Discours à propos du changement climatique et de la sécurité nationale

par le Secrétaire d’État John Kerry

French translation of “Remarks on Climate Change and National Security” by Secretary Kerry.

Secretary Kerry Speaks on Climate Change and National Security at Old Dominion University

10 novembre 2015

Old Dominion University

Norfolk, Virginie

Merci beaucoup. Merci. Merci infiniment. Bonjour, Old Dominion University. Quelle heure est-il déjà ? Oui, c’est toujours le matin. (Rires). Je suis vraiment ravi d’être avec vous aujourd’hui et j’apprécie beaucoup cet accueil chaleureux. Permettez-moi de dire pour commencer que le travail que fait l’ODU dans le domaine de l’élévation du niveau des mers et du changement climatique est un travail que toutes les universités devraient accomplir, et je suis profondément reconnaissant envers cette université pour son engagement dans ces efforts.

M. Harnage, merci beaucoup de m’accueillir ici. J’apprécie. Je voudrais remercier le représentant Bobby Scott, un ami à moi, ainsi que tous les dirigeants nationaux et locaux qui sont ici avec nous aujourd’hui. Je voudrais remercier les hommes et les femmes en uniforme, les étudiants, le corps professoral de l’ODU et tous ceux qui sont passés par la région de Hampton Roads. Et je voudrais, bien entendu remercier mon ami et ancien collègue — Tom Harkin, le sénateur de l’Iowa, qui est ici. Et je ne sais pas ce que tu fais ici, mais — (applaudissements) — Tom a été mon partenaire sur ces questions pendant de très nombreuses années, et je suis vraiment ravi de le voir ici.

C’est très spécial pour moi d’être ici à Norfolk, un endroit où, depuis des siècles, les combattantes et combattants américains se préparent pour les missions de défense de notre pays et, évidemment, pour la promotion de nos idéaux. Et je suis particulièrement heureux d’être ici à la veille de la Journée des anciens combattants. Comme nous étions tristement rappelé ce week-end, lorsque deux entrepreneurs américains qui font la formation de la police dans le Moyen-Orient ont été tués en Jordanie, les Américains restent sur la ligne de front dans de nombreux endroits du monde et ils risquent leur vie tous les jours pour protéger nos intérêts et défendre notre liberté. Et demain, tandis que nous marquerons une pause pour honorer nos valeureux anciens combattants, j’espère que tout le monde dira une prière de remerciement pour les hommes et les femmes de nos forces armées, ainsi qu’une prière pour qu’ils restent sains et saufs. (Applaudissements).

À ce propos, permettez-moi d’adresser des remerciements particuliers à America Luna, qui est elle-même, vous l’avez entendu, une ancienne combattante ; elle a servi deux fois en Irak et elle est également étudiante ici, à l’ODU. Et je suis très reconnaissant à elle, d’abord pour sa généreuse présentation. Mais je suis aussi vraiment beaucoup plus reconnaissant à elle pour son engagement à la suite de son service, d’aider ses collègues anciens combattants à faire la transition entre la fin de leur service et un travail dans d’autres domaines ou dans le secteur privé.

J’étais un peu plus jeune que Mme Luna lorsque je me suis engagé dans la Marine. Et le fait d’être ici à Norfolk — et, plus tôt dans la matinée, sur la base militaire — m’a ramené à cette période qui, comme vous pouvez en juger par la couleur de mes cheveux, ne date pas d’hier.

Mais ce matin, j’ai eu le privilège d’aider les Marines rassemblés sur l’USS San Antonio pour célébrer le 240ème anniversaire du Corps des Marines. C’est un grand jour pour le Corps des Marines des États-Unis. (Applaudissements). Un peu dur pour moi de voir le même nombre de bougies sur leur gâteau que celui que je verrai sur — non, je plaisante. (Rires).

Je suis très, très fier du temps que j’ai passé dans la Marine. J’ai beaucoup appris. Je dois beaucoup à la Marine pour ce qu’elle m’a enseigné. Lors de mon premier déploiement en Asie du Sud-Est, j’ai servi sur une frégate lance-missiles guidés dans le Golfe de Tonkin. Et pour mon deuxième déploiement au Vietnam, j’ai conduit un patrouilleur dans les eaux du delta du Mékong. Bien entendu, c’était une période compliquée, mais je me rappelle avoir été saisi par la beauté naturelle incroyable des rivières et du delta et le mouvement constant des habitants et des marchandises sur l’eau. Et malgré la guerre, le Mékong était un centre de commerce et un lieu de première importance dans la vie quotidienne. Il le reste encore aujourd’hui, de la même façon que le grand port de Norfolk est, de fait, au centre de la vie ici.

Il se trouve que l’année où j’ai pris mes fonctions de Secrétaire d’État, je suis retourné au Vietnam, et plus spécifiquement dans le Mékong. C’était évidemment une expérience incroyable sur le plan personnel. Et même si je ne pouvais m’empêcher de repenser au passé, l’objectif principal de ma visite et de mon tour du Mékong, c’était l’avenir.

Et je suis ici aujourd’hui pour souligner un point que j’ai également évoqué lors de ce voyage : l’avenir de cette région et d’autres — en particulier les endroits qui se trouvent au bord de l’eau partout dans le monde — dépendra de notre capacité, en tant que communauté mondiale, à nous rassembler pour affronter ensemble le défi du changement climatique.

Maintenant, je fais quelque chose — (applaudissements). Je dis cela très clairement, car j’en suis fier : Je suis un défenseur de l’environnement. Je me suis positionné comme un défenseur de l’environnement bien avant de devenir lieutenant gouverneur du Massachusetts, et a fortiori sénateur. J’ai été un défenseur de l’environnement toute ma vie.

