Discours par le Secrétaire d’état John Kerry prononcé à la COP22

French translation of “Remarks at the 22nd Conference of the Parties (COP22) to the United Nations Framework Convention on Climate Change

Le 16 novembre 2016
Marrakech, Morocco

Merci infiniment à vous tous… Mes excuses pour ces quelques instants de retard. D’abord un incendie, puis un embouteillage sur notre itinéraire… mais enfin me voilà et vous voilà et je vous remercie d’être là.

Je débuterai ces remarques en remerciant notre remarquable envoyé spécial américain pour le changement climatique, Jonathan Pershing. C’est vraiment une chance pour moi de l’avoir à ce poste. Il a exercé ses talents au Département de l’énergie pendant un moment. Nous l’avons subtilisé à Ernie Moniz, qui est un excellent collègue et ne m’a pas gardé rancune de ce vol. Et il a fait un travail phénoménal en collaboration avec tous nos partenaires internationaux au moment où nous débutons la tâche ardue de mise en œuvre l’Accord de Paris. Et je veux aussi remercier l’ambassadrice Jennifer Haverkamp, qui, avec Jonathan et un grand nombre des membres de l’équipe que je vois ici, ont mené de façon magistrale, la tâche de conduite des efforts du Département d’État visant à faire progresser cette année, nos objectifs concernant le climat. Et je dois vous dire… permettez-moi de digresser une minute — Je veux aussi remercier Brian Deese — Je ne sais pas s’il est ici — mais je suis reconnaissant au conseiller principal du Président Obama sur les questions de climat et à toute l’intrépide délégation américaine à la COP que j’ai pu rencontrer plus tôt ce matin, mais nous avons en quelque sorte parcouru ce chemin ensemble. Je remercie aussi nos partenaires internationaux et notamment la secrétaire exécutive de l’UNFCCC, Patricia Espinosa ; la présidente sortante de la COP, Mme la ministre Ségolène Royal de France ainsi que le président entrant de la COP et notre hôte cette semaine, M. Salaheddine Mezouar, ministre des affaires étrangères du Maroc. Je veux aussi remercier nos partenaires de Fiji qui présideront la prochaine COP à laquelle j’ai l’intention d’assister comme citoyen Kerry.

Je suis très heureux de pouvoir être là à Marrakech. Elle évoque pour moi l’un des plus imposants personnages du 20e siècle, Sir Winston Churchill, dont le lien avec cette ville est si célèbre. Il adorait peindre les paysages et s’imprégner de la beauté et de la culture de ce lieu. Et en fait, au point culminant de la deuxième guerre mondiale, alors que lui, le président Franklin Roosevelt et les dirigeants des pays alliés s’étaient réunis à Casablanca pour planifier la stratégie pour le théâtre européen des opérations, Churchill a été stupéfait d’apprendre que Roosevelt n’avait jamais visité cette partie du Maroc. Ainsi, dans une initiative que seul peut-être, Winston Churchill pouvait se permettre au milieu d’une guerre mondiale, Churchill a convaincu Roosevelt de prolonger sa visite et de circuler en voiture dans ce qui était encore au moment, un pays plongé dans des combats actifs. Ainsi, après une escapade de plusieurs heures, et parce que nous parlons de Winston Churchill, beaucoup de Scotch, -(rires)- les deux chefs d’état sont arrivés à Marrakech à temps pour voir le coucher de soleil sur l’Atlas. Et Churchill a déclaré que c’était la plus belle vue de la terre.

Ainsi, est-il opportun, selon moi, que près de trois quarts de siècle plus tard, les amis et alliés se rencontrent à nouveau à Marrakech en vue d’entreprendre une très importante discussion, une discussion sur le monde naturel qui nous entoure et l’importance de le préserver pour les générations à venir. Comme Jonathan l’a indiqué, le changement climatique me tient particulièrement à cœur, comme il tient à cœur de tout le monde dans cette salle. Je le sais bien. Et nous voulons évidemment qu’il tienne profondément à cœur de tout le monde, partout, hommes, femmes, enfants, hommes et femmes d’affaires, consommateurs, parents, enseignants, élèves ou étudiants et grands-parents. Où que nous vivions, quelle que soit notre vocation, quels que soient nos antécédents, ceci est un impératif. Je sais qu’il n’est pas sans danger de prêcher aux convertis et de toute évidence, nous sommes tous ici des convertis. Mais en réalité, je suis heureux de ce fait, car ici, à la 22e COP, personne ne peut nier les remarquables progrès que nous avons réalisés, progrès d’ailleurs difficilement imaginables même il y a quelques années. La communauté mondiale est plus unie que jamais, non seulement pour accepter le défi, mais pour lutter en prenant de réelles mesures et pour contribuer à changer les choses. Et personne ne doit douter qu’une écrasante majorité des citoyens américains sache que le changement climatique se produit et est déterminée à tenir les engagements pris à Paris. (Applaudissements)

Aucun de nous n’oubliera le moment où, au Bourget, à la fin de décembre dernier, l’ancien ministre des affaires étrangères de France avec Ségolène et d’autres parmi vous ici, conduits par notre ami Laurent Fabius ont conclu l’accord sur le climat le plus ambitieux jamais négocié. Il a littéralement fallu des décennies pour parvenir à cet accord, produit glorieux du travail d’une diplomatie fondée sur les principes et, en fin de compte, prise de conscience profonde et partagée que nous sommes tous logés à la même enseigne. Et après avoir quitté Paris, personne ne s’est reposé sur ses lauriers. En fait, le monde, unifié, a rapidement pris des mesures pour commencer le — pour mettre l’accord en vigueur de manière permanente, en atteignant le seuil de ratification de 55 pays représentant 55 pour cent des émissions mondiales et en y parvenant plus vite que le plus optimiste d’entre nous l’aurait prédit. Dans une déclaration retentissante de l’engagement du monde entier à cet accord, 109 pays représentant 75 pour cent des émissions se sont, en moins d’un an, officiellement engagés à prendre des mesures décisives et courageuses, et nous sommes déterminés à affirmer cette action et à nous y tenir après Marrakech.

