La scolarisation des enfants autochtones, une urgence pour atteindre l’éducation universelle au Congo.
Par Jean Marie Samuel OUENABIO

Les enfants autochtones constituent la couche sociale la moins scolarisée au Congo. 1 adolescent autochtone (12–15 ans) sur 2 ne va pas à l’école. En effet, 65% d’adolescents autochtones de 12 à 15 ans ne sont pas scolarisés, comparés au 39% dans la population générale scolarisable. Partant du constat de non jouissance de ce droit universel d’accès à l’éducation garanti par la Convention relative aux droits de l’enfant par les enfants autochtones, et face à la généralisation de l’analphabétisme au sein de cette couche sociale, les organisations non gouvernementales (ONG) locales, avec l’appui des partenaires techniques et financiers du secteur de l’éducation dont UNICEF, ont mis en place depuis 2008 des approches alternatives d’éducation non formelle, à travers en autres, des écoles ORA (Observer-Réfléchir-Agir), qui facilitent l’accès de ces enfants autochtones aux dispositifs formels de scolarisation.

Avec les écoles ORA, UNICEF et l’Association des Spiritains au Congo entendent répondre à l’appel des autorités congolaises, exprimé dans la loi n°5–2011 du 25 février 2011 portant ‘’Promotion et Protection des droits des peuples autochtones en République du Congo’’. L’éducation est un droit dont doivent jouir tous les enfants congolais sur le territoire national y compris les enfants des populations autochtones.
L’école ORA de MAKODI est l’une des quarante-quatre écoles ORA actuellement opérationnelles dans le département de la Likouala. 4171 élèves dont 1971 filles et 2200 sont enrôlés cette année scolaire 2016–2017 dans les écoles ORA.
“Depuis que nos enfants vont à l’école, ils savent lire, écrire et compter. Ils connaissent et pratiquent désormais les règles d’hygiène de base (se laver les mains à l’eau propre et au savon : avant de manger, après avoir été aux toilettes…). Nos enfants deviennent intelligents. Nous voulons des habits, des chaussures, des fournitures scolaires, des uniformes scolaires et une alimentation variée et adaptée pour nos enfants comme pour tous les enfants du monde” disent les mamans des enfants autochtones des écoles ORA d’Impfondo, de Modzaka et de Makodi dans le département de la Likouala au nord du Congo-Brazzaville.

Le sigle ORA signifie : Observer, Agir, Réfléchir. C’est une méthode conçue par les frères des écoles catholiques dans l’Est du Cameroun dans les années 1980. Avec quelques adaptations respectueuses des valeurs propres à la culture des peuples autochtones du Congo, cette méthode est reprise et appliquée par l’Association des Spiritains au Congo (ASPC) afin de promouvoir le droit à l’éducation des enfants autochtones, filles comme garçons. Le principe reste le même dans le fond : dans l’apprentissage, il s’agit de partir du connu pour aller vers l’inconnu. Les acquis antérieurs sont mis en valeur, consolidés et complétés. La méthode s’étend sur deux années ; ce sont en fait deux années préparatoires qui entendent aider l’enfant autochtone à intégrer le système éducatif formel. Les plus grands en âge sont dirigés vers l’apprentissage d’un métier. Le centre d’apprentissage catholique Likouala Timber de Betou, géré par l’Association des Spiritains au Congo avec l’aide de la société forestière Likouala Timber, travaille dans ce sens.

Accompagner la République du Congo pour assurer l’accès de tous à une éducation de qualité et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. Promouvoir l’éducation des filles et l’éducation inclusive en faveur de la scolarisation des enfants autochtone tels sont les engagements renouvelés par la Directrice régionale de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Marie Pierre Poirier pendant sa dernière visite en à Brazzaville en février 2017. La prise en compte de l’éducation non formelle à travers l’appui apporté aux écoles ORA qui scolarisent les enfants autochtones sans lesquels le Congo ne peut pas espérer atteindre l’éducation universelle est cruciale. Le Congo est donc encouragé à continuer d’accorder une attention particulière à ces écoles ORA en les soutenant financièrement et en intégrant celles qui répondent aux normes scolaires dans la carte scolaire nationale. L’Unicef ne peut que s’associer à cette initiative qui participe à la recherche de l’équité dans l’éducation.

“Nous finançons les partenaires de mise en œuvre notamment l’ASPC pour faire ce travail d’animation au quotidien des écoles ORA. Et notre financement permet de s’assurer que les enfants autochtones disposent des fournitures scolaires adéquates. Leurs parents sont en effet pauvres et ne peuvent acheter des fournitures scolaires. Nous fournissons aussi des kits récréatifs. Le financement c’est aussi:la prise en charge des animateurs, les supports pédagogiques, les programmes et tout ce qui concerne les curricula. S’assurer que les programmes sont de qualité” indique le Dr ALOYS KAMURAGIYE, Représentant de l’UNICEF au Congo.
En plus du soutien technique, financier et logistique de l‘UNICEF, l’Association des Spiritains au Congo jouit de l’appui du Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour les cantines scolaires ainsi que de l’Union européenne. Le travail réalisé est suivi par des autorités congolaises. l’Institut national de recherche et d’action pédagogique (INRAP) a produit il y a une année déjà, les nouveaux manuels en complément de la méthode ORA : ceux-ci sont en cours d’expérimentation dans ces écoles. Des missions conjointes des différents partenaires garantissent un meilleur suivi sur le terrain.
Cependant, le défi majeur pour cette louable initiative reste la reconnaissance des écoles ORA avec leur intégration dans la carte scolaire. La finalisation n’est pas encore acquise. Le problème du financement reste entier. La prise en charge des animateurs ORA est effective avec des fonds communs : UNICEF, Ministère de l’enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation (MEPSA). Pourtant, les mesures d’accompagnement durables tardent à venir souligne le Père Chrislain LOUBELO, Coordonnateur des écoles ORA dans le Diocèse d’Impfondo.

L’apport du PAM avec les cantines scolaires permet de stabiliser la fréquentation et de lutter contre les abandons. C’est aussi une forme de protection sociale qui contribue à l’amélioration de la nutrition et des facultés cognitives des enfants.
En effet, les enfants autochtones brillent par des absences records dans leurs écoles et ce, au rythme des saisons. Dans l’année, à la saison des chenilles, des champignons, de la pèche, du miel ou de chasse, les enfants partent avec leurs parents jouir de la providence saisonnière.

La coordination des écoles ORA et les encadreurs pensent qu’il faut engager les parents dans des activités génératrices de revenus pour réduire ce taux d’absentéisme et stabiliser la scolarisation/scolarité des enfants autochtones.
S’il est vrai qu’il y a encore du travail à faire pour la scolarisation des enfants autochtones, les efforts actuels ne sont pas vains : plus de 350 enfants venus des écoles ORA ont intégré le système éducatif formel et sont suivis régulièrement.
En définitive, la scolarisation des enfants autochtones est une urgence pour atteindre l’éducation universelle au Congo. Les enfants autochtones constituent la couche sociale la moins scolarisée en République du Congo: 65% des adolescents autochtones de 12 à 15 ans et particulièrement les filles, ne sont pas scolarisés, comparés au 39% dans la population générale scolarisable.
Jean-Marie Samuel OUENABIO fait partie de l’équipe communication du bureau de l’UNICEF en République du Congo