Mais la raison pour laquelle j’ai fait du changement climatique une priorité de mon mandat actuel de Secrétaire d’État n’est pas seulement liée au fait que le changement climatique constitue une menace pour l’environnement. C’est parce que le changement climatique, en suscitant des événements météorologiques extrêmes, en affaiblissant notre disponibilité militaire et en exacerbant les conflits dans le monde, constitue une menace pour la sécurité des États-Unis d’Amérique et, de fait, pour la sécurité et la stabilité de tous les pays.

Quand on parle de changement climatique, on ne parle pas seulement des dommages causés à l’habitat des papillons ou des ours polaires — comme le font certaines personnes pour s’en moquer — même si les effets de ce changement sont graves. On parle des conséquences, partout dans le monde, des sécheresses graves ou de l’élévation rapide du niveau des mers sur les populations. On parle des conséquences de phénomènes climatiques extrêmes imprévisibles et incontrôlables sur des villes entières. On parle de l’impact, sur des pays entiers, des chocs fondamentaux auquel le système agricole mondial est soumis.

Et si vous prenez en compte tout cela, mes amis, vous comprenez pourquoi, lorsqu’on parle des conséquences du changement climatique, on n’est pas seulement confrontés à quelques défis écologiques majeurs. Nous devons également nous préparer aux conséquences sociales et politiques potentielles qui découlent des mauvaises récoltes, du manque d’eau, de la famine, des flambées de maladies épidémiques comme celle que nous avons frôlée l’année dernière avec Ebola dans trois pays africains. Et nous devons renforcer la capacité de notre sécurité nationale à affronter la destruction possible d’infrastructures vitales et le mouvement de masse de réfugiés, en particulier dans des parties du monde qui constituent déjà un terreau fertile pour l’extrémisme violent et la terreur. En résumé, le changement climatique ne concerne pas seulement Bambi ; il nous concerne tous, de façon très personnelle et très importante.

Évidemment, ceux qui dépeignent le changement climatique comme n’étant qu’une question politique, partisane, n’aiment pas entendre ces arguments. L’année dernière, lorsque mon ami Chuck Hagel, notre Secrétaire à la Défense, a expliqué que le changement climatique et la sécurité étaient étroitement liés, les responsables de l’un des plus grands journaux l’ont qualifié « d’écolo irréductible ». Et avant cela, lorsque j’ai présenté le même argument, un politicien très en vue m’a demandé de démissionner.

Croyez-moi, je préférerais me tromper. Ce serait mieux pour nous tous si j’exagérais l’urgence de cette menace. Mais la science nous dit sans équivoque possible ce qui suit : ceux qui continuent à faire du changement climatique une bataille politique nous mettent tous en danger. (Applaudissements). Et nous ne pouvons pas rester à les regarder et leur permettre de faire cela.

Je tiens aussi à souligner que cela fait longtemps que je m’intéresse au défi du changement climatique. En 1992 déjà, j’étais présent au deuxième Sommet de la Terre des Nations Unies, à Rio. Même à cette époque, l’appel à la lutte contre la pollution et à promouvoir les énergies propres venait non pas uniquement des défenseurs de l’environnement, mais aussi de scientifiques et d’entrepreneurs du secteur privé. Et aujourd’hui, les Américains qui appellent à lutter contre le changement climatique sont issus de toutes les couches de la société et des deux familles politiques. On trouve sur cette liste des économistes comme Hank Paulson, le Secrétaire au Trésor de l’ancien Président George W. Bush, pour qui le changement climatique est « une

crise que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer ». On trouve aussi des diplomates comme George Shultz, l’ancien Secrétaire d’État de Ronald Reagan, qui dit que sur le changement climatique, « nous devons être chefs de file ».

Et on trouve également des hauts gradés de l’armée. L’année dernière, un groupe de 16 officiers trois et quatre étoiles et d’officiers généraux à la retraite de l’Armée de terre, de la Marine, de l’Armée de l’air et du Corps des Marines, qui constituent le Conseil consultatif militaire du Centre d’analyses navales CNA, a publié un rapport sur l’accélération de l’impact du changement climatique sur la sécurité nationale. Une lettre signée par les 16 officiers est annexée au rapport, qui implore les lecteurs de dépasser le discours public polarisé et de comprendre la gravité de ce que, je cite « tant de personnes considèrent être une préoccupation de sécurité nationale majeure pour notre nation ». Pour reprendre leurs mots, « le temps et les marées n’attendent personne ».

Des décennies de recherche scientifique nous disent sans le moindre doute possible que les êtres humains sont les responsables directs de la survenue et de l’accélération du changement climatique, et que si nous ne prenons pas dès aujourd’hui des mesures courageuses pour sortir d’une économie axée sur le carbone, nous serons exposés à des dommages irréversibles pour notre habitat, nos infrastructures, notre production alimentaire, nos réserves d’eau, le niveau des mers et potentiellement la vie elle-même.

Pourtant, il y en a certains — certains qui parcourent même maintenant le pays pour faire campagne — qui refusent de reconnaître les causes et les effets de l’activité humaine en matière de changement climatique parce que, disent-ils, ils ne sont « pas scientifiques » eux-mêmes. Or, beaucoup d’entre nous sommes allés au lycée et avons appris que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest et que la Terre tourne autour de son axe, et nous le croyons bien que nous ne soyons pas scientifiques. (Rires). Et ces individus ignorent les conclusions de 97 % des études scientifiques avalisées par des comités de lecture — plusieurs milliers d’études — qui ont examiné cette question.

D’autres prétendent accepter la science qui prouve comment et pourquoi le changement climatique se produit, mais ils refusent d’accorder le même crédit à la même science et aux mêmes scientifiques qui décrivent les conséquences potentiellement funestes auxquelles on devra faire face si des mesures ne sont pas prises pour traiter ce problème. Déconnexion totale. Bien sûr, cela peut être une façon commode d’aborder ce défi, puisque cela nous absout de toute responsabilité, mais il se trouve que c’est contraire au bon sens.

