, tout comme son éditeur, visiblement satisfait de sa prestation sur France 2. La chaîne française, quant à elle, est éblouissante de naïveté.


[1] Lee SPETNER, Not by Chance! Shattering the Modern Theory of Evolution (Brooklyn: The Judaica Press, 1997), p. 160.

[2] John C. WHITCOMB, Origines (Lugny: Editions CLÉ, 1989), pp. 106–107.

[3] Jonathan SARFATI, The Genesis Account. A theological, historical and scientific commentary on Genesis 1–11 (Powder Springs: Creation Book Publishers, 2015), pp. 237–238. «Jacksy» est la traduction anglaise pour l’association de jackal (chacal) avec husky (husky).

[4] Lita COSNER, «Parade of Mutants — Pedigree Dogs and Artificial Selection», Creation 32(3), 2010, pp. 28–32; creation.com/parade-of-mutants.

[5] Thomas HEINZE, The Vanishing Proofs of Evolution (Ontario: Chick Publications, 2005), p. 42.

[6] New York University, «Progeny of blind cavefish can ‘regain’ their sight», ScienceDaily, 8 janvier 2008; cité dans: Carl WIELAND, «Let the blind see … breeding blind fish with blind fish restores sight», Creation 30(4), 2008, p. 55; creation.com/let-the-blind-see.

[7] Answers in Genesis, «Island Evolve Lizards», 6 juin 2009; answersingenesis.org/natural-selection/adaptation/island-evolves-lizards.

[8] Kimberly JOHNSON, «Lizards Rapidly Evolve After Introduction to Island», National Geographic News, 21 avril 2008; news.nationalgeographic.com/news/2008/04/080421-lizard-evolution.html.

[9] Calvin SMITH, «The good, the bad and the ugly…», 18 octobre 2014; creation.com/bad-things-in-creation.

[10] Jean LIGHTNER, «Life: Designed by God to Adapt», 4 juin 2008; answersingenesis.org/evidence-for-creation/life-designed-by-god-to-adapt.

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