EXTRAITS DU DISCOURS DU PRÉSIDENT OBAMA À LA 71E SESSION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES

French translation of excerpts of the “Address by President Obama to the 71st Session of the United Nations General Assembly

New York, le 20 septembre 2016

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Toutefois, pour avancer, il nous faut absolument reconnaître la nécessité de corriger l’actuelle trajectoire de notre chemin vers l’intégration mondiale. Comme trop souvent, ceux qui chantent les bienfaits de la mondialisation ont ignoré l’inégalité entre nations et au sein des nations, ignoré l’attrait durable des identités ethniques et sectaires et laissé des institutions internationales mal équipées, insuffisamment financées et manquant de ressources pour traiter des défis transnationaux.

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Aujourd’hui, une nation qui s’entourerait de murs ne ferait que s’emprisonner.

C’est pourquoi la réponse ne peut être un rejet pur et simple de l’intégration mondiale. Nous devons plutôt travailler ensemble pour faire en sorte que les bénéfices de cette intégration soient largement partagés et que les bouleversements (économiques, politiques et culturels) provoqués par l’intégration soient traités de front.

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Un monde dans lequel 1 % de l’humanité a la main sur autant de richesses que les 99 % restants ne sera jamais stable. Je sais que l’écart entre riches et pauvres n’est pas nouveau, mais de même que l’enfant du bidonville voit le gratte-ciel tout proche, la technologie permet désormais à toute personne équipée d’un smartphone de voir comment vivent les plus privilégiés d’entre nous et de constater le contraste entre leur vie et celle des autres. Les attentes montent ainsi plus vite que les capacités des gouvernements à les combler et un sentiment profond d’injustice détruit la confiance de la population dans le système.

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Je crois cependant qu’il existe une autre voie, une voie qui favorise la croissance et l’innovation et dégage l’accès aux perspectives individuelles et à la réussite nationale. Cette voie n’implique pas de succomber à un capitalisme sans âme au seul profit d’une minorité, mais reconnaît que les économies sont plus prospères lorsque l’on comble le fossé entre riches et pauvres et que la croissance est largement répartie. Cela suppose de respecter les droits des travailleurs, afin qu’ils puissent s’organiser en syndicats indépendants et gagner un salaire décent. Cela suppose d’investir dans nos concitoyens (leurs compétences, leur éducation, leur capacité à se saisir d’une idée pour la transformer en une entreprise). Cela suppose de renforcer le filet de sécurité qui protège nos concitoyens contre les épreuves de la vie et leur permet de prendre davantage de risques (chercher un nouvel emploi ou créer une nouvelle entreprise).

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Et aussi vrai que la lutte contre l’inégalité dans nos pays nous est profitable, je crois que les économies avancées doivent en faire davantage pour combler le fossé entre pays riches et pays pauvres dans le monde entier. C’est une décision politique difficile. Il est difficile de dépenser de l’argent en aide extérieure. Mais je ne crois pas que ce soit de la charité. Une petite partie de ce que nous avons dépensé pour la guerre en Iraq nous permettrait de soutenir les institutions pour agir en amont et éviter que les États fragiles ne s’effondrent et d’investir dans les économies émergentes qui deviennent des marchés pour nos produits. Ce n’est pas seulement une question de justice, c’est une question d’intelligence.

Et c’est pourquoi nous devons poursuivre nos efforts de lutte contre le changement climatique. Si nous ne prenons pas des mesures audacieuses, nous devrons sans doute le payer en migrations de masse, villes submergées et nations déplacées, en réserves alimentaires détruites et conflits nés du désespoir. L’accord de Paris nous donne un cadre d’action, mais uniquement si nous revoyons nos ambitions à la hausse. Et la mise en œuvre de cet accord, ainsi que l’aide accordée aux pays les plus pauvres pour délaisser les formes d’énergie destructrices, doivent être pour nous une question d’urgence.

Et donc, pour les pays les plus riches, le Fonds vert pour le climat ne doit être qu’une première étape. Il nous faut investir dans la recherche et créer des incitations commerciales au développement de nouvelles technologies, puis rendre ces technologies accessibles et abordables pour les pays les plus pauvres. Ce n’est qu’ensuite que nous pourrons continuer de sortir toutes les populations de la pauvreté sans condamner nos enfants à vivre sur une planète irrémédiablement abîmée.

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Je crois que la voie de la véritable démocratie reste la meilleure. Je crois qu’au XXIe siècle, les économies ne peuvent se développer indéfiniment sans devoir s’ouvrir (car les entrepreneurs ont besoin d’accéder à l’information pour inventer, les jeunes ont besoin d’une éducation ouverte sur le monde pour prospérer et les médias indépendants doivent pouvoir surveiller les abus de pouvoir). Sans cette évolution, à terme, les attentes de la population ne pourront pas être comblées ; la répression et la stagnation s’installeront. Et l’histoire a démontré que les hommes forts avaient le choix entre deux options : l’oppression permanente, source de conflits nationaux, ou la désignation d’ennemis étrangers comme bouc-émissaires, source de guerres.

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En Europe, la progression des pays de l’ancien bloc soviétique qui ont adopté la démocratie contraste radicalement avec celle des autres. Après tout, les Ukrainiens ne sont pas descendus dans la rue à cause d’un complot de l’étranger. Ils sont descendus dans la rue car le pays n’était plus dirigé et qu’il n’y avait pas d’autre choix. Ils ont exigé un changement car ils voyaient la vie s’améliorer pour les habitants des pays baltes et de la Pologne, sociétés plus libérales, démocratiques et ouvertes que la leur.