N’importe quel marin, marine, soldat, pilote ou garde-côtes vous le dira : vous ne devez pas attendre d’être sûr à 100 % d’une menace imminente pour prendre des mesures afin de l’éviter. Et personne, au sein de l’armée américaine, n’hésiterait. Certes, on peut comprendre un certain scepticisme. C’est même important. Mais au bout d’un moment, les amis, si cela vous pousse à attendre trop longtemps ou à ignorer totalement la réalité, cela devient très dangereux.

Vous n’avez certainement pas besoin d’être un scientifique pour voir que notre climat est déjà en train de changer.

Combien d’entre vous ici aujourd’hui ont moins de 29 ans ? Levez la main. Moins de 29. Je sais que beaucoup d’entre vous aimeraient bien, je suis désolé. (Rires).

Mais pour ceux d’entre vous qui avez levé la main, je veux que vous sachiez — vous pouvez la baisser — je veux que vous sachiez que vous n’avez pas vécu un seul mois qui soit plus frais que la moyenne du 20ème siècle. Pas un seul. Réfléchissez à cela. Cela signifie que ce qui était normal par le passé ne l’est plus.

La dernière décennie a été la plus chaude de tous les temps. La décennie d’avant a été la deuxième la plus chaude de tous les temps. Celle d’encore avant a été la troisième la plus chaude de tous les temps. Vous commencez à comprendre ? Trois décennies de suite.

Sur les vingt années les plus chaudes de l’histoire, il y en a eu dix-neuf au cours des deux dernières décennies. Et cette année, mes amis, est bien partie pour être la plus chaude de toutes.

Ces dernières années, ce qu’on considérait habituellement comme des phénomènes climatiques extrêmes a commencé à devenir la norme. À certains endroits, on s’attend à ce que le genre d’inondations qui se produisait à peu près tous les 500 ans se produise désormais tous les 25 ans. Les Américains qui vivent en Californie font actuellement face à l’une des sécheresses les plus longues et les plus graves de l’histoire de leur État. Et il est devenu difficile de mettre les informations sans entendre parler d’une tempête, d’une sécheresse ou de feux de forêt records.

Et l’on sait très bien désormais que ce genre d’événements va devenir de plus en plus fréquent au fur et à mesure que notre planète se réchauffe, que nos glaciers fondent et que le niveau de nos mers monte.

En d’autres termes, ce sera un peu Mère Nature gonflée aux stéroïdes.

Et cela va avoir des répercussions très réelles sur nos communautés, notre économie, notre armée, et exacerber les défis de développement auxquels nous sommes déjà confrontés.

Pour ce qui est des implications en matière de sécurité physique, elles sont vraiment très claires. Je suis allé à Tacloban, aux Philippines, peu de temps après le typhon Haiyan — en quelle année déjà ? — en 2013, après ma prise de fonctions comme Secrétaire d’État. Aucun mot ne saurait rendre justice au niveau de destructions que les populations ont subi ou que j’ai vu : une communauté entière réduite à néant ; de l’eau jusqu’au deuxième étage de la tour de contrôle de l’aéroport ; des voitures, des maisons et des vies renversées. Et en survolant la zone, nous avons vu des arbres éparpillés comme des cure-dents sur les flancs de la montagne. Et le pire de tout, c’est que le typhon a tué plus de 5 000 hommes, femmes et enfants.

Après une tempête de ce genre, le coût de la reconstruction est astronomique. Aux États-Unis, l’année dernière, il y a eu huit phénomènes climatiques extrêmes qui ont fait des dégâts estimés à plus d’un milliard de dollars. C’est-à-dire un milliard de dollars, ou plus, dépensé pour reconstruire et renforcer après chacun des événements, donc huit milliards au total. Et nous avons du mal à trouver trois milliards pour alimenter le Fonds vert pour le climat en vue des négociations à Paris.

Et lorsque des phénomènes climatiques extrêmes entraînent des catastrophes naturelles et des crises humanitaires, devinez quoi : notre armée intervient, et intervient avec courage et avec beaucoup de professionnalisme, mais cela éloigne les troupes de leur travail sur d’autres missions importantes.

Ce qui m’amène à un autre facteur et à une autre raison majeure pour laquelle le changement climatique constitue une menace sécuritaire : il a un impact direct sur la disponibilité de l’armée.

Bien entendu, c’est quelque chose que les habitants de Hampton Roads savent très bien. La base navale de Norfolk est la plus grande installation navale — pas seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier. Et les terres sur lesquelles elle est bâtie sont littéralement en train de s’enfoncer.

Le niveau de la mer à cet endroit monte deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Les eaux sont déjà montées de quarante-cinq centimètres depuis les années 1920. Les rues sont désormais inondées lorsqu’il y a de fortes averses à marée haute. Et selon les projections de l’Institut de science marine de Virginie, si la tendance actuelle se poursuit, la mer à Norfolk pourrait monter d’un mètre soixante ou plus d’ici la fin de ce siècle. Ce qui veut dire qu’un enfant né aujourd’hui pourra être témoin de cela au cours de sa vie. Réfléchissez à ce que cela pourrait signifier pour cette base et cette communauté, et pour les 28 autres installations militaires dans la région de Hampton Roads. Réfléchissez à ce que cela pourrait signifier pour la flotte de la marine américaine, dont 20 % est basée dans la région. Je viens juste de quitter l’un des navires, l’USS San Antonio, où l’on m’a expliqué ce qui est en train de se passer et l’élévation du niveau de la mer sur la côte Est. Cette région, après la Nouvelle-Orléans, est la plus touchée. Ils m’ont aussi parlé des dispositions qu’ils doivent adopter et qu’ils adoptent déjà en ce moment pour essayer de répondre à cela.