Nous avons désormais établi — (applaudissements) — nous avons établi une base, reposant sur les objectifs décidés par les pays concernant le climat, 109 pays, chacun d’entre eux ayant proposé son propre plan, chacun de nous fixant des objectifs fondés sur nos capacités et notre propre situation. L’essentiel de cet accord est en fait les responsabilités communes mais différenciées. Il apporte un appui aux pays qui ont besoin d’aide pour atteindre leurs objectifs. Il ne laisse aucun pays affronter seul la tempête du changement climatique. Il rassemble un ensemble d’outils destinés à aider les pays en développement à investir dans l’infrastructure, la technologie et la science pour pouvoir réaliser la tâche. Il soutient les pays les plus vulnérables pour leur permettre de mieux s’adapter aux effets du climat auxquels un grand nombre de ces pays sont déjà confrontés. Enfin, il nous permet de renforcer nos ambitions progressivement, en parallèle au développement des technologies et à la baisse des prix des énergies propres. Ce point est fondamental : l’accord prévoit que les parties ajustent leurs engagements nationaux tous les cinq ans, afin de refléter le déploiement des nouvelles technologies et d’accélérer la transition mondiale vers une économie fondée sur les énergies propres.

Clef de voûte de notre accord, ce processus forme un cadre de référence conçu pour durer et établit un degré de responsabilité mondiale jamais vu auparavant. Mais je souhaite aussi vous dire que les progrès que nous avons réalisés cette année vont bien au-delà de ce qui était prévu par l’accord de Paris. Début octobre, l’Organisation de l’aviation civile internationale a adopté pour l’ensemble du secteur un accord prévoyant une croissance neutre en carbone. Pourquoi cela est-il important ? Parce que le transport aérien international n’était pas couvert par nos décisions de Paris, alors que le secteur, s’il était un pays, se placerait parmi les douze plus importants émetteurs de gaz à effet de serre au monde. Quelques semaines plus tard, j’ai eu le plaisir de me trouver à Kigali, au Rwanda, lorsque les représentants de près de 200 pays, là aussi, se sont réunis pour décider la diminution de l’utilisation mondiale d’hydrofluorocarbures ; son augmentation était prévue très rapide, avec un risque de dommages nettement plus importants que ce n’est le cas du dioxyde de carbone. À lui seul, l’accord de Kigali peut nous aider à éviter un demi-degré centigrade de réchauffement d’ici la fin du siècle, tout en ouvrant de nouvelles opportunités de croissance dans de nombreuses industries. Toutes ces mesures nous rapprochent des objectifs que nous devons absolument atteindre. Et, notamment parce que les dirigeants mondiaux ont pris conscience de l’énormité du défi, le monde commence à évoluer de manière concertée dans le sens d’un avenir fondé sur l’énergie propre.

Le marché mondial de l’énergie renouvelable a plus que sextuplé au cours des dix dernières années. Les investissements consacrés aux énergies renouvelables ont atteint un niveau record l’an dernier, à près de 350 milliards de dollars. Mais cela n’est qu’un aspect de la situation. Avec ces 350 milliards de dollars, c’est la première fois que les montants concernés sont supérieurs à ceux consacrés aux combustibles fossiles. Un demi-million de nouveaux panneaux solaires ont été installés en moyenne chaque jour l’année dernière. Et pour la première fois depuis l’ère pré-industrielle, le monde a investi davantage dans les technologies d’énergie renouvelable que dans les nouvelles centrales à combustibles fossiles, cela bien que les prix du pétrole, du gaz et du charbon soient plus faibles que jamais. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai vu cette transformation se confirmer dans mon propre pays. C’est la raison pour laquelle, du fait du marché, j’ai confiance en l’avenir quelle que soit la politique qui sera choisie. J’ai rencontré des dirigeants et des innovateurs du secteur de l’énergie à travers les Etats-Unis, et je suis enthousiasmé par la direction qu’ils ont prise. La production américaine d’énergie éolienne a triplé depuis 2008 et cela va continuer ; et la production d’énergie solaire a été multipliée par trente. Et la raison pour laquelle ces deux sources d’énergie vont poursuivre leur progression est que les décisions seront dictées par le marché, et non par le gouvernement. Je peux vous dire sans crainte de me tromper que les États-Unis, aujourd’hui même, sont bien partis pour atteindre tous les objectifs que nous avions fixés dans le cadre international, et que, du fait des décisions que le marché est en train de prendre, je ne pense pas que cette tendance puisse être inversée, ni qu’elle va l’être [applaudissements].

