Mali : un urgent désir de paix
Par Jean-Pierre Lacroix

Ma récente mission au Mali m’a conduit en différents endroits du pays, à Tessalit, Aguelhok, Kidal, Gao, Sévaré et bien sûr à Bamako. J’ai pu avoir, au fil du chemin, de nombreux échanges avec les Maliens comme les signataires de l’Accord de paix mais aussi les représentants de la société civile et des autorités locales et bien d’autres encore. Cette visite intervenait à un moment où il y a eu plusieurs tournants importants pour le Mali : l’élection présidentielle qui s’est déroulée récemment, puis la reconduction du mandat de la MINUSMA dans une résolution adoptée par le Conseil de sécurité il y a quelques semaines.
La résolution est importante parce que, tout en renouvelant le mandat de l’Opération des Nations Unies au Mali (MINUSMA), le Conseil de sécurité a tiré la sonnette d’alarme quant à la nécessité de réaliser des progrès substantiels et concrets dans la mise en œuvre de l’Accord de paix. Le Conseil de sécurité a exprimé ce message avec urgence : « dans six mois, sur la base d’un rapport que fera le Secrétaire général, concernant les progrès réalisés, nous évaluerons nous, membres du Conseil de sécurité, ces progrès et en fonction de notre évaluation, nous déciderons de l’avenir de la MINUSMA ». Le message est clair : une Opération de maintien de la paix, en l’occurrence la MINUSMA, n’a de sens et de raison d’être que si elle s’appuie sur un processus politique qui avance, et sur la volonté active des parties de le mettre en œuvre.
Ce message d’urgence n’est pas seulement exprimé par le Conseil de sécurité. Je l’entends chez tous mes interlocuteurs maliens. Le Président de la République, lors de son intervention après sa prestation de serment, a clairement indiqué que sa priorité numéro un allait à la mise en œuvre de l’Accord de paix. C’est aussi un message exprimé par les parties signataires mais aussi par toutes les Maliennes et les Maliens que j’ai rencontrés. C’est une préoccupation que j’entends de toute part. Par ailleurs, le Conseil de sécurité a aussi indiqué la totale détermination des Nations Unies à aider les Maliens à avancer, à progresser sur le chemin de la paix.
La MINUSMA est une mission d’appui. La stratégie est malienne et les priorités sont définies par les Maliens. Une opération de maintien de la paix est au service d’un processus politique, des efforts consentis pour faire aboutir une solution politique. La MINUSMA contribue à créer des espaces de sécurité en élargissant notre présence à partir de nos bases, à créer des conditions pour que graduellement, une présence de sécurité malienne acceptée, efficace, crédible, puisse se redéployer et que sur cette base, l’Etat puisse revenir et, de ce fait, fournir à nouveau des services de base aux populations.
Au Mali, il y a une complémentarité des rôles entre les différents acteurs et le rôle essentiel de bons offices du Représentant spécial à la MINUSMA. Ce rôle est essentiel pour contribuer aux progrès dans les efforts politiques. Et c’est en assurant à la fois l’efficacité et la complémentarité de tous ces efforts que nous réussirons, en nous appuyant sur la volonté politique et la détermination des parties maliennes, à avancer.
Jean-Pierre Lacroix est Secrétaire général adjoint aux Opérations de maintien de la paix des Nations Unies