C’est pourquoi ceux d’entre nous qui croient en la démocratie doivent se faire entendre haut et fort, car, à mon avis, les faits et l’histoire sont de notre côté. Je ne veux pas dire que les démocraties sont parfaites. Je veux dire que le remède à ce qui ronge nos démocraties, c’est une plus grande implication de nos concitoyens, et pas le contraire.

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Nous devons rejeter toute forme de fondamentalisme, de racisme ou de croyance en une supériorité ethnique qui rende nos identités traditionnelles inconciliables avec la modernité. Au contraire, nous devons développer la tolérance qui découle du respect de tous les êtres humains.

Il est évident que l’intégration mondiale a mené à un choc des cultures ; le commerce, l’immigration, Internet, tout cela malmène et perturbe nos identités les plus chères. Nous voyons des sociétés libérales exprimer leur opposition lorsque des femmes choisissent de se couvrir. Nous voyons des manifestations en réponse à des dessins de presse occidentaux caricaturant le prophète Mahomet. Dans un monde qui a laissé derrière lui l’âge des empires, nous voyons la Russie tenter de restaurer sa gloire passée par la force. Nous voyons les puissances asiatiques se mettre en concurrence pour des revendications historiques. Et en Europe et aux États-Unis, nous voyons des gens batailler sur les questions d’immigration et de changements démographiques en laissant entendre que ceux dont l’apparence est différente corrompent en quelque sorte la culture de nos pays.

Il n’y a pas de réponse facile pour concilier toutes ces forces qui agitent la société. Nous devons respecter la signification que les gens donnent à leurs propres traditions, qu’elles soient liées à leur religion, à leur ethnie ou à leur sentiment d’appartenance à une nation. Mais je ne pense pas que le progrès soit possible si notre désir de préserver nos identités entraîne une pulsion de déshumanisation ou de domination d’un autre groupe. Si notre religion nous amène à persécuter ceux qui ont d’autres croyances, si nous emprisonnons ou frappons les personnes homosexuelles, si par tradition nous empêchons les filles d’aller à l’école, si nous commettons des discriminations en nous fondant sur la tribu ou l’origine ethnique, alors les liens fragiles de la civilisation vont se disloquer. Le monde est trop petit, nous vivons trop proches les uns des autres pour conserver ces vieux modes de pensée.

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Les traditions religieuses peuvent certainement être honorées et perpétuées tout en apprenant aux jeunes les sciences et les maths, au lieu de l’intolérance. Nous pouvons certainement préserver nos traditions tout en accordant aux femmes toute la place qui leur revient de droit dans la politique et l’économie d’une nation. Nous pouvons certainement rallier nos nations autour de la solidarité tout en reconnaissant que toutes les communautés doivent être traitées de façon égale, qu’il s’agisse d’une minorité religieuse au Myanmar, d’une minorité ethnique au Burundi ou d’une autre minorité ethnique ici-même aux États-Unis. Et la situation des Israéliens et des Palestiniens serait certainement bien meilleure si les Palestiniens refusaient l’incitation à la violence et reconnaissaient la légitimité d’Israël, et si Israël reconnaissait qu’il ne peut occuper et coloniser indéfiniment les terres palestiniennes. En tant que leaders, nous devons tous mieux faire pour limiter, plutôt qu’encourager, une idée de l’identité qui nous mène à dénigrer les autres.

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Nous avons rendu des allies plus surs. Nous avons agi pour protéger les plus vulnérables. Nous avons soutenu les droits humains et accepté un droit de regard sur nos propres actes. Nous nous sommes soumis aux lois et institutions internationales. Lorsque nous avons commis des erreurs, nous avons tenté de les reconnaître. Nous avons mené des actions pour faire reculer la pauvreté, la faim et la maladie au-delà de nos frontières, et pas seulement au sein de nos frontières.

Je suis fier de tout cela. Mais je sais aussi que nous ne pouvons pas agir seuls. Et je pense que si nous voulons relever les défis de ce siècle, nous allons tous devoir renforcer encore davantage les moyens internationaux. Nous ne pourrons éviter un conflit nucléaire que si nous nous engageons à endiguer la propagation des armes nucléaires et à les faire disparaître de la surface du globe.

Lorsque l’Iran accepte les contraintes concernant son programme nucléaire, la sécurité internationale et la capacité de ce pays à collaborer avec d’autres nations s’en trouvent améliorées. À l’inverse, lorsque la Corée du Nord teste une bombe, cela nous met tous en danger. Et tout pays qui rompt ce compromis fondamental doit en subir les conséquences. Les nations qui détiennent ces armes, comme les États-Unis, ont une responsabilité particulière : chercher à réduire notre arsenal nucléaire et réaffirmer des principes fondamentaux tels que l’engagement à ne plus jamais les tester.

Nous ne pourrons combattre une maladie comme Zika, qui ne reconnaît pas les frontières (les moustiques ne s’arrêtent pas aux murs), que si nous pérennisons ce sentiment d’urgence dont nous avons témoigné face à Ebola en renforçant nos propres systèmes de santé publique, en investissant dans des remèdes, en faisant reculer les causes de la maladie et en aidant les pays les plus pauvres à développer des infrastructures de santé publique.

Nous ne pourrons éliminer l’extrême pauvreté que si les objectifs de développement durable que nous avons définis deviennent plus que des mots sur le papier. Le génie humain nous accorde aujourd’hui la possibilité de nourrir ceux qui ont faim et de donner à tous nos enfants (y compris nos filles) l’éducation qui, dans le monde actuel, ouvre les perspectives dont ils auront besoin. Mais nous devons traduire nos paroles en actes.

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https://youtu.be/RAqA8OWg7O4?t=57m45s