Cela dit, ces avancées sont dues en grande partie au leadership du président Obama, et également au fait que les partis ont collaboré dans un esprit bipartisan au sein du Congrès, en prenant décisions dans des domaines tels que les crédits d’impôt pour les énergies renouvelables. Ce leadership a aidé le secteur privé à réaliser des investissements ciblés. Aujourd’hui, nos émissions subissent une pression à la baisse parce que les forces de marché s’imposent progressivement dans le monde entier. Et c’est ce que nous nous étions engagé à faire à Paris. Lors de la conférence de Paris, aucun d’entre nous ne pensait que l’accord à lui seul permettrait d’atteindre un objectif de deux degrés. Mais nous avions conscience d’envoyer ce message fondamental au marché, et les entreprises ont répondu, comme je viens de le décrire. La plupart des responsables d’entreprise l’ont compris : investir dans l’énergie propre faite sens d’un point de vue financier. On peut gagner de l’argent. On peut faire ce qui est bien tout en prospérant. Il est également important de noter que le boom des énergies renouvelables ne se limite pas aux pays industrialisés. De fait, l’an dernier, les économies émergentes telles que la Chine, l’Inde et le Brésil ont investi davantage dans les technologies renouvelables que le monde développé ne l’a fait lui-même. A elle seule, la Chine a investi plus de 100 milliards de dollars. Au bout du compte, le marché de l’énergie propre devrait représenter plusieurs milliers de milliards de dollars, devenant ainsi le plus important marché jamais connu au monde. Et aucun pays ne pourra prospérer s’il ne participe pas au mouvement, en interdisant à ses nouvelles entreprises de bénéficier du boom des technologies propres.

Mes amis, nous sommes entrés dans une ère de développement accéléré des énergies renouvelables au niveau mondial et, de ce fait, les coûts de l’énergie propre sont déjà à parité avec ceux des combustibles fossiles dans de nombreux pays. À travers le monde, plusieurs millions de personnes travaillent aujourd’hui dans le secteur des énergies renouvelables. Et plusieurs millions d’emplois supplémentaires seront créés si nous faisons les bons choix. Les choses bougent donc favorablement. La courbe de l’énergie évolue dans le sens de la durabilité. Le marché prend manifestement la direction des énergies propres, et cette tendance ne peut que s’accentuer. Pour ceux d’entre nous qui se travaillent à ce défi depuis plusieurs dizaines d’années, nous avons véritablement atteint un point d’inflexion. Ceci est une cause d’optimisme, indépendamment des vicissitudes politiques et des évolutions constatées dans différents pays. Sans doute possible, la question aujourd’hui n’est pas de savoir si nous allons passer d’une économie basée sur l’énergie à une économie basée sur l’énergie propre : cette transition est déjà en cours. Aujourd’hui, la question est de savoir si nous aurons ou non la volonté d’aboutir. C’est bien là la question : allons-nous faire cette transition suffisamment rapidement pour prévenir des dommages catastrophiques.

Mesdames et Messieurs, mon rôle n’est pas d’annoncer des catastrophes comme le faisait Cassandre. Ce que je viens de vous dire le démontre. Mais je suis réaliste. Le temps nous est compté. Le monde évolue déjà à un rythme de plus en plus alarmant, avec des conséquences de plus en plus alarmantes. La COP s’est réunie au Maroc pour la dernière fois en 2001 ; les quinze années écoulées depuis comptent parmi les seize années les plus chaudes de l’histoire depuis que nous enregistrons des statistiques. 2016 sera la plus chaude de toutes. Depuis le début de l’année, chaque mois est un mois record. Et cette année ajoutera sa température record à la décennie la plus chaude de l’histoire connue, elle-même précédée de la deuxième décennie la plus chaude, précédée à son tour par la troisième décennie la plus chaude. À un moment où à un autre, même les plus sceptiques doivent reconnaître que quelque chose d’inquiétant est en train de se produire. Nous avons assisté partout à des sécheresses qui ont battu tous les records — de l’Inde au Brésil en passant par la côte ouest des États-Unis. Des tempêtes telles qu’il ne s’en produisait que tous les 500 ans sont en train de devenir presque banales. Ces dernières années, en moyenne 22,5 millions de personnes par an ont été déplacées à cause de phénomènes météorologiques extrêmes. Nous n’avions jamais vu cela au XXe siècle. Des communautés vivant dans des États insulaires, comme les Îles Fidji, ont déjà été obligées de prendre des mesures pour déménager définitivement, car les endroits où elles vivaient depuis des générations étaient devenus inhabitables. Et il y en existe beaucoup d’autres qui savent que ce n’est qu’une question de temps avant que les eaux océaniques ne commencent à inonder leurs villes. Je sais que ça fait beaucoup à digérer pour n’importe qui — c’est dur à accepter. C’est pour cette raison, ai-je constaté, que la meilleure façon d’essayer de comprendre, de savoir si les gens repoussent ou non les limites de la réflexion sur ce sujet, c’est de voir par soi-même ce qu’il en est. C’est ainsi que cet été je me suis rendu au Groenland pour visiter l’impressionnant glacier de Jakobshavn. Les scientifiques m’ont montré les lignes, désormais situées plusieurs mètres au-dessus du niveau de la mer, qui marquent le recul du glacier — recul qui a été plus important lors de ces 15 dernières années que pendant tout le XXe siècle. Et tant que j’y étais, j’ai embarqué sur un navire danois et j’ai navigué dans le fjord. J’ai vu les énormes blocs de glace qui venaient de tomber du glacier et qui allaient inexorablement fondre dans l’eau de mer. Comme ces blocs se détachent de l’inlandsis du Groenland, qui repose sur le socle rocheux, chaque morceau de glace contribue à la hausse du niveau marin. Depuis les années 1990, le rythme dramatique de cette fonte des glaces a presque triplé. Chaque jour, ce sont 86 millions de tonnes de glace qui ruissellent de ce fjord vers l’eau de mer. En fait, la quantité d’eau qui descend de ce glacier en une seule année suffirait à couvrir les besoins en eau de la ville de New York pendant vingt ans.