Ce qui cause l’essentiel de cette élévation du niveau de la mer, c’est la conjugaison de deux actions qu’exigent les lois de la science; pas la politique, la science : lorsque les océans se réchauffent, ils se dilatent. Mais ce n’est pas tout : au fur et à mesure que l’atmosphère se réchauffe, la glace fond partout dans le monde. On voit cela de façon spectaculaire dans l’Arctique — des glaciers de l’Alaska, que le Président Obama et moi-même avons visités l’été dernier pour essayer d’attirer l’attention dessus, à la calotte glaciaire massive du Groenland. Ce que je vais dire paraîtra peut-être un peu désinvolte à certains d’entre vous, mais ce qui se passe dans l’Arctique ne reste pas dans l’Arctique. Ne vous y trompez pas : la fonte des glaces dans l’Arctique contribue à l’élévation du niveau de la mer ici même, à Norfolk, aujourd’hui. Et les implications en termes de sécurité nationale d’une Arctique qui change ont été un facteur-clé dans ma décision de faire de la lutte contre le changement climatique un élément central de notre présidence actuelle du Conseil de l’Arctique.

Comme vous l’avez tous appris en cours de sciences, la glace qui est dans l’Arctique déplace l’eau. Et donc au fur et à mesure qu’elle fond, elle n’a pas le même impact sauf pour la surface au-dessus, etc. Mais au Groenland, la glace est sur de la roche. À l’heure actuelle, elle ne déplace rien. Vous pouvez regarder là-bas en été et voir un torrent, une rivière couler sous cette glace vers l’océan au fur et à mesure qu’elle fond. Et vous pouvez voir des images très frappantes, numériques, de cette masse de glace qui diminue d’année en année depuis quelques ans. Allez voir sur Google, vérifiez ; vous le verrez.

Si nos véhicules militaires ne peuvent se déplacer nulle part dans la région, ici ou ailleurs, parce qu’ils sont dans l’eau jusqu’aux essieux et que toutes les routes permettant de rejoindre et de quitter la base sont inondées, cela affecte la disponibilité de l’armée. De même, si le risque élevé de feux de forêt empêche nos troupes quelque part de s’entraîner avec des balles réelles, cela affecte également la disponibilité. Si le permafrost sur lequel nos bases d’Alaska sont construites commence à fondre, comme c’est le cas à certains endroits, et devient ensuite moins stable, cela affecte la disponibilité de l’armée.

Secretary Kerry Walks Down a Ramp in the USS San Antonio

Et ces conséquences directes sur la capacité de notre armée à défendre notre nation ne représentent pas l’ultime danger que le changement climatique pourrait entraîner pour notre sécurité nationale ; ce n’est que le début. C’est un argument que le sénateur John Warner, mon ami et ancien collègue de la Virginie au Sénat, a présenté de manière éloquente et à plusieurs reprises. Il était d’ailleurs également président du Comité des services armés du Sénat et Secrétaire de la Marine. Et voici ce que John a dit dans son témoignage devant le Comité des affaires étrangères du Sénat : « Le changement climatique est un “multiplicateur de menaces” qui aggrave les problèmes déjà existants ».

Et on voit déjà cela à l’œuvre. Au Nigéria, par exemple, le changement climatique n’est pas à l’origine de l’émergence du groupe terroriste Boko Haram. Mais la sécheresse grave à laquelle ce pays a été confronté, ainsi que l’incapacité du gouvernement à y répondre, ont contribué à créer la volatilité politique et économique que les militants ont exploitée pour s’emparer de villages, massacrer les enseignants et kidnapper des centaines d’écolières innocentes.

De même, ce n’est pas une coïncidence si la Syrie, juste avant la guerre civile, a connu la pire sécheresse de son histoire. Jusqu’à un million et demi de personnes ont migré des fermes vers les villes en Syrie, intensifiant l’agitation politique qui commençait juste à bouillonner dans la région.

Encore une fois, je ne suis pas en train de suggérer que le changement climatique a été la première raison de la crise en Syrie — ce n’est pas le cas, évidemment. La guerre a été déclenchée par un dictateur brutal qui a commencé à attaquer, à torturer et à bombarder son peuple avec des barils de TNT. Mais la sécheresse qui a dévasté des communautés entières dans le pays a exacerbé l’instabilité sur le terrain, fait empirer la situation et forcé les gens à migrer, donc on a eu un mélange de facteurs qui, dans un pays très sectaire où des personnes ont exploité ce sectarisme, a créé un vivier de recrues.

Le mois dernier, une étude a été publiée selon laquelle, je cite, « la combinaison de températures et d’une humidité élevées pourrait, en un siècle seulement, entraîner des conditions extrêmes dans le Golfe persique qui seront intolérables pour les êtres humains si le changement climatique se poursuit à ce rythme ». Les spécialistes suggèrent que l’accès à l’air conditionné pourrait bien être une question de vie ou de mort dans des pays très chauds comme le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis.

Et la perspective d’un climat plus chaud et plus sec dans tout le Moyen-Orient et dans une partie de l’Asie pèsera encore davantage sur la ressource la plus précieuse et la plus essentielle de toutes : l’eau douce. Nous avons déjà vu des tensions apparaître autour des bassins du Nil en Afrique, de l’Indus en Asie du Sud et, bien entendu, du Mékong en Asie du Sud-Est.

N’oubliez pas que presque tous les pays qui ont des frontières terrestres partagent les bassins d’une rivière internationale avec leurs voisins. Dans l’histoire, ceci a engendré plus de coopération que de conflits. Mais si l’eau vient à disparaître et que l’on s’attend à ce que le changement climatique altère de façon significative l’accès à l’eau douce ainsi que les réserves disponibles, imaginez les tensions qui peuvent surgir. On a écrit des livres sur la guerre de l’eau. Les pressions et les demandes vont augmenter régulièrement, et il se peut que l’avenir ne ressemble pas du tout au passé.

