NI SAINS NI SAUFS

Un reportage photographique de Laurence Geai sur les enfants non accompagnés dans le Nord de la France

Dans la crise des réfugiés et des migrants en Europe, 1 personne sur 3 en quête de refuge est un enfant.

Parmi ces enfants, des mineurs non accompagnés.

La photographe Laurence Geai s’est rendue à Calais entre février et mai 2016 et a enquêté dans le bidonville, auprès de ces jeunes isolés décidés à rejoindre l’Angleterre.

Ses photographies nous engagent à reconnaître la rudesse de l’existence de ces enfants, les risques qu’ils encourent, et l’urgence à leur venir en aide. Elles nous rappellent que ce sont avant tout des enfants, et que la façon de les accueillir dans nos pays est une responsabilité partagée.

Son reportage, associé à l’enquête sociologique menée par l’association Trajectoires pour UNICEF France, entend documenter la situation de ces jeunes : les rendre visibles pour que cesse le déni et que soient adoptées des mesures appropriées à leur situation, à leur âge et à leur fragilité.


Aucun recensement exhaustif de ces enfants n’existe. De par leur grande mobilité, les chiffres évoluent constamment. On estime qu’ils sont en permanence environ 500, présents sur l’ensemble du littoral de la Manche depuis début 2016.

Ces enfants fragiles ne sont pourtant pas protégés. Les réponses proposées par les pouvoirs publics en France sont limitées et inadaptées. Ils vivent ainsi dans des conditions indignes (manque de nourriture et d’accès à l’eau, déscolarisation). A la merci des passeurs et des adultes, ils sont exposés à des dangers permanents : accidents, blessures, violences dont des situations de violences sexuelles.

*Les prénoms des enfants ont été changés

Bidonville de Calais, février 2016

Ahmed, 16 ans, Soudan

Ahmed a quitté ses parents restés au Darfour et a emprunté la route migratoire passant par la Libye. Il vit dans le bidonville de Calais depuis 5 mois. Son objectif: rejoindre l’Angleterre “pour étudier les sciences”.

1er Mars 2016. Ahmed assiste au démantèlement de la partie Sud de la « jungle » de Calais où il vit.

Cette décision prise par les pouvoirs publics d’évacuer une partie du camp fragilise encore un peu plus les enfants non accompagnés.

Conséquence du démantèlement sans déploiement d’une réponse appropriée : le lien avec un certain nombre de ces enfants est perdu, on perd leur trace.


Mirzal, 16 ans, Afghanistan

Février 2016. Mirzal est arrivé seul à Calais il y a 4 mois. Ses parents sont restés en Afghanistan. Il semble en permanence accompagné d’un adulte afghan “qui s’occupe de lui”. Ils partagent la même cabane.

Ce jour là, Mirzal a très mal aux dents. Chez un coiffeur afghan de la “jungle” il passe un moment à se reposer.

Le lendemain, Mirzal profite de la présence dans la “jungle” d’une association de dentistes anglais qui proposent des consultations dans une caravane.

Mars 2016. Mirzal a quitté Calais pour Paris car sa cabane se trouvait dans la zone sud, démantelée depuis. Il est accompagné d’un adulte chez qui il sera hébergé.

Depuis, Mirzal aurait quitté Paris pour l’Allemagne, découragé par plusieurs tentatives échouées de passage en Angleterre.


Bahman, 17 ans, Afghanistan

Mars 2016. Bahman a accepté une place dans un container du CAP (Centre d’Accueil Provisoire) construit début 2016 et qui jouxte le bidonville.

Ces 125 containers peuvent accueillir 1 500 personnes, des adultes et des familles. Pour obtenir une place dans le CAP, un mineur doit être accompagné d’un “tuteur”. Il n’existe pas d’espace destiné spécifiquement aux enfants isolés.


Les Égyptiens représentent une minorité des migrants présents dans la jungle de Calais: entre 20 et 50, mineurs pour la plupart.

Anouar (à gauche) vit à Calais depuis 4 mois avec une dizaine d’autres mineurs. Il n’a pas de famille en Angleterre mais veut passer.

Des associations proposent des activités aux jeunes, comme la fabrication de masques que portent ici les deux garçons.


Iyad, 11 ans, Syrie

Iyad est originaire du Golan. Il est arrivé à Calais il y a environ 6 mois. Il est seul, ses parents sont réfugiés au Liban. Des syriens originaires eux aussi du Golan s’occupent de lui. Un oncle attendrait Iyad en Angleterre et l’enfant cherche donc à passer. Depuis, il semblerait que son frère aîné, perdu un temps lors du périple, ait lui aussi rejoint Calais.

Pour les enfants de Calais, la vie quotidienne se passe presque toujours dehors et en groupe, qu’il s’agisse de jouer, de manger ou de se laver.

Et le sommeil vient, les tentatives de passages occupant les nuits.

Dans le bidonville, le feu est partout ; il éclaire, réchauffe, rassure.


Zaher, 16 ans, Syrie

Avec son ami Mussab, âgé de 20 ans, ils vont tenter de passer en Angleterre en montant à bord d’un camion. Ils rejoignent un groupe qui se dirige vers l’autoroute. Leur stratégie : se cacher dans un parc, couper des branches avec lesquelles bloquer l’autoroute pour forcer les camions à s’arrêter et tenter de monter à bord de la remorque. La majorité d’entre eux seront probablement débarqués mais il arrive qu’un ou deux réfugiés parviennent à se cacher dans la marchandise.

Cela fait plus de 5 mois que les jeunes essaient de passer tous les jours.

Les blessures dues à ces tentatives de passage sont nombreuses. Lorsqu’elles ne sont pas soignées, elles peuvent s’infecter et laisser de lourdes séquelles.


Sufyan vient d’une région proche de l’Afghanistan . Suite au décès de son père, sa mère s’est remariée à son oncle, taliban, qui a menacé d’utiliser l’enfant dans une attaque suicide. C’est sa mère qui a organisé la fuite de Sufyan en Europe.

Cela fait 8 ou 9 mois que le jeune garçon a rejoint Calais. il y a rencontré un adulte dans la “jungle”, avec qui il reste en permanence pour être “protégé”. Ce soir-là, il va tenter une nouvelle fois de passer en Angleterre avec un groupe d’Afghans.

Sufyan, Zaher, Iyad, Anouar, Bahman, Mirzal et Ahmed doivent être protégés et bénéficier de nouvelles formes d’accueil adaptées à leurs besoins, sécurisées, et durables. Ceci permettra de gagner leur confiance et de les éloigner des passeurs et des adultes dangereux.
Ainsi, les enfants isolés qui arriveront demain ne connaitront pas ces conditions de vie inhumaines et dégradantes.

Retrouvez l’enquête “Ni sains, ni saufs” ici sur le site de l’UNICEF France