L’école idéale vue par des enfants migrants

À l’occasion de la rentrée scolaire, l’UNICEF rappelle qu’il est important que tous les enfants, et en particulier les enfants réfugiés et migrants, puissent aller à l’école pour apprendre, partager et jouer, quels que soient leur situation et leur statut.

C’est ce principe qui est mis en œuvre pour les élèves de l’école du Centre d’hébergement d’urgence pour migrants d’Emmaüs Solidarités à Ivry-Sur-Seine, en région parisienne.

Les photos ci-dessous sont celles de Pierre Terdjman, exceptée la photo story des cinq enfants photographes.

L’école, rattachée à l’académie de Paris est située au cœur du centre d’hébergement d’urgence pour migrants d’Ivry-sur-Seine, géré par Emmaüs Solidarité et destiné à un public vulnérable (familles, couples et femmes seules). Ouverte en février 2017, l’école a rapidement trouvé son rythme de croisière. L’équipe enseignante est composée de professeurs recrutés par le rectorat de Paris et de professeurs de la Ville de Paris, pour les cours de musique et sport. Chacun a en charge une classe de niveau (6-7 ans / 8-12 ans / 8-12 ans non scolarisés antérieurement / 13-18 ans). Les classes sont composées de 10 à 15 élèves. Les cours se concentrent sur l’apprentissage des bases du français et du savoir-être à l’école. Des activités tournées vers l’extérieur sont mises en place afin de favoriser la découverte du nouvel environnement (école d’Ivry, médiathèque…). Les enfants restent en moyenne une quarantaine de jours avant d’être orientés vers d’autres structures d’hébergement. Ils ne parlent pas ou peu le français à leur arrivée.

Dans la continuité du projet « De la France à l’Irak, imaginons l’école idéale », dix enfants ont été invités à s’exprimer sur leur vision de l’école : aussi bien celle qu’ils fréquentent que celle dont ils rêvent.

Pendant une semaine, l’association Aide humanitaire et journalisme (AHJ) a mené des ateliers de photographie avec Shayda Hessami et de peinture avec Paniz Yaghoubi, pour que les enfants laissent libre cours à leur créativité.

À la fin de la semaine, cinq élèves ont présenté une toile représentant leur école idéale.

De G à D : l’école idéale de Fatima, Khadija et Rawan
L’école idéale de Tamana accueille des enfants de nationalités différentes.
Shukrya représente une jeune fille qui fréquente l’école, qui regarde, qui réfléchit, mais à qui il manque encore les mots, en français, pour s’exprimer.

Cinq élèves ayant assisté aux ateliers de photographie ont de leur côté, raconté une journée passée dans leur école.

Photos de Kochi, Shahan, Mahboba, Zaki et Karen

Pour chaque enfant, apprendre

C’est grâce à l’école que nous apprenons qui nous sommes et comment vivre avec les autres. On y acquiert les moyens de développer des outils pour maîtriser notre présent et notre avenir : s’informer, se défendre, exercer son esprit critique, exprimer ses idées.

L’éducation est un droit et beaucoup d’autres droits dépendent de celui-là, comme accéder à la santé et s’épanouir.

Zaki, 9 ans, vient d’Afghanistan.
« Pour moi, l’école idéale, c’est une petite école, avec une seule classe. Dans cette école, on apprend tous ensemble : les grands et les petits. J’aime apprendre et j’adore les mathématiques.
Plus tard je veux être policier. »
Karen, 13 ans, vient d’Égypte.
« J’avais 6 ans quand je suis allée à l’école pour la première fois en Égypte. J’aimais beaucoup l’école, mais je n’aimais pas les professeurs parce qu’ils nous frappaient.
J’aime beaucoup l’école ici : je veux venir, même le week-end. Parce qu’ici on prend soin de nous. Et quand il n’y a pas d’école je m’ennuie.
L’école est importante parce qu’on apprend le français et plein de choses.
Je veux devenir docteure. »
Rawan, 13 ans, vient du Koweït.
« La première fois que je suis allée à l’école, j’avais 10 ans. Le premier jour, je ne comprenais rien. J’ai retrouvé des copines avec qui j’étudiais beaucoup. Le danois, c’est ma première langue européenne. C’est important d’apprendre la langue. Ma matière que je préfère, ce sont les mathématiques parce que la lecture c’est difficile. Dans mon école idéale, on fait beaucoup de mathématiques.
Plus tard je veux devenir avocate ou policière. »

À la fin de cette semaine d’atelier, les enfants ont exposé leurs œuvres dans la cour de l’ UNICEF.

Plutôt que de proposer des tirages classiques, nous avons organisé un événement dynamique autour d’un affichage en direct, par les enfants de l’école du CHUM d’Ivry-Sur-Seine, sous la direction de Pierre Terdjman, représentant le collectif Dysturb.

Cette approche collaborative, permet de partager l’expérience vécue lors des ateliers. Les enfants collent eux-mêmes les visuels et c’est un moment de partage et d’interpellation : cela aiguise la curiosité des passants et encourage le dialogue.

Collage à l’UNICEF le vendredi 1er juin en clôture des ateliers et présentation de l’exposition aux salariés par les enfants de l’école du CHUM d’Ivry.