Notre future stratégie de sécurité nationale va être affectée également par ce qui se passe dans l’Arctique. La fonte de la calotte polaire ouvre des voies maritimes qui n’ont jamais existé. Il y a déjà là-bas le potentiel pour une course mondiale à l’exploitation des ressources de la région. Tout le monde sait que la Russie a planté son drapeau sous le pôle Nord. D’autres pays sont sur place là-haut, la Chine et d’autres, avec leurs navires, et ils sont en train de planifier l’exploitation des ressources, notamment du pétrole, du gaz naturel et des stocks de poisson. Les richesses économiques ont tendance à attirer l’intérêt de l’armée, car les nations cherchent à garantir la protection de leurs droits. Et nous savons, parce que nous suivons cela, que ces pays — la Russie, la Chine et d’autres — sont actifs dans l’Arctique. La Chine est en train de moderniser et d’agrandir sa marine. Les États-Unis pensent que toutes les activités effectuées dans l’Arctique devraient l’être de façon pacifique et dans le respect du droit.

Mais le changement climatique fait monter les enjeux, et nous devons tous veiller à prendre des mesures pour empêcher la compétition — une nouvelle compétition — de mener au conflit.

En effet, les conséquences du changement climatique peuvent exacerber la compétition pour l’accès aux ressources, menacer les moyens de subsistance et accroître le risque d’instabilité et de conflit, en particulier dans des pays déjà soumis à des tensions économiques, politiques et sociales. Et parce qu’aujourd’hui le monde est si extraordinairement interconnecté — économiquement, technologiquement, militairement, de toutes les manières imaginables — l’instabilité à un endroit peut constituer une menace pour la stabilité partout ailleurs. Le type de conflits dont on parle ne sera pas contenu par des frontières internationales, pas plus que tous ces réfugiés qui fuient en masse la Syrie ne le sont par les frontières de l’Europe.

Premièrement, les régions confrontées à des troubles, à de l’instabilité et à une gouvernance défaillante sont des terreaux fertiles pour l’extrémisme violent. Et nous savons tous que pour des groupes terroristes comme Daesh/l’EIIL, Boko Haram, Al-Shabaab et Al-Qaïda, les personnes de tous les groupes ethniques, de toutes les nationalités, religions et sectes sont des cibles.

Ensuite il y a la question de la migration de masse elle-même. Des gens qui n’arrivent plus à subvenir décemment à leurs besoins comme leurs familles l’avaient fait pendant des générations — en cultivant la terre, en pêchant ou en élevant des troupeaux — n’auront pas d’autre choix que de rechercher d’autres opportunités, la plupart du temps à d’autres endroits. Et ces autres endroits n’auront peut-être pas la capacité de les aider non plus.

Quid de ces familles qui ne peuvent pas se permettre d’acheter à manger pour leurs enfants parce que les prix ont flambé en raison des pénuries ? Et les étagères de supermarché qui pourraient rester vides à plusieurs endroits car il n’existe pas le même type de système d’approvisionnement que nous avons la chance d’avoir dans notre pays ? Ces personnes aussi pourraient désespérer et commencer à chercher d’autres moyens de survivre.

Les êtres humains sont exactement comme les autres espèces à cet égard. Lorsque notre environnement ne nous offrira plus ce dont nous avons besoin pour survivre, nous ferons tout notre possible pour trouver un nouvel endroit où vivre. Et l’histoire nous l’a montré, nous en a donné les preuves au cours des siècles.

À l’heure où je parle, nous sommes confrontés à une crise des réfugiés et des migrations qui est l’une des pires depuis des décennies. Et je tiens à le souligner : si nous ne sommes pas capables de répondre à l’urgence de ce moment, la situation terrible à laquelle nous assistons aujourd’hui pourrait s’aggraver de manière exponentielle avec la survenue de sécheresses encore plus intenses, l’élévation du niveau des mers et les autres effets du changement climatique.

Il ne fait aucun doute que le tableau que je vous brosse est compliqué, et parfois bien sombre. Mais la bonne nouvelle — et il y a une bonne nouvelle, les amis ; c’est pourquoi tout cela est tellement frustrant, pour être honnête avec vous — c’est qu’il n’y a rien de prédestiné à la tournure que les événements prennent actuellement. Le défi auquel nous sommes confrontés est peut-être immense, mais — et je n’insisterai jamais assez sur ce point — il n’est pas insurmontable. (Applaudissements).

Pour commencer, nous devons faire davantage pour nous préparer aux conséquences du changement climatique que nous voyons déjà venir.

L’adaptation au changement climatique est l’un des piliers fondamentaux du Plan d’action climatique du Président Obama, et toutes les agences fédérales apportent actuellement leur contribution pour aider à améliorer la résilience de notre nation aux conséquences climatiques.

Le Département de la Défense a pris une série de mesures pour garantir que ses efforts de planification militaire prennent en compte le changement climatique. Et les amiraux du corps des Garde-côtes et de la Marine qui m’ont parlé aujourd’hui de ce qu’ils font ont été très clairs quant au niveau d’efforts accomplis par toute l’armée à cet égard. Les commandements de combat géographiques incorporent désormais le risque posé par les variations climatiques projetées à l’heure actuelle dans leurs demandes et évaluations en matière de ressources ainsi que dans d’autres considérations opérationnelles. Le Département de la Marine s’est fixé comme objectif de couvrir d’ici à 2020 (en produisant ou en achetant) au moins 50 % des besoins énergétiques des installations terrestres à partir de sources d’énergie propres, et ils sont en bonne voie. (Applaudissements). Le mois dernier, le département vient d’annoncer un accord de 10 ans avec Dominion Virginia Power pour fournir de l’énergie solaire à la base navale de Norfolk.

Si l’on veut garantir que notre armée soit aussi résiliente que possible, cela demandera une coopération sans précédent à tous les niveaux du gouvernement. Et le programme pilote développé ici à Old Dominion University est un exemple parfait du type d’efforts coordonnés que nous devons déployer d’un océan à l’autre, mes amis. (Applaudissements).

