Le Loiret directement concerné par les radicalisations

Alors qu’une campagne nationale donne la parole à des familles dont un proche est parti faire le djihad, le Loiret reste très surveillé.

Le gouvernement a lancé, il y a quelques semaines, une campagne de sensibilisation « à l’initiative des familles dont les enfants sont partis en Syrie » pour donner la parole à celles et ceux dont un enfant, un frère, une sœur, un conjoint est parti en Syrie ou en Irak pour combattre au sein de l’Etat islamique. Une campagne qui doit participer à la « prévention de la radicalisation violente et les départs », au même titre que la création d’un numéro Vert ( 0 800 00 56 96) et d’un site dédié en avril dernier.

« Nous souhaitons que ces témoignages aident les jeunes eux-mêmes »

« Si le but principal est de porter assistance aux familles et sensibiliser l’opinion publique, nous souhaitons que ces témoignages aident les jeunes eux-mêmes, tentés par cet engagement suicidaire, à prendre conscience des souffrances qu’ils pourraient alors causer à leurs proches et des risques vitaux qu’ils prennent en se rendant là-bas », explique Valérie Aubry-Dumont, Inès Weber et Fabienne Servan-Schreiber, à l’initiative des quatre spots audiovisuels qui donnent la parole à une mère, un père ou un frère d’un jeune parti dans les rangs de l’EI. Une campagne menée avec le soutien du ministère de l’Intérieur et le financement du Comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD).

En juin dernier, le Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR) faisait état de 4.091 personnes signalées comme étant en voie de radicalisation djihadiste en France entre 2014 et 2015. Selon d’autres chiffres tout aussi impossibles à vérifier, plus de 3.063 signalements de personnes en situation de basculement ont pu aboutir à un accompagnement individuel et familial. Près de 23 % des signalements concernent des mineurs, parmi lesquels les jeunes filles sont majoritaires. Les femmes représentent 40% des signalements au total.

Parallèlement, 1.880 djihadistes français ont été identifiés comme tels, 491 seraient actuellement en Syrie ou en Irak, et 134 auraient été tués, selon l’annonce faite par Manuel Valls, Premier ministre, s’exprimant le 15 septembre dernier devant l’Assemblée nationale.

Or, toujours selon les chiffres du CNAPR qui avait nourri un rapport parlementaire sur la question de la menace djihadiste en France, le Loiret est l’un des départements les plus exposés face à la menace de la radicalisation puisque 79 signalements de personnes en voie de radicalisation y ont été enregistrés. Un chiffre important qui place le département, après ceux de la région parisienne, dans le haut du tableau des départements français les plus menacés par des radicalisations individuelles.

79 signalements de personnes en voie de radicalisation enregistrés dans le Loiret

Certes, le Loiret se situe encore loin derrière ceux de la Seine-Saint-Denis (160 signalements), les Hauts-de-Seine (160 également), la Seine-et-Marne (155) ou encore Paris (145), mais demeure largement au-dessus de la moyenne nationale et davantage encore des autres départements de la région Centre-Val de Loire : avec 11 signalements, le Loir-et-Cher est le département le moins impacté, suivent l’Indre et le Cher (14 signalements tous les deux), l’Indre-et-Loire (16) et enfin l’Eure-et-Loir (52). Ces signalements sont, en général, le fait des familles elles-mêmes.

134 de nos ressortissants sont présumés avoir trouvé la mort sur le chemin du djihad

D’où cette campagne de sensibilisation qui a autant pour vocation d’appeler les familles à une certaine forme de vigilance face à d’éventuels signaux comportementaux qui pourraient présager un début de radicalisation chez un adolescent, qu’à permettre aux personnes tentées de partir en Syrie ou en Irak de mieux comprendre les conséquences familiales et personnelles d’une telle décision. À ce jour, comme l’a précisé le Premier ministre, 134 de nos ressortissants sont présumés avoir trouvé la mort sur le chemin du djihad.

Localement, suite aux 14 perquisitions administratives qui ont eu lieu à Montargis et à Orléans ont entraîné 12 assignations à résidence de cinq personnes fichées «S», dont « l’essentiel d’entre-eux » résident à Orléans.

A. G.