Mais les experts, au Groenland et ailleurs, m’ont toujours prévenu, et ils n’ont pas manqué de me prévenir à nouveau lors du voyage de cet été : si vous voulez vraiment comprendre ce qu’il se passe, en quoi consiste la menace, allez en Antarctique. En aucun autre point du globe les enjeux ne sont aussi cruciaux que dans cette terre située aux antipodes. Depuis un demi-siècle, les chercheurs travaillant sur le climat pensent que l’inlandsis ouest-antarctique est une épée de Damoclès qui menace notre mode de vie tout entier. En effet, si jamais il s’effondrait et fondait dans l’eau de mer, cela suffirait à élever le niveau marin global de quatre ou cinq mètres. Par ailleurs, les scientifiques que j’y ai rencontrés m’ont décrit comment la pression exercée par la glace, par la masse glaciaire, poussait vers le bas tout le continent de glace de façon à ce qu’il soit soudé au socle rocheux de la croûte terrestre. La fonte des glaces entraîne alors des infiltrations d’eau de mer plus chaude à la base du glacier, ce qui accélère le processus de fonte, déstabilisant le glacier. Or l’Antarctique contient des couches de glace qui à certains endroits, notamment dans l’inlandsis est-antarctique, sont épaisses de près de cinq kilomètres. Eh bien, si la totalité de cette glace venait à fondre au cours des siècles à venir, parce que nous nous sommes montrés irresponsables devant le changement climatique, alors le niveau de la mer s’élèverait de 30 à 60 mètres. Voilà pourquoi j’ai pris l’avion la semaine dernière pour me rendre à la base antarctique de McMurdo et mieux comprendre les phénomènes en cours. J’ai volé en hélicoptère au-dessus de l’inlandsis ouest-antarctique. J’ai marché sur la plate-forme glaciaire de la mer de Ross. J’ai également parlé avec les scientifiques qui sont sur le terrain, qui ne sont pas des gens engagés dans une activité politique au jour le jour, mais des gens qui élaborent une position scientifique grâce à leurs recherches approfondies. Et ils ont été très clairs : plus ils en savent, plus ils sont alarmés de la vitesse à laquelle les changements se produisent. Un chercheur néo-zélandais, Gavin Dunbar, estime que leurs observations de terrain sont comme « le canari des mines de charbon », suivant son expression. Il m’a averti que certains seuils, une fois franchis, constituaient des points de non-retour. Autrement dit, nous ne pouvons pas attendre trop longtemps avant de traduire les connaissances scientifiques dont nous disposons à ce jour en mesures politiques, indispensables pour relever ce défi. Ces scientifiques m’ont exhorté de rappeler à mon propre gouvernement, aux gouvernements du monde entier et à toutes les personnes qui m’écoutent que nos actions en ce jour — aujourd’hui même — étaient cruciales, parce que si nous ne sommes pas assez efficaces ou pas assez réactifs, les dégâts que nous causons pourraient bien mettre des siècles à être réparés — à supposer qu’ils soient encore réparables. Je le souligne aujourd’hui : nous n’aurons pas de seconde chance. En cas d’échec, dans la plupart des cas, les conséquences seraient irréversibles. Si nous laissons passer ce moment pour agir, il n’y aura pas de speech dans quelques décennies, qui pourra reconstituer les énormes calottes glaciaires fondues. Aucune capitale du monde n’a de baguette magique qui pourrait remplir tous les lacs et rivières qui vont s’assécher ou restaurer la fertilité des terres agricoles — des terres devenues arides. Et en aucun cas nous n’aurons le pouvoir d’arrêter les marées montantes qui vont engloutir nos rivages. C’est pourquoi nous devons faire les choses comme il faut, et nous devons les faire maintenant.