Parce que la région des Hampton Roads est particulièrement vulnérable au changement climatique, le Département de la Défense reconnaît que les risques vont au-delà de nos installations militaires, qu’ils concernent aussi les routes et les ponts en-dehors de la base qui sont utilisés par les employés de l’armée, ainsi que les systèmes d’alimentation en eau, les aéroports locaux, les écoles locales fréquentées par les enfants des militaires et d’autres infrastructures nationales et locales. Donc le gouvernement fédéral à lui seul ne peut pas développer et mettre en œuvre une stratégie d’adaptation efficace. Cela va demander aussi une coordination avec les dirigeants nationaux et locaux.

C’est l’idée qui sous-tend le projet pilote développé au Centre pour l’élévation du niveau des mers de ODU : développer une approche en matière de préparation à l’élévation du niveau des mers et de planification de la résilience à l’échelle de tout le gouvernement et de toute la communauté. Cela contribuera à résoudre les difficultés importantes auxquelles Hampton Roads est confronté, et pourra aussi être utilisé comme modèle pour les communautés confrontées à des défis similaires dans d’autres parties du pays. Les villes et les communautés ont un rôle moteur à jouer dans la réponse mondiale au changement climatique, et je suis heureux de vous annoncer que beaucoup d’entre elles le font déjà. C’est pourquoi le Département d’État a lancé au début du mois un partenariat séparé avec Bloomberg Philanthropies afin d’aider à mettre en relation les responsables municipaux dans le monde entier pour qu’ils puissent apprendre les uns des autres et faire circuler les bonnes idées.

À présent, de même que le Pentagone a commencé à envisager notre planification militaire dans une optique climatique, nous devrons intégrer à terme les considérations en matière de changement climatique dans tous les aspects de notre politique étrangère, du développement et de l’aide humanitaire à la consolidation de la paix et à la diplomatie.

Et cela commence par une meilleure compréhension des liens complexes qui existent entre le changement climatique et la sécurité nationale.

Aujourd’hui, je suis heureux d’annoncer que je réunirai un groupe de travail avec de hauts fonctionnaires du gouvernement pour déterminer comment intégrer au mieux l’analyse climatique et sécuritaire dans la planification et les priorités globales en matière de politique étrangère. Par exemple, les plans stratégiques qu’utilisent nos ambassades devraient prendre en compte les effets climatiques attendus afin de permettre à nos diplomates de collaborer avec les pays hôtes pour se concentrer sur la prévention — d’affronter de façon proactive les tensions engendrées par le climat qui pèsent sur les moyens de subsistance, la santé et la sécurité des populations, et de le faire avant qu’elles ne donnent lieu à des revendications profondes qui alimentent les conflits.

Étant donné l’effet « multiplicateur de menaces » que nous avons déjà observé en de nombreux endroits du monde, la collaboration en matière d’analyse du risque climatique devrait faire partie intégrante de toutes nos relations diplomatiques, et nous veillerons à ce que ce soit le cas.

Nous travaillons également étroitement avec USAID, l’Agence des États-Unis pour le développement international, afin d’améliorer notre système d’alerte rapide et notre capacité de prévention en matière de conflits. Le gouvernement américain emploie actuellement des outils de pointe pour contribuer à répondre aux fragilités et aux risques d’instabilité dans le monde. En superposant une analyse de vulnérabilité climatique à ces évaluations, nous pensons être en mesure de mieux identifier les zones où la combinaison des risques est particulièrement élevée et où il existe des opportunités uniques de prévention des conflits et de résilience avant qu’il ne soit trop tard.

Et voilà le résultat : si nous sommes capables de mieux identifier les « drapeaux rouges » des risques dans le monde, nous pourrons mieux cibler notre diplomatie et notre aide au développement pour permettre à ces pays de devenir plus résilients, plus sûrs, et moins enclins à sombrer dans une guerre ouverte ou une crise humanitaire.

Donc il y a beaucoup de choses — beaucoup de choses que nous pouvons faire et que nous commençons à faire pour nous préparer aux changements avant qu’il ne soit trop tard pour pouvoir les arrêter.

Maintenant, l’autre point positif : Les effets les pires ne sont pas inévitables. Nous avons encore le temps de passer à une économie mondiale axée sur des énergies propres et de remettre le monde sur une voie beaucoup plus sûre et beaucoup plus durable. Et croyez-moi : si nous laissons passer l’occasion de le faire, ce sera peut-être la chose principale que l’on retiendra de notre génération. (Applaudissements).

Mes amis, je crois que la solution au changement climatique n’est pas à rechercher dans quelque théorie utopique. Elle n’attend pas dans le cerveau ou sur le bureau d’un professeur quelque part dans le monde que celui-ci l’énonce. Elle est ici maintenant. Nous la voyons. Nous savons ce que c’est. Ça s’appelle la politique énergétique. Et plus nous pourrons passer rapidement à une économie à faibles émissions de carbone et inciter le monde à adopter les nouvelles technologies pour ce faire, plus vite nous règlerons ce problème dans sa totalité. C’est aussi simple que cela. (Applaudissements).

Je suis fier de pouvoir dire qu’il s’agit d’un défi dont le Président Obama s’est saisi à bras le corps — et grâce aux politiques courageuses qu’il a mises en place, nous émettons moins que les deux dernières décennies. Nous avons doublé la distance que nos voitures pourront parcourir avec un litre d’essence d’ici à 2025 ; nous avons triplé la production d’électricité éolienne ; et nous avons multiplié par 20 la production d’énergie solaire en Amérique. (Applaudissements). Les États-Unis ont réduit plus que tout autre pays au monde l’ensemble de leur pollution au carbone.

