Ugly

(Inde)

d’Anurag Kashyap

avec Ronit Roy, Tejaswini Kolhapure, Rahul Baht
(VOD, actuellement sur Ciné + à la demande et DVD Blaq Out)

La claque! Violente et et destinée à faire mal. Disons-le tout de suite : “Ugly” n’est pas à mettre sous tous les yeux. Ce thriller indien, signé du réalisateur de la remarquable fresque “Gangs of Wasseypur” présentée à Cannes,est un voyage sans retour dans les pires tréfonds de l’âme humaine. Ici, personne ne rachète personne et le portrait, en creux, de l’Inde moderne fait froid dans le dos.

Comme le disait Renoir dans “La Règle du jeu: “Tout le monde a ses raisons, même mauvaises” et chacun va démontrer l’adage jusqu’au bout de la perversité et de l’horreur. Une petite fille est enlevée, son père est un acteur totalement raté, sa mère une femme mal-aimée et mal aimante, son beau-père le directeur sadique de la police. Autour de ce tragique événement et de la recherche de la petite fille, Kashyap, à la mise en scène inventive en permanence, filme un ballet de mauvaises intentions, de haines recuites, d’avidité, de violences débridées. Tous les personnages, ceux cités plus haut mais aussi la famille, les amis(?), les policiers, sont les pantins de leurs propres vies, incapables de se hisser à la hauteur de l’événement, juste aptes à essayer d’en tirer un profit qu’il soit financier, social, familial.

Avec une rare maîtrise, Anurag Kashyap, égare le spectateur, multiplie les fausses pistes (mais peut-être pas si fausses), les rebondissements, maintenant une tension et un suspense haletant qu ne nous laisse aucun instant de répit. Sauf, ceux, où il maltraite la police, conglomérat d’ânes bâtés au service d’un petit chef, dictateur paranoïaque qui fait écouter tout le monde par habitude. Et l’une des options scénaristiques de Kashyap est justement de faire évoluer très souvent l’histoire par le portable,pas seulement par ce qu’on y dit mais aussi à travers ceux qui en ont, ceux qui n’en ont pas, ceux qui en veulent un, comme une manière de classer les uns et les autres.

Le cinéma est émotion, celles créées par “Ugly” nous amènent face à nos pires peurs, celles qui touchent au plus sacré, nos enfants, nos proches. Sous un spectacle total, le film nous remue sans pitié.
Et parfois, lorsque le jour se lève, enfin! croit-on, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir.

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