“Pas mon enfant” - Joséphine

Joséphine a aujourd’hui 50 ans. Elle habite dans la ville de San Pedro, dans le Sud-Ouest de la Cote d’Ivoire, avec son enfant et son mari. Son parcours a été quelque peu bouleversant. Fille de planteurs de cacao, premier produit agricole d’exportation en Côte d’Ivoire, elle a bien voulu partager son parcours, pour sensibiliser d’autres familles.

Joséphine Bale a aujourd’hui 50 ans. Elle habite dans la ville de San Pedro, dans le Sud-Ouest de la Cote d’Ivoire © UNICEF Côte d’Ivoire/2016/Gilliam

Par Joséphine Bale

SAN PEDRO (Cote d’Ivoire), 28 Avril 2016 — “J’ai eu une enfance malheureuse. Je n’ai pas grandi comme les autres enfants. Je n’ai pas eu la chance de poursuivre l’école”.

“J’ai été retirée de l’école parce que je n’avais pas un acte de naissance. Je me souviens encore j’étais en classe de CM2 à cette période-là. Cela me rendait triste parce que moi, je voulais absolument poursuivre mes études. Mais malheureusement, ce n’était plus possible “

“Depuis mes 10 ans, j’étais tout le temps restée à la maison pour aider ma mère pour les tâches ménagères. Je puisais l’eau, je faisais le ménage, j’aidais ma mère à faire la cuisine, je cherchais du bois, et bien d’autres. Mon père était tout le temps dans les champs de cacao avec d’autres membres de la grande famille”.

“Parfois, je me suis demandée pourquoi mes parents ne se sont pas battus pour que j’aies cet acte de naissance et que je puisse ainsi poursuivre mes études? Mais j’avais également des amies qui étaient dans la même situation”.

“De mes dix ans à ma majorité, je n’ai reçu que des réponses vagues. Ma mère me répondait qu’on avait pas d’argent pour cela, qu’elle avait besoin d’aide également à la maison pour aider la famille”.

“Ce n’est qu’à mes 18 ans, alors que je quittais la maison, que j’ai appris avec stupéfaction que ma mère avait caché mon acte de naissance depuis tout ce temps-là. Elle justifiait cet acte par le fait qu’elle avait besoin d’aide à la maison, et que les femmes n’avaient pas besoin de travailler. Les femmes ont pour mission de bien veiller à la famille, entretenir la maison et le foyer…”

“J’étais choquée le jour où elle m’a révélé cet acte. J’ai pleuré, j’ai imaginé pendant des semaines qu’est-ce que je serai devenue si j’étais allée à l’école ? Peut-être que je ne serai pas dans la situation dans laquelle je suis actuellement ?

Je n’ai jamais trouvé la réponse, je n’ai pas compris cet acte de ma mère, mais je lui ai pardonné. Elle avait certainement ses raisons. Mais moi, par contre, je ne ferai jamais cela à mon enfant. Non, pas mon enfant.”

Ce n’est qu’à mes 18 ans, alors que je quittais la maison, que j’ai appris avec stupéfaction que ma mère avait caché mon acte de naissance depuis tout ce temps-là © UNICEF Côte d’Ivoire/2016/Gilliam

“Je souhaite que mon enfant aille le plus loin possible dans ses études, qu’il puisse prendre en main sa propre destinée. Parfois même, mon mari me dit que j’exagère avec notre enfant quant à son éducation. Pour moi, le plus important, c’est qu’il réussisse.”

En Côte d’Ivoire, on estime aujourd’hui à environ 2 800 000 le nombre d’enfants de 0–17 ans non-enregistrés à l’état-civil dont 55% (environ 1 550 000) en âge de scolarisation. Les disparités se creusent entre milieu urbain et milieu rural où seulement 48% des enfants sont enregistrés contre 84% dans les villes. Elles sont aussi palpables entre les régions. Cette partie Sud-ouest du pays compte parmi les régions les moins nanties.

Les raisons du non enregistrement des naissances sont diverses, et parfois sont d’ordre culturelles — comme celle de la mère de Joséphine. Elles sont aussi dues au manque d’information des populations sur l’importance, l’obligation et les procédures de déclaration des naissances et à des contraintes au niveau de l’offre de service de l’état-civil — comme la rupture des registres d’état-civil, les pratiques des services non conformes aux dispositions légales ou encore la faible qualification du personnel des services.

La mère de Joséphine ne lui a remis son extrait de naissance qu’à l’âge de 18 ans © UNICEF Côte d’Ivoire/2016/Gilliam

Que fait l’UNICEF

  • L’UNICEF, en appui au Gouvernement, travaille sur plusieurs fronts prioritaires pour répondre à cette situation. Dans les zones à faible enregistrement, des activités de communication et mobilisation ont été menées dans près de 700 localités pour sensibiliser les familles sur l’importance de l’enregistrement à l’état civil. Des mécanismes à base communautaire de notification des nouvelles naissances ont également été mis en place dans près de 470 localités.
  • En vue d’étendre et de renforcer la qualité des services, l’UNICEF a également fourni des matériels dans plus de 623 services d’état civil du pays. Ces matériels incluent non seulement les registres mais aussi des matériels roulants et informatiques.
  • Au niveau national, l’UNICEF a maintenu le plaidoyer qu’il a engagé depuis 2012 pour la réforme de l’état civil en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, une évaluation globale du système de l’état civil de la Cote d’Ivoire visant l’élaboration et l’adoption d’un plan national d’action de la réforme du système de l’état-civil sera finalisée d’ici fin 2016. La réforme de l’état-civil et la mise en place d’un Registre National de la Population figurent parmi les priorités du plan national de développement de la Cote d’Ivoire pour la période 2016–2020.
  • Depuis 2013, ce sont aujourd’hui, près d’un million d’enfants ont pu être enregistrés à l’état civil grâce à l’appui apporté par l’UNICEF.

Le Programme d’enregistrement à l’état civil mené par l’UNICEF en Côte d’Ivoire est en grande partie financé par le Fonds pour la Consolidation de la Paix et l’UNICEF France

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