Mais soyons clairs : nous ne pouvons pas régler ce problème tous seuls. Même si tous les Américains allaient au travail à vélo ou pratiquaient le covoiturage pour aller à l’école et utilisaient des panneaux solaires pour leur domicile, même si chacun d’entre nous plantait une douzaine d’arbres, et que nous faisions tout cela au même moment, ce ne serait toujours pas suffisant pour contrecarrer la pollution au carbone émise par le reste du monde. Il s’agit d’un défi mondial, et c’est pourquoi nous nous efforçons d’offrir un leadership à l’échelle mondiale. Ce n’est qu’avec des solutions à l’échelle mondiale que nous pourrons relever ce défi.

Mais le leadership américain — je vous le dis clairement et sans équivoque — le leadership américain est indispensable si l’on veut remporter des succès à l’échelle mondiale.

Et le Président Obama et moi-même en avons fait une priorité absolue de cette administration. En tant que Secrétaire d’État, j’ai placé au sommet des priorités diplomatiques l’engagement du reste du monde dans la lutte contre le changement climatique. Nous soulevons cette question à chacune de nos réunions, à la veille des négociations qui auront lieu à Paris le mois prochain. Et au cœur de ce combat, nous cherchons à obtenir un accord ambitieux, durable et inclusif lors de la conférence des Nations Unies sur le climat le mois prochain à Paris. Voilà notre objectif. (Applaudissements).

Et ce ne sont pas des paroles en l’air. À cette fin, nous travaillons déjà étroitement depuis quelques années avec des pays sur tous les continents pour les aider à changer de politique énergétique et abandonner les sources d’énergie bon marché à haute teneur en carbone, comme le charbon. Il est vrai que parfois, ces conversations sont difficiles, en particulier dans des endroits et des États comme ceux où le charbon est extrait. Je comprends. C’est difficile. Mais ce qui sera encore beaucoup plus difficile à expliquer aux générations futures, c’est pourquoi, lorsque nous avions des alternatives à notre disposition, nous ne les avons pas exploitées.

Les arguments présentés par les autres pays — j’entends cela tout le temps ; ils font référence à la révolution industrielle américaine, au cours de laquelle nous nous sommes développés et avons prospéré et pollué sans contrainte — et j’ajouterai sans conscience — et ils expliquent qu’ils ne font que vouloir ce que nous avons eu — la possibilité de développer leur économie de la même façon. Et nous rétorquons que les États-Unis ne savaient pas quels dommages ils causaient à la planète. Nous faisons valoir que nous n’avions pas à notre disposition les solutions énergétiques plus intelligentes, plus propres et plus efficaces qui existent aujourd’hui. Et nous soulignons que ces nouvelles technologies et pratiques ne feront que devenir plus abordables et plus faciles à mettre en place au fur et à mesure que les pays les adopteront.

Cela fait maintenant plusieurs décennies que je suis profondément immergé dans ces questions, dans ce débat international, et la question de savoir si les États-Unis seraient prêts à faire les mêmes choix douloureux que ceux que nous demandons au reste du monde, cette question nous poursuit depuis le début.

Récemment, nous avons eu l’occasion de prouver que la réponse à cette question est « oui ».

Vendredi dernier, j’ai informé le Président Obama de la conviction du Département d’État, qui est la mienne, que l’autorisation de construire le pipeline Keystone XL n’est pas dans l’intérêt national des États-Unis d’Amérique. (Applaudissements).

Certes, je connais tous les arguments. Croyez-moi, je les étudie dans tous les sens depuis un an et demi. En réalité, Keystone n’aurait pas été le moteur de développement économique à long terme que ses défenseurs voulaient faire accroire. Cela n’aurait pas eu un impact mesurable sur notre sécurité énergétique. Quant aux prix du gaz pour les consommateurs américains, le projet n’aurait fait strictement aucune différence, puisque les prix ont déjà baissé, comme vous le savez.

Mais ce qu’il ferait, ou aurait fait, c’est de faciliter le passage par notre pays de l’une des sources de combustible les plus polluantes de la planète.

Or c’est très simple, on ne peut pas continuer à agir comme si de rien n’était. Si nous voulons jouer un rôle moteur dans le changement climatique, nous ne devrions pas accorder une légitimité américaine au développement d’une forme d’énergie particulièrement intensive en carbone au moment où nous devrions emmener le monde dans une direction différente et beaucoup plus intelligente — et pour être franc, une direction qui est déjà à notre portée. Voilà ce que nous devrions faire. (Applaudissements).

D’ores et déjà, quatre fois plus d’Américains — vous entendez, quatre fois plus d’Américains — sont employés aujourd’hui dans des entreprises d’énergie renouvelable que dans l’industrie des combustibles fossiles. La création d’emplois dans le secteur des énergies propres est deux fois plus importante que celle de l’économie dans son ensemble, et le taux de croissance dans le secteur de l’énergie solaire est dix fois plus important. On s’attend à ce que 17 trillions de dollars soient investis dans l’énergie au cours des 15 prochaines années, et la grande majorité de ces investissements se fera dans les énergies propres. Il s’agit de l’une des plus formidables opportunités économiques de tous les temps, et si nous continuons à faire les bons choix, les entreprises et les travailleurs américains vont en bénéficier énormément. Dans cette optique, j’ai lancé le mois dernier le Forum d’investissements liés au changement climatique et aux énergies propres du Secrétaire d’État, qui a réuni 300 des plus grands investisseurs, innovateurs en matière d’énergie et experts en politiques publiques au monde, et ces personnes ont toutes pour objectif d’intensifier le développement des énergies propres dans le monde.