Les scientifiques en Antarctique m’ont dit qu’ils essayaient encore de comprendre à quelle vitesse tous ces changements se produisaient. Mais s’ils sont sûrs d’une chose, c’est qu’ils ont bien lieu, et plus vite que nous ne le pensions possible jusque-là. Les sonneries d’alarme devraient retentir partout. Comme m’a dit un géologue spécialiste des glaciers, un gars nommé John Stone, « la période catastrophique pourrait bien avoir déjà commencé. » Voilà pourquoi une politique publique raisonnable exige que nous prenions des mesures de précaution dès maintenant. Malgré tout, malgré les changements réels en train de se produire et la menace de changements futurs plus grands encore, il est important de nous rappeler que nous ne sommes pas sur une voie prédéterminée vers le désastre. Ceci n’est pas prédéterminé. Le dénouement n’est pas inscrit dans le scénario. Il s’agit de faire des choix — le choix, nous l’avons encore. C’est un test de notre volonté, pas de nos moyens. Il est en notre pouvoir de remettre la planète sur ses rails. Mais pour y parvenir, il faut que nous acceptions notre responsabilité face à la dure réalité. Il faut que nous acceptions notre responsabilité par rapport à des faits, pas des opinions ; par rapport à la science, pas des théories non prouvées et non prouvables ; et en aucun cas par rapport à des poncifs et slogans politiques. Malgré tous les progrès que nous faisons, au rythme actuel, nous ne remplirons pas nos objectifs. Je l’ai déjà dit. À Paris, nous savions que ce que nous essayions de faire, c’était de prendre un chemin. Mais nous savions aussi que cela ne suffirait pas pour nous amener au bout de ce chemin. C’est vrai, les énergies renouvelables représentent plus de la moitié des centrales électriques installées l’année dernière. C’est un progrès. Mais en réalité, à cause des infrastructures énergétiques qui existent déjà, cette nouvelle énergie n’a généré qu’un peu plus de 10% du besoin énergétique mondial. Nous sommes très loin de ce dont nous avons besoin pour atteindre nos objectifs. Pour avoir une chance d’écarter les conséquences les plus sévères du changement climatique, il nous faut accélérer de façon spectaculaire la transition qui débute. Nous avons besoin d’arriver à ce que les sources d’énergie propres représentent la majorité de l’énergie mondiale, et nous devons y arriver rapidement. Ce qui est sûr, d’après les experts, c’est qu’il faut que nous y parvenions avant la moitié de ce siècle. Maintenant, comme je l’ai souvent dit, et je le redis aujourd’hui : le problème du changement climatique ne pourra pas être résolu par les seuls gouvernements, ni même essentiellement par les gouvernements. C’est le secteur privé qui a le rôle le plus important à jouer. Et nous voyons déjà de vraies solutions issues d’entrepreneurs parvenir au monde universitaire. Ce seront des inventeurs, des employés et des leaders du monde de l’entreprise, dont beaucoup travaillent d’arrache-pied sur le problème depuis des années, qui vont continuer à créer ces avancées technologiques qui révolutionnent la façon dont nous fournissons de l’énergie à notre monde.

Mais ne vous y trompez pas, le leadership des gouvernements est absolument essentiel. D’ailleurs, puisqu’aujourd’hui sera ma dernière occasion de prendre la parole à la COP en tant que secrétaire d’État, je voudrais prendre un instant pour souligner le travail que peuvent et doivent réaliser les chefs de gouvernement, particulièrement des 200 nations — ou presque 200 — qui sont représentées ici. Bien sûr, nous savons bien que nous ne sommes pas venus à Marrakech pour nous reposer sur nos lauriers de Paris. Nous sommes venus pour aller de l’avant. Par conséquent, nous ne devons pas oublier que les contributions que chacun de nous a apportées jusqu’à présent n’ont jamais été un plafond à atteindre. Elles n’étaient qu’une fondation sur laquelle nous devons maintenant construire. Et à moins que nos nations ne revoient leurs ambitions à la hausse, à moins que nous ne continuions à nous inciter les uns les autres à agir avec sagesse, nous aurons du mal à atteindre les objectifs actuels d’atténuation, sans parler de limiter à 2°C la hausse de la température, ce qui selon les scientifiques représente un seuil critique. Et si nous n’y arrivons pas, cela sera la première fois dans l’histoire moderne qu’on verra une génération, face à une situation de crise, renoncer à ses responsabilités pour l’avenir. Cela ne sera pas seulement un échec de nos politiques ; étant donné la nature du problème, ce sera un échec moral, une trahison aux conséquences dramatiques. Ceci dit, je sais — ce n’est pas ce à quoi nous étions prêts à nous engager, aucun de nous. Comme a dit le pape François, « nous héritons ce monde des générations passées, mais en même temps, nous l’empruntons aux générations futures, à qui nous devons le rendre. » Bien sûr, je suis tout à fait conscient des problèmes que certains pays affrontent parce qu’avec une population importante, une économie en pleine croissance et un grand nombre de citoyens pauvres, ils sont déterminés à maintenir leur stabilité et à intégrer les plus démunis à leur économie. Naturellement, ils se préoccupent de stabilité économique — comme nous tous. L’accès à l’énergie à un tarif abordable joue un rôle clé pour permettre cette stabilité. Or, malheureusement, les formes d’énergie les plus polluantes sont parmi les moins chères. Mais j’insiste : elles le sont seulement à court terme. À long terme, c’est une histoire bien différente. À long terme, en fait, les énergies à forte émission de carbone font partie à ce jour des investissements les plus coûteux et les plus imprudents qu’un pays pourrait entreprendre. Car la facture finale de l’énergie basée sur les hydrocarbures comprend bien plus que le prix du pétrole, ou du charbon, ou du gaz naturel — ou que le coût de construction de la centrale électrique. Pour un calcul des coûts réels, il faut prendre en compte toutes les conséquences en aval, qui dans le cas des carburants polluants, peuvent doubler ou tripler les coûts de départ.

