Au nom des femmes

Voici le discours prononcé par Olivier Carré, député-maire d’Orléans, lors de la cérémonie de Remise de l’étendard de Jeanne d’Arc, vendredi 12 mai.

« Jamais autant de femmes n’avaient combattu en France, et jamais dans de telles conditions ». Ainsi parlait André Malraux en hommage aux femmes de la Résistance.

Chères Orléanaises, chers Orléanais, et vous tous, Amis,

C’est aussi à elles que je pense quand nous célébrons Jeanne d’Arc. Toutes ces femmes qui ont marqué l’histoire de leur pays par leur courage, leur force et leur générosité. Celles qui repoussent l’égoïsme, la lâcheté, la barbarie, portent le visage de Jeanne.

Ces résistantes avaient foi dans la liberté. Avec leurs compagnons d’armes, elles ont évité à la France le déshonneur et l’infamie.

Ce cortège de femmes anonymes a rejoint celui des femmes illustres, qui de par le monde, ont bravé la fatalité. Leur point commun : être animé par une lumière qui ne s’éteint jamais dans la nuit. Chaque fois, leur nom a été associé à celui de Jeanne d’Arc parce qu’il est celui de la vraie gloire : celle qui a délivré les peuples.

Ces visages, ce sont tes sœurs de sang, Jeanne, tes sœurs d’espérance. Les portraits de six femmes vont venir s’incruster sur les pierres de notre cathédrale aux côtés du tien.

Le portrait de six femmes

Emilie Platter, héroïne polonaise, Yoshimura, membre des Onna-Bugeisha, combattantes du Japon médiéval, la reine Kahina, héroïne du peuple berbère, Kimpa Vita, qui délivra le Congo de l’occupation portugaise, Dolorès Ibarruri, passionaria en lutte contre le fascisme espagnol et enfin, le visage empreint d’humanité de Mère Thérésa qui sut mener l’armée des missionnaires de la Charité avec sa seule arme : l’Amour.

Oui, l’Amour qui éclaire le regard porté sur l’autre, l’Amour qui fait voir au-dedans, l’Amour transcende les peurs et pousse ces femmes à ne jamais se résigner.

Dans cette nuit, dans ce silence, au pied de notre cathédrale, je vois défiler toutes ces combattantes qui assurent à l’Homme sa dignité, bien au-delà du feu de leur regard, bien au-delà du mystère de la vie qui perce sous leurs visages de madones.

Leur fragilité n’en rend que plus éclatante la force qui a animé chacune d’elles. Et puis, qui abandonnerait une femme ? Personne.

Et toi Jeanne, n’as-tu pas été abandonnée par ceux que tu avais servis ? Le Roi, l’église, peut-être… Mais ce n’est pas pour ces institutions que tu avais combattu. Tu l’as dit dans ton procès. Tu as combattu pour tout ce qui sauve un peuple : son unité et sa foi. Et le peuple, lui, t’est toujours resté fidèle comme tu es restée fidèle à ses combats.

Et dans la nuit des temps, tu l’accompagneras toujours. J’en veux pour preuve ce témoignage.

«La résistance était née»

Nous sommes à Paris, en 1940. Le Gouvernement de la France a fui. Les parisiens ont été abandonnés. L’occupant arrive. Un grand professeur russe de théologie, exilé en France, Léon Zander, décide d’organiser une procession pour le salut de la France.

Dans la nuit, il sort avec son épouse et leur petite fille handicapée profonde. Les voilà marchant tous les trois dans Paris, un Paris ruiné de peur, moite de cette odeur des archives que l’on brule. Lui tient un portrait à l’effigie de Jeanne d’Arc, sa femme une icône de la vierge et leur enfant un drapeau français. Et ce petit cortège, comme une larme, s’écoule dans les rues vides et glacées de Paris.

La résistance était née. Jeanne était bien vivante ce jour-là. Jeanne ravivait la lumière de l’espoir dans ce Paris rongé par les ténèbres de l’occupation. Elle n’était pas une escale perdue dans un océan de torpeur mais l’affirmation d’un horizon à reconquérir pour toute une nation.

La dignité de la France était ce jour-là incarnée par l’audace de cette famille unie par son amour et sa souffrance. Et elle avait choisi ton visage, Jeanne, pour réveiller les consciences et appeler à s’unir et à ne pas renoncer.

«Donne nous la force de regarder toujours plus haut, toujours plus loin»

Jeanne, les siècles n’ont pas prise sur toi. Tu n’as pas de ride sur ton visage.

Toi qui n’a pas donné la vie mais qui porte infiniment l’espérance, toi dont nous sommes tous les enfants ici ce soir, Jeanne, donne nous la force de regarder toujours plus haut, toujours plus loin, là où se trouve la France éternelle trop souvent profanée par la haine et trop souvent minée par le doute.

Pour cette force que tu donnes, Jeanne, femme combattante, je t’en fais la promesse, ce soir plus qu’aucun autre soir et comme ceux qui avant moi ont eu l’honneur de servir notre ville : Orléans ne t’oubliera jamais. »