Ne vous y trompez pas : les choix que fait l’Amérique intéressent le reste du monde. J’ai eu le privilège d’être présent à Pékin l’année dernière lorsque le Président Obama, debout juste à côté du Président Xi, a annoncé nos objectifs respectifs, ambitieux, en matière d’atténuation des effets du changement climatique à partir de 2020. Cela ne s’est pas produit par hasard. Nous étions allés là-bas un an plus tôt et avions discuté avec les Chinois, qui étaient opposés à ce que nous avions essayé de faire à Copenhague et à Kyoto. Et nous leur avons expliqué de quoi il s’agissait et montré que ces initiatives nous ouvraient à tous des marchés. À ce moment-là, un nouvel espoir est né de pouvoir faire des progrès décisifs d’ici aux négociations de Paris. Et je suis heureux de pouvoir dire que grâce à la Chine et aux États-Unis, qui se sont levés et ont déclaré d’une même voix que nous annoncerions ensemble nos contributions prévues déterminées au niveau national en matière de réductions (les CPDN, comme on les appelle), grâce à cela, je peux vous dire aujourd’hui que plus de 150 autres pays — qui représentent près de 90 % des émissions mondiales — ont désormais annoncé leurs propres objectifs. Ça, c’est du leadership. (Applaudissements).

Aujourd’hui, un accord mondial effectif sur le climat est à portée de main. Je ne peux pas vous dire que nous l’obtiendrons, mais il est à portée de main. Et tous ceux qui sont présents dans cette salle — tout le monde partout, d’ailleurs — ont un intérêt à exercer les pressions nécessaires sur leurs dirigeants et sur la communauté mondiale pour atteindre cet objectif.

Je ne vais pas vous dire qu’un accord mondial sur le climat sera la solution miracle qui éliminera la menace posée par le changement climatique. Mais la vérité, c’est que nous ne l’éliminerons pas sans obtenir un accord à Paris.

Et le type d’accord auquel nous aspirons est un accord qui démontrera que les dirigeants de la planète ont enfin pris la mesure du défi auquel nous sommes confrontés.

Cela donnera confiance, surtout, aux chefs d’entreprise, au secteur privé, qui ne sont pas certains de notre engagement collectif et qui, en de nombreux endroits, hésitent donc à investir malgré tous les investissements dont j’ai parlé, et restent sur le côté. Et ils hésitent à investir dans les alternatives à faible intensité en carbone car ils ne sont pas encore certains que c’est la direction que vont prendre les dirigeants de la planète.

Si nous réussissons à faire cela à Paris, nous enverrons ce message aux dirigeants du monde entier. Nous enverrons ce message aux citoyens, aux maires, aux gouverneurs, aux personnes partout autour de nous qui doivent faire des choix. Et cela aidera les fonctionnaires à tous les niveaux du gouvernement à savoir qu’ils s’inscrivent dans un engagement planétaire à bâtir des économies durables. Et le plus important, c’est que cela nous mettra tous sur la voie d’un avenir plus propre, plus sain et — oui — plus sûr. (Applaudissements).

Maintenant, soyons clairs. Si nous ne le faisions pas — si nous n’agissons pas de façon plus téméraire dès maintenant, ce pourrait être la trahison la plus profonde commise par une génération à l’égard d’une autre ou d’autres dans toute l’histoire de l’humanité. Mais nous devons empêcher cela. Et comme vous l’aurez compris en m’entendant, je crois que nous pouvons le faire. Il n’est pas trop tard pour réduire les émissions, limiter les dégâts et récolter les bénéfices écologiques, économiques et sécuritaires d’un avenir énergétique plus propre et plus vert.

Les États-Unis sont le plus grand innovateur au monde. Nous sommes fiers de cela. Et à Paris, nous entendons envoyer un message clair au reste du monde pour dire que nous sommes déterminés à régler ce problème. Et grâce à l’ingéniosité du secteur privé américain, nous assistons à d’énormes percées en matière de capacité de stockage des batteries, à de nouvelles perspectives dans le domaine des énergies renouvelables. Dans l’armée, nous constatons des développements importants dans la façon d’utiliser les technologies renouvelables. Par exemple, notre armée a été la première à déployer des panneaux solaires sur le terrain en Afghanistan afin de réduire la dépendance vis-à-vis des convois de combustible.

Nous sommes ici dans une ville militaire. Et quand j’étais dans la Marine, on avait une expression, et je suis sûr qu’elle est encore en usage aujourd’hui : « Le navire, le compagnon de bord, soi-même ». C’est une seconde nature pour la plupart de nos militaires, hommes et femmes, que de placer le bien commun au-dessus de leurs intérêts personnels. Et c’est ce sentiment qui doit guider nos efforts pour surmonter cette menace planétaire.

Je vais vous dire mes amis : Tom Harkin va ratifier cela. Je veux dire, si on l’obtenait — ou Bobby Scott. Si on obtenait ne fût-ce qu’un résultat vraiment positif pour l’intérêt général avec certains des choix sur lesquels on doit parfois voter, ce serait déjà énorme. Des choix difficiles parfois. Là, c’est — ce devrait être une évidence, parce que les avantages que nous en tirons sont à la hauteur de notre héritage et de l’obligation que nous avons de prendre soin de la planète qui, en passant, nous est donnée par les écritures de toutes les grandes religions et de toutes les grandes philosophies de la vie.

C’est notre responsabilité. Donc nous serions à la hauteur. Nous créerions des millions d’emplois. Comme je vous l’ai dit, ce sont les secteurs de l’économie qui ont le taux de croissance le plus élevé. Nous offririons une meilleure santé aux populations, moins de particules dans l’air, moins de cancers. En Amérique, la première cause d’hospitalisation des enfants pendant l’été est l’asthme induit par la pollution. Cela nous coûte des milliards.

Alors combien de bénéfices ? La santé, l’environnement, l’héritage, la sécurité, l’indépendance énergétique : nous bénéficierons de tous ces éléments si nous faisons cela. Et si nous avions tort, nous aurions quand même tous ces bénéfices. Mais si ce sont nos détracteurs qui ont tort, catastrophe.

Ça ne devrait pas être un choix difficile, mes amis. Nous avons la responsabilité morale de protéger l’avenir de notre nation et de notre monde. C’est la charge qui nous incombe. C’est notre devoir. Et pour notre navire, pour nos compagnons de bord, pour nous tous et pour les générations qui suivent, nous devons prendre les mesures qui s’imposent.

Merci beaucoup. (Applaudissements).