C’est ainsi qu’il faut faire nos comptes désormais. Il suffit de penser au prix de la dégradation des écosystèmes et des agrosystèmes. Pensez aux agriculteurs qui perdent leurs moyens de subsistance à cause du manque d’eau ou de la chaleur qui aujourd’hui les empêche de cultiver leurs champs. Pensez aux factures d’hôpital des cas d’asthme et d’emphysème, aux millions de décès liés à la pollution de l’air à cause de la combustion de carburants fossiles. En 2014, une étude a montré qu’en Chine, près de six millions de personnes avaient les poumons noircis parce qu’elles vivaient très près de centrales électriques à charbon. En Inde, il y a près de 20 millions de nouveaux cas d’asthme par an à cause de la pollution de l’air due au charbon, et aux États-Unis, l’asthme coûte au contribuable plus de 55 milliards de dollars par an. En été, l’asthme induit par les conditions atmosphériques est la première cause d’hospitalisation des enfants aux États-Unis. Les voilà, les coûts réels, et il faut en tenir compte dans nos calculs. Nous avons également la facture des reconstructions suite aux tempêtes et aux inondations destructrices. Rien que dans les neuf premiers mois de cette année, les dégâts dus aux phénomènes météorologiques extrêmes ont coûté 27 milliards de dollars aux États-Unis — aux contribuables américains. Rien qu’en août, la Louisiane a connu des inondations qui ont causé des dégâts à hauteur d’environ 10 milliards de dollars. C’est dire qu’aucun de nous ne peut se permettre de passer outre ces dépenses, d’autant que ce ne sont en réalité que des coûts de départ, un aperçu de ce que l’avenir pourrait nous réserver si nous n’agissons pas. Imaginez-vous seulement. Les digues qu’il faudra construire. Allez à Miami — au sud de Miami, ils sont en train de construire — de relever les chaussées pour gérer les inondations qui ont déjà lieu, d’aménager de nouveaux collecteurs d’eaux, et pour cela ils demandent aux gens de payer des impôts supplémentaires. L’énorme augmentation du coût des infrastructures capables de maîtriser les inondations, de résister aux tempêtes. Les coupures de courant. Tout ceci, et davantage, toute personne faisant un bilan honnête des sources d’énergie à forte émission de carbone doit le prendre en compte. Et dans une période de transparence accrue, où plus qu’avant le public exige qu’on lui rende des comptes, eh bien à long terme les citoyens ne pourront plus accepter que la comptabilité soit bidon ni qu’on leur camoufle les conséquences des décisions. Par conséquent tout le monde doit faire des choix plus intelligents — avec en tête le long terme, pas le court terme.

Le charbon, malheureusement, est la première source de pollution carbonée de la planète. Il fournit environ 30% de l’énergie mondiale, mais émet près de 50% de la quantité mondiale des gaz à effet de serre. Les investissements sans précédent qu’on observe actuellement dans les énergies propres seront bien peu de chose si en même temps on met en service de nouvelles centrales à charbon sans système de captage du carbone, et à un tel rythme qu’elles rejettent dans l’atmosphère une quantité accrue de ces mêmes polluants que nous essayons de réduire au prix de tant d’efforts. Certaines projections, je dois le dire, font froid dans le dos. Par exemple, entre aujourd’hui et 2040, la demande en électricité en Asie du Sud-Est va probablement tripler — et le plus gros de cette demande est censé être fourni par la croissance — mais de quoi ? Du secteur de l’énergie basé sur le charbon, plutôt que de l’énergie propre. Cela menace tout ce que nous voudrions réaliser ici. Nous ne pouvons pas, pour ainsi dire, nous taper dans le dos pour nous féliciter des mesures que nous avons prises pour nous attaquer au problème du changement climatique, puis nous retourner et, de l’autre main, signer un gros chèque afin de développer les sources les plus polluantes d’énergie, qui en outre sont dépassées. Ça n’a tout simplement pas de sens. C’est du suicide. C’est le meilleur moyen de perdre ce combat.

Sachez-le bien: dans le monde entier, des gens travaillent à gagner ce combat. Partout, ce problème attire l’attention de plus en plus de citoyens, et notamment dans le secteur privé. Le secteur privé a accueilli à bras ouverts les signaux que nous avons émis à Paris, mais à présent ils demandent — le secteur privé demande — des signaux encore plus forts, pour pouvoir investir avec encore plus de confiance dans des solutions énergétiques écologiques. Un des signaux les plus forts qu’un gouvernement puisse envoyer, une des façons les plus efficaces de réduire les émissions de gaz au meilleur coût, c’est d’adopter une tarification du carbone qui permet de faire fonctionner l’économie basique, de libre marché, afin de résoudre ce problème. Évidemment, ça n’a rien d’une idée nouvelle. Beaucoup en sont déjà arrivés à la même conclusion. La proportion des émissions globales qui sont couvertes par le tarif du carbone a triplé ces dix dernières années. L’année passée, plus d’un millier d’entreprises et investisseurs — y compris des secteurs qui vous étonneraient sûrement — se sont rassemblés pour soutenir la tarification du carbone. Dans cette longue liste de soutiens, on trouve des sociétés du secteur de l’énergie, comme BP ou Royal Dutch Shell, des services publics, comme PG&E, des transports, comme British Airways, du bâtiment, comme Cemex, des institutions financières comme la Deutsche Bank ou Swiss Re, ainsi que des fabricants de produits de consommation comme Unilever ou Nokia. Toutes ces entreprises pensent que la tarification du carbone pourra établir la nécessaire stabilité du marché qui aidera le secteur privé à mobiliser les capitaux qui contribueront à résoudre le problème. La tarification du carbone permet aux citoyens, aux inventeurs et aux entreprises — elle permet au marché de prendre des décisions, indépendamment du gouvernement, pour diriger au mieux les réductions d’émissions de gaz. Et c’est aussi, je le précise, la raison principale pour laquelle la tarification du carbone a reçu le soutien de dirigeants et d’économistes issus des deux tendances politiques des États-Unis d’Amérique. Le cours du carbone, couplé aux aides gouvernementales à l’innovation dans les secteurs clés, est à coup sûr un des outils les plus puissants pour que le monde accélère sa transformation, à laquelle nous travaillons, vers l’énergie propre. Bien que cette issue idéale ne soit pas pour demain, les efforts d’amélioration des marchés du carbone doivent être une priorité pour avancer.

L’essentiel étant que le monde dispose désormais de nombreux outils. La COP elle-même est un de ces outils, en un sens. Elle est devenue en fait un — bien plus qu’une simple réunion entre responsables des gouvernements. C’est en fait un sommet annuel, avec cette année 25 000 participants du monde entier, pour que tous les secteurs puissent mettre en valeur leur engagement dans des actions en faveur du climat et discuter des moyens d’étendre leurs efforts communs. C’est un rappel régulier de l’importance prise par ce mouvement — et de combien de personnes, dans combien de pays, sont engagées en faveur de l’action. Plus tôt, je me promenais non loin de la conférence, et en venant ici, en voyant ce site de Marrakech, en observant les délégations, les PDG, les entrepreneurs et les militants qui sont venus de près ou de loin pour être ici, il m’a paru évident que nous avions les qualités nécessaires pour empêcher les conséquences les plus sévères du changement climatique. Mais une fois de plus, nous sommes obligés de nous demander : avons-nous la volonté commune d’y arriver? Car notre réussite n’aura pas lieu par accident. Elle n’aura pas lieu sans un engagement durable, sans coopération ni sans idées créatives. Elle n’aura pas lieu non plus sans des investisseurs convaincus et des entrepreneurs innovants. Et en aucun cas elle n’aura lieu sans leadership. À tous ceux qui sont au pouvoir partout dans le monde, y compris chez moi, et qui seront peut-être confrontés à des décisions, se demandant quel chemin prendre à cette étape cruciale, je vous demande, au nom de milliards de gens du monde entier : ne me croyez pas sur parole. Ne prenez même pas l’existence de cette COP comme la consécration de mes dires. Je vous le demande, allez voir par vous-mêmes. Faites vous-mêmes les vérifications de rigueur avant de faire des choix irrévocables. Examinez minutieusement ce qui a bien pu décider le pape, des présidents et des premiers ministres du monde entier, des dirigeants de toutes nationalités, à prendre la responsabilité de s’attaquer à cette menace. Parlez aux dirigeants des entreprises de la liste « Fortune 500 », ainsi qu’à des entreprises innovantes plus petites, qui toutes veulent investir dans les marchés énergétiques du futur. Prenez l’avis des meilleurs économistes sur le risque de ne rien faire, de ce que le coût représenterait pour les économies mondiales, comparé aux opportunités qu’il faudra encore trouver dans le futur marché des énergies propres. Parlez aux responsables militaires, qui voient le changement climatique comme un problème de sécurité mondial, comme un facteur démultiplicateur des menaces. Demandez aux agriculteurs et aux pêcheurs comment les changements brutaux de la météo ont impacté leur capacité actuelle à gagner leur vie, à soutenir financièrement leur famille, et demandez-leur comment ils voient l’avenir. Écoutez les responsables religieux parler de la responsabilité des êtres humains, qui doivent se comporter comme les régisseurs de la planète que nous devons partager, de la seule planète que nous avons. Invitez les militants et la société civile, ces groupes qui ont œuvré pendant des années, aux côtés de communautés du monde entier, à alerter l’opinion publique et à répondre à cette menace. Demandez aux jeunes gens de vous parler de leur souci légitime, pour la planète dont leurs enfants hériteront, de réduire les émissions de gaz un peu partout.

Et surtout consultez les scientifiques qui ont consacré leur vie à améliorer notre compréhension du problème et dont les efforts seront vains si nous ne sonnons pas l’alarme assez fort pour que tout le monde l’entende. Personne n’a le droit de prendre des décisions affectant des milliards de gens en se fondant sur la seule idéologie ou sans s’informer correctement. Quiconque entreprend ces conversations, prend le temps d’apprendre de ces experts, quiconque se fait une image complète de ce qui nous attend — je crois qu’il ne pourra que prendre la décision juste : s’attaquer courageusement au problème du changement climatique et encourager les autres à en faire autant. Par ailleurs, je veux mentionner que depuis le début de cette COP, comme chacun sait, une élection s’est tenue dans mon pays. Je sais que certains, ici et ailleurs, en ont retiré un sentiment d’incertitude à l’égard de l’avenir. Évidemment, je comprends cette incertitude. Je ne suis pas ici pour spéculer sur les politiques que mènera notre président élu, cependant je peux vous dire la chose suivante. Lors de ma carrière dans la fonction publique, une des choses que j’ai apprises, c’est que certains sujets prennent un angle un peu différent quand vous êtes réellement en fonction par rapport à quand vous êtes en campagne électorale. En vérité, en premier lieu le changement climatique ne devrait pas être une question de parti. Ce n’est pas une question de parti pour nos dirigeants militaires au Pentagone lorsqu’ils qualifient de changement climatique de facteur démultiplicateur de menaces. (Applaudissements.) Ce n’est pas une question de parti pour ces responsables militaires, étant donné la façon dont le changement climatique exacerbe les conflits partout dans le monde. Ils y voient une menace contre leur capacité d’intervention dans leurs bases et pourraient subir les conséquences de la montée du niveau marin et de l’augmentation de la force des tempêtes. Ce n’est pas une question de parti pour nos services de renseignement, qui ont émis cette année un rapport détaillant les implications du changement climatique en termes de sécurité nationale des États-Unis : menaces contre la stabilité des nations fragiles, tensions sociales et politiques avivées, hausse des prix alimentaires, risques sanitaires plus élevés, entre autres. Ce n’est pas une question de parti pour les maires, de la Nouvelle-Orléans à Miami, qui s’efforcent déjà de gérer la survenue d’inondations de beau temps et de tempêtes accrues à cause du changement climatique. Ce n’est pas une question de parti pour les chefs d’entreprise, de gauche ou de droite, qui investissent des sommes sans précédent dans les énergies renouvelables, s’engagent de leur propre chef à réduire leurs émissions de gaz et demandent même à leurs fournisseurs de rendre compte de leur empreinte carbone globale. Enfin le changement climatique n’a certainement rien à voir avec la politique du point de vue des scientifiques du monde entier, qui sont quasi unanimes dans leurs conclusions : le changement est réel, il a lieu maintenant, c’est l’activité humaine qui en est la cause principale, et nous en subirons dans notre mode de vie des effets allant jusqu’à la catastrophe si nous ne prenons pas les mesures drastiques nécessaires pour réduire l’empreinte carbone de notre civilisation. Eh bien voilà, savoir si nous sommes capables de répondre aux exigences du moment est un test majeur — sans doute le plus grand test de courage et de portée de vue qu’on puisse passer. Chaque nation a la responsabilité de faire sa part du boulot si nous voulons réussir ce test — et seules les nations qui répondront présent et s’attaqueront à cette menace pourront légitimement se réclamer d’un leadership mondial. C’est un fait. 

Plus que pour son amour de Marrakech, Winston Churchill était connu pour son impitoyable perspicacité et pour sa façon de l’exprimer. Il a déclaré un jour, de manière révélatrice : « Ce n’est pas toujours suffisant de faire de notre mieux ; parfois nous devons faire ce qui est exigé de nous. » Aujourd’hui, nous savons ce qui est exigé de nous. Car avec toutes les preuves concrètes, avec toutes les données des scientifiques, contre-vérifiées par leurs pairs, avec simplement tout le bon sens du monde, personne de crédible ne pourrait affirmer le contraire. Alors nous devons poursuivre ce combat, chers amis. Nous devons continuer à défier les attentes. Nous devons continuer à accélérer la transition mondiale vers une économie basée sur l’énergie propre. Nous devons continuer à nous rendre des comptes les uns aux autres pour les choix que font nos nations. Au début de l’année, pour la Journée internationale de la Terre, j’ai eu l’immense privilège de signer l’accord de Paris au nom du président Obama et des États-Unis. C’était un jour particulier. Comme ma fille vit à New York, je l’avais invitée à me rejoindre aux Nations Unies. Elle m’a fait la surprise d’amener aussi ma petite-fille de 2 ans, Isabelle. Ce matin-là, j’avais pensé à l’histoire qui nous avait amenés à ce jour. Je pensais à la première Journée de la Terre en 1970, dont j’ai déjà parlé, lorsque j’ai participé, avec des millions d’Américains, à des séminaires ouverts pour éduquer le public aux problèmes environnementaux que nous affrontions. Je pensais à la première conférence sur le climat à Rio, c’est là en fait que j’ai rencontré ma femme Teresa, et à l’urgence que nous ressentions tous déjà en 1992. Bien sûr, je pensais aussi à cette nuit de décembre au Bourget, quand il a semblé — pour la première fois — que le monde avait finalement trouvé le chemin pour aller de l’avant. Mais tandis que j’étais assis et que je jouais avec ma petite-fille, en attendant mon tour de m’avancer et de signer l’accord, je ne pensais pas au passé, mais à l’avenir. Son avenir. Le monde dont ses enfants hériteraient un jour. 
Et quand le moment est venu pour moi de monter sur cette tribune, je l’ai attrapée et je l’ai amenée avec moi. Je voulais partager ce moment avec elle. Et je ne l’oublierai jamais. Étonnamment, les gens ont réagi à sa présence ce jour-là, et depuis, de nombreuses personnes m’ont dit, m’ont confié que ce moment leur avait transmis quelque chose de spécial, les avait émues. Elles m’ont dit qu’elles avaient pensé à leurs propres enfants, à leurs propres petits-enfants. Elles ont pensé à l’avenir. Ça leur a rappelé les enjeux.

Mesdames et messieurs, ici à Marrakech, dans les heures à venir, affirmons clairement au monde que nous nous rappellerons toujours les enjeux. Soyons fermes dans notre soutien aux buts que nous avons fixés à Paris et engageons-nous à nouveau à redoubler d’efforts pour les atteindre. Déclarons que quand il s’agit de changement climatique, nous nous engagerons non seulement à faire de notre mieux, mais comme nous le conseille Winston Churchill, à faire ce qui est exigé de nous. J’espère travailler à vos côtés, dans cette tâche importante, pendant toutes les années qui me seront données. Merci